semaine 49
Portrait de Jean-Pol Baras
Les calepins de Jean-Pol Baras

Des drames et des mots

Le 31 juillet 2016

Terroristes, génocidaires, fous furieux : les attentats se suivent et ne se ressemblent pas.

 

 

Samedi 16 juillet

 

 Il n’y a jamais lieu de saluer une tentative de putsch militaire. On ne se réjouira donc pas de celle qui vient d’avoir lieu en Turquie mais on soulignera que le président Erdogan l’avait bien cherchée à force de cadenasser de plus en plus son pays. Ce coup d’État qui semble avorté devrait le conduire à plus de modestie et de sagesse. Il est cependant à craindre que le sultan réagira plutôt en renforçant davantage son emprise et en la durcissant.

 

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 Fontenelle, centenaire à 33 jours près, sur son lit de mort : « Il est temps que je m’en aille, je commençais à voir les choses telles qu’elles sont. »

 

 

Dimanche 17 juillet

 

 Si c’est encore possible, il serait heureux de cesser de qualifier de « terroristes » les islamistes radicaux qui se livrent à des meurtres en cascade et les djihadistes de la même eau. L’anthropologue et psychiatre Richard Rechtman (auteur notamment de L’Empire du traumatisme – Enquête sur la condition de victime, éd. Flammarion) les appelle plutôt des « génocidaires ». Il insiste sur la distinction : le terroriste précise-t-il, pose des bombes pour détruire des institutions ; il agit sur le symbole. Si son acte tue des innocents, il lui arrive même de s’excuser. Le génocidaire, par contre, vise le nombre. Il veut tuer le plus de gens possible ; des innocents désarmés, inconnus, à la chaîne. Il est dans un souci de productivité. On pourrait ajouter que le terroriste, même s’il risque sa vie en commettant son acte, ne tient pas à mourir, tandis que le génocidaire est très souvent un kamikaze. Puissent les commentateurs s’inspirer de cette juste analyse. Les mots ont un sens ; mais il est peut-être trop tard.

 

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 La gigantesque manifestation pluraliste et plurielle consécutive aux attentats contre Charlie-Hebdo en janvier 2015, le Congrès réunissant tous les députés et tous les sénateurs, debout entonnant La Marseillaise devant le président de la République à la tribune le 16 novembre dernier, c’est du passé désormais enterré. Á présent, la fissure devient béante : la droite accuse le gouvernement d’incompétence et de légèreté face aux attentats. Même Alain Juppé, homme si respectable, se prête au jeu. On l’a vu presque embêté de joindre sa voix à celle des sirènes mais campagne pour les primaires oblige, il ne peut pas se démarquer de Sarkozy et des autres sur un pareil thème ; l’électorat conservateur le lui ferait payer cash. Quant à Marine Le Pen, « la plus grande démagogue de France » selon Alain Duhamel, elle réclame carrément la démission de Bernard Cazeneuve, le ministre de l’Intérieur, qui précise que la mobilisation des forces de sécurité pour le feu d’artifice du 14-juillet à Nice était très exactement la même que celle qui avait couvert le célèbre carnaval de cette ville au printemps. Mais on le sait, devant les slogans et les rumeurs, l’explication pédagogique est toujours perdante. La presse dominicale n’est pas tendre avec ces va-t-en-guerre contre l’exécutif. Chacun a bien compris qu’ils se positionnent en fonction des prochaines campagnes électorales. Jean-Marie Colombani, indigné, évoque un « désastre national ». Dans Ouest-France, Michel Urvoy  décrit « un grand moment de médiocrité politique » et Didier Pobel fait part de sa honte : « On peut reprocher des tonnes de choses à François Hollande et nul ne s’en prive. Mais de grâce, qu’on ne l’attaque pas pour d’avides fins électoralistes, dans le rôle qu’il assume, sinon le mieux, du moins le moins mal. Stop à cette danse macabre de petites phrases. Celles et ceux qui profèrent sur les corps encore chauds des martyrs de Nice font honte à notre pays ! »

 

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 ARTE diffuse La Grande bouffe, de Marco Ferreri, une occasion de se souvenir du dernier grand scandale du cinéma. C’était en 1973 au Festival de Cannes (Il y eut bien La Dernière tentation du Christ de Martin Scorsese en 1988 mais le film ne souleva que l’ire des intégristes catholiques. Et puis, il s’agissait d’un sujet déjà connu puisque Nikos Kazantzákis en avait fait un roman en 1955) Cette farce, que Ferreri préférait qualifier de « physiologique » plutôt que de « monstrueuse », était remarquablement interprétée par quatre acteurs de talent dont seul subsiste Michel Piccoli, et d’une merveilleuse comédienne, Andréa Ferréol, qui avait accepté de prendre 25 kilos pour obtenir le rôle. Ce film de désespérés qui choisissent le suicide collectif par le manger incessant a été tourné dans une villa du XVIe arrondissement de Paris (68, rue Boileau) et mérite aujourd’hui que l’on s’y intéresse aussi par les anecdotes qu’il suscita pendant et après le tournage. Une satire de la société de consommation ? « De la société d’abord » répliquait Ferreri. L’interprétation inouïe de Marcello Mastroianni, Philippe Noiret, Ugo Tognazzi et les deux autres déjà cités, les images de l’histoire provocatrice, morbide et dérangeante occultaient l’intérêt des dialogues. Ils étaient pourtant signés Francis Blanche.

 C’est aussi l’occasion de se souvenir de quelques écrivains attirés par les plaisirs et les excès de la table. Ils furent nombreux avant et après Rabelais. Le plus brillant proche de nous (décédé le 26 mars dernier) est Jim Harrison. Il faudra que les éditeurs chargés de perpétuer son œuvre (Christian Bourgois ?...) n’omettent pas de publier le prodigieux inédit que fit paraître le mensuel Lire dix ans plus tôt (La bouffe, la forme et la mort, février 2016) Quelques mises en bouche :

 « (…) Je me souviens bien sûr de ma défunte maman, mais au fond de la nuit nord-américaine, je médite plus volontiers sur le rôti de caribou que j’ai mangé l’an dernier chez Sarah Mc Lahan à Toronto, ou sur les tagliatelles que Mario Batali a saturées de truffes blanches sous notre toit à l’automne dernier (…) Après m’être privé de tous les plaisirs de la vie, après avoir perdu trente-cinq livres, après être devenu la personne la plus ennuyeuse du monde, je suis allé en France au mois de mai pour me tester face à l’Ennemi (la gloutonnerie et l’alcool) (…) Je roulais donc vers le sud à partir de Lyon, remis de mon bref séjour parisien grâce à une spécialité lyonnaise appelée saint-cochon, un appétissant tas d’abats, de boudins, d’oreilles, de joues, de langues, ce genre-là de haute cuisine, suivi quelques heures plus tard par une classique tête de veau afin de rétablir l’équilibre entre le porc et le bœuf (…) »

 Tout le reste est du même tonneau dans cette relation onctueuse, ode à la France à travers ses plats et ses saveurs. Si Jim Harison avait vu La Grande bouffe, il s’était sûrement délecté. En bon connaisseur, il avait dû aussi s’intéresser aux anecdotes et savoir, par exemple, que les innombrables plats que se sont envoyés les cinq gourmands venaient tous de chez Fauchon…

 

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 Pointé dans le Journal 1992 – 2010 d’Edgar Morin (éd. du Seuil) : « 6 décembre 2015. Au Centre communautaire de Paris, conférence de Gérard Huber, psychanalyste qui dénonce l’effacement par l’antisémitisme du ‘je ne sais quoi de juif’ pratiqué par Wagner, Heidegger, Garaudy et moi-même. Le nombre de dingues chez les psychanalystes est très largement supérieur à celui des autres corporations. » Reste à Morin d’expliquer la nature de ce ‘je ne sais quoi de juif’ pratiquée par quatre personnalités aussi différentes. Mais la conclusion qu’il tire est amusante.

 

 

Lundi 18 juillet

 

  La Convention républicaine étatsunienne s’ouvre à Cleveland (Ohio) pour, sauf coup de théâtre, investir Donald Trump. On décortiquera bien entendu le discours de clôture du candidat mais auparavant, il sera intéressant de dénombrer les absents de marque, fortes personnalités du parti qui souhaitent prendre leurs distances avec l’aboyeur.

 

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 Hier soir, au journal de 20 heures de TF1, Nicolas Sarkozy s’est vraiment lancé en campagne en utilisant le volet sécuritaire de manière infamante, un rôle qui lui sied si bien. Mais curieusement, le commentaire du Figaro ne le suit pas. Au contraire, dans sa tribune, Frédéric Saint-Clair met en garde la droite en lui rappelant que « son bilan contre le terrorisme est mince. » Quant au journal lui-même, il pose, dans son enquête quotidienne auprès de ses lecteurs, la question de confiance : Terrorisme : la droite a-t-elle trop rapidement critiqué le gouvernement ? Et 47 % répondent par l’affirmative, ce qui est énorme lorsque l’on a l’habitude de déceler dans cette rubrique des avis particulièrement réactionnaires.

 

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 « L’artiste doit délivrer le monde de la douleur, même s’il ne se délivre pas de sa propre souffrance. » (Lettre d’André Suarès à Georges Rouault, Correspondance, éd. Gallimard, 1960)

 

 

Mardi 19 juillet

 

 Gilles Keppel, politologue spécialiste de l’islam et des pays arabes, confirme ce que l’on pressentait : Daech n’a plus besoin de commander des attentats ; ceux-ci naissent spontanément dans l’esprit d’individus désaxés ou soudain radicalisés, pour des raisons parfois tout à fait extérieures au combat idéologique, un moment de déprime, un chagrin d’amour, une catastrophe intérieure à compenser par un suicide mais un suicide révélé, accompagné d’un vedettariat, fût-il odieux. Ce n’est qu’après l’acte insensé commis que Daech, qui en ignorait tout, a beau jeu de le revendiquer. Comme le dit Keppel, « Daech a imbibé la société ». Voilà pourquoi il faut s’attendre à ce que d’autres attentats abominables pourraient devenir courants, presque ordinaires, perdant leur aspect exceptionnel. Il existe un moyen simple de vérifier cette thèse, méthode empruntée aux affaires de police ou d’espionnage : l’État crée un faux attentat avec l’espoir que Daech se ridiculise en le revendiquant. Encore faudrait-il que cette mise en scène risquée décourage les timbrés de la foi.

 

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 Les informations qu’un périodique diffuse en période creuse (le journalisme français les appelle « marronniers » ; le journalisme anglophone dit « châtaignes », allez comprendre…) n’ont pas lieu pour le moment d’être développées. Les situations de drames et d’insécurité plongent l’été dans une actualité qui ne prévoit pas la détente dans les rédactions. La situation de l’immobilier, le palmarès des hôpitaux ou encore les mystères de la franc-maçonnerie peuvent demeurer dans les tiroirs. Le Point a néanmoins choisi une couverture qui annonce des pages délicieuses : L’art français du mauvais esprit. C’est un régal. Introduit par Régis Debray, le dossier est parsemé de réflexions aiguisées, parfois inattendues, comme celles de François Mauriac revenant des obsèques de Paul Claudel : « J’aurais été bouleversé s’il avait fait moins froid » ; ou à qui l’on apprend que Michel Droit revenait des sports d’hiver un pied dans le plâtre : « Ça va le gêner pour écrire » [Ils étaient tous deux académiciens…] Anatole France sur Proust : « La vie est trop courte et Proust est trop long. » Tant d’autres, puisées dans Le Bouquin des méchancetés et autres traits d’esprit, de François-Xavier Testu (éd. Robert Laffont, coll. « Bouquins », 2014). Cela dit, les méchancetés et les traits d’esprit, on les trouve chaque semaine dans Le Point en lisant l’éditorial de Franz–Olivier Giesbert : « Il n’y a que les journalistes français, boussoles à l’envers, pour être sûrs que Donald Trump sera écrasé par Hillary Clinton. Il n’y a qu’eux aussi pour nous annoncer, avant chaque élection, la baisse du Front national, qui fait toujours mentir leurs pronostics. » Pas faux sans doute. Mais FOG n’est-il pas lui-même un journaliste français ?...

 

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 L’été, malgré tout.
 Une nonchalance méditative dans un vieux village provençal.

 Une balade dans un illustre Jardin parisien.

 Errer humanum est.

 

 

Mercredi 20 juillet

 

 Très conservateur mais pas farfelu, homme ayant le sens de l’État, Ted Cruz monte à la tribune de la Convention républicaine à Cleveland et appelle les congressistes à « voter selon leur conscience » en développant les devoirs d’un président et en dressant un portrait de ce qu’il doit être, ce croquis verbal ne correspondant pas du tout à la personnalité de Donald Trump. Évidemment, même si cela peut apparaître comme une attitude de mauvais perdant, il faut un certain cran pour la mettre en application. Car il s’est fait hué, et il le savait. Mais il savait aussi qu’il ferait l’événement.

 

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 Encore des méchancetés et autres traits d’esprit avec la parution du livre de Julienne Flory : Injuriez-vous : du bon usage de l’insulte (éd. de La Découverte) Du bon usage et de ses inégalités. Au salon de l’Agriculture de février 2008, Nicolas Sarkozy lance à un visiteur :  « Casse-toi pauv’ con ! » Quelques semaines plus tard, lors d’une de ses visites en province, le citoyen Herve Eon arbore une pancarte où l’on peut lire cette injonction. Résultat : 30 € d’amende pour outrage au chef de l’État.

 

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 L’horrible attentat de Nice continue de défrayer la chronique quant aux mesures de sécurité. Triste querelle alors que tout le monde s’accorde à reconnaître que le risque zéro n’existe pas. Et pourquoi ne pas plutôt chanter Nice, ville admirable, ville de contrastes, ville de joie et d’allégresse ? Évoquer Max Gallo qui, avant de fabriquer des livres d’histoire, avait écrit un merveilleux roman, La Baie des Anges (éd. Robert Laffont, 1971), chronique d’une famille d’immigrés italiens, dont le dernier tome, La Promenade des Anglais, dégage une poésie et un amour de la beauté naturelle, élément qui étançonne le récit en forme de saga autour d’un nouvel avenir à construire, après la Libération. Écouter et réécouter  Dick Rivers, cet autre natif de Nice (24 avril 1945), fredonner Nice Baie des Anges où la nostalgie voltige dans une romance elle aussi, à travers des bribes autobiographiques.

 

 

Jeudi 21 juillet

 

 L’un des degrés de la sagesse consiste à lancer régulièrement un avis de recherche sur le Je. Au « Je est un autre » de Rimbaud, Mark Hunyadi professeur de philosophie morale, sociale et politique à l’Université catholique de Louvain, avait substitué Je est un clone (éd. du Seuil, 2004), signe des temps ; tandis que le philosophe israélien Martin Buber prétendait que « Je deviens ‘Je’ en disant ‘tu’ »… On se souviendra en outre que Charlie Chaplin avait regretté que la vie ne s’accomplît pas à l’envers, commençant par la mort et reculant vers l’enfance. L’aventure se terminerait ainsi par un orgasme plutôt que par un drame ou par des souffrances. Ingénieux. Retour à la source. Le Je serait donc un spermatozoïde. Sur le plateau des Grosses Têtes de Philippe Bouvard, Olivier de Kersauzon avait un jour brillé en déclarant : « Je n’ai jamais participé à une course de spermatozoïdes mais j’ai souvent donné le départ. » Le mot était drôle et beau, mais il était faux. L’amiral avait bien participé à une course de spermatozoïdes, une seule fois, et il l’avait d’ailleurs remportée, ce qui lui permettait d’être là pour en témoigner. Le jeu du Je est infini ; ce n’est pas une raison pour abandonner la partie.

 

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 La sagesse de Jorge Luis Borges : « Chaque mot fut un jour un néologisme. »

 

 

Vendredi 22 juillet

 

 La colère d’Erdogan est tellement démesurée qu’il envisage ni plus ni moins que la Turquie prenne ses distances avec la Convention européenne des droits de l’Homme. Il songe en particulier au rétablissement de la peine de mort mais pas seulement. Derrière, dans le non-dit, il y a par exemple la torture. Au fond, c’était un coup d’État ou un coup monté ?

 

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 Au fur et à mesure que le Brexit va s’éloigner de l’actualité, des études vont apparaître sur l’état de santé de l’économie britannique. La première pouvant être prise en compte dénote « une chute spectaculaire » de l’activité, la plus basse depuis avril 2009. On ne s’en étonne pas mais on attendra plutôt les chiffres de l’automne, choc digéré, vacances achevées, pour mieux évaluer la situation. Entre le « Je-vous-l’avais-bien-dit » et le « Tant-pis-pour-eux », il ne faudra pas négliger cette formidable volonté de faire face, comme du temps où il n’y avait rien d’autre à espérer que du sang et des larmes.

 

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 « Je me sens très optimiste quant à l’avenir du pessimisme. » (Jean Rostand. Carnet d’un biologiste, éd. Stock, 1959)

 

 

Samedi 23 juillet

 

Un fou furieux abat 9 personnes et en blesse 20 autres dans un centre commercial de Munich hier, avant de se donner la mort. Aussitôt, Daech revendique l’attentat. Aujourd’hui, le procureur de la Bavière précise que l’enquête ne permet pas de lier ce drame à une quelconque forme de djihadisme. C’était un fou furieux, voilà tout ; mais Daech aurait bien en quelque sorte créé ce que l’on n’ose appeler une mode, un snobisme. Des fous furieux, il y en eut de tous temps ; ils n’étaient pas pour autant des kamikazes au service de leur Dieu. Et voilà qu’il faut déjà se tourner vers Kaboul où en plein centre-ville, une explosion provoque la mort d’au moins deux douzaines de personnes en en blessant deux à trois centaines. C’est un règlement de comptes entre sunnites et chiites. Daech revendique encore mais cette fois, vraisemblablement à juste titre. Le tragique se vit désormais au quotidien.

 

 

Dimanche 24 juillet

 

 Certes, Donald Trump est bête et dangereux. Á éviter à tout prix. Mais Hillary Clinton dégage un choix de pis-aller. Elle ne parvient pas à emballer la compétition autour de sa personne. Il faudra que la Convention démocrate qui s’ouvrira demain à Philadelphie amorce pour elle un nouveau départ dans l’opinion. Celle-ci veut qu’elle promeuve de fortes revendications sociales. Des militants de son parti estiment même que son programme « n’est pas assez de gauche » ! Dans la patrie du capitalisme ! On croit rêver. La voici presque contrainte d’instiller davantage de propositions Sanders au sein de ses engagements. Bernie Sanders, son concurrent aux primaires, s’est spectaculairement rallié à elle. Il faudra l’associer d’une manière ou d’une autre à la fête de Philadelphie et surtout ne pas donner l’impression de le mépriser, comme ce pourrait être naturel dans le comportement de l’impétrante et chichiteuse Hillary. Et puis, le Parti démocrate observe en son sein quelques remous bien connus déjà dans les partis socialistes et sociaux-démocrates européens : une distance entre les dirigeants, l’élite, et la base, les adhérents et les militants. Cela explique les bons scores réalisés par Sanders dans les primaires. Gare au retour de flamme !

 

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 Seuls  à ce jour les spécialistes connaissent Eugen Gabritschesky (Moscou, 1893 – Haar -Munich-, 1979). Mais grâce à l’exposition que présente la Maison rouge jusqu’à la mi-septembre et à l’article que lui consacre Philippe Dagen dans Le Monde, il se pourrait que ce personnage acquière une notoriété post-mortem. Ce biologiste, savant fou, devint peintre lors de son hospitalisation en psychiatrie. Découvert par Jean Dubuffet, il peut être rangé dans les adeptes de l’Art brut. Mais il se rapprocherait aussi des surréalistes par son bestiaire, où l’on retrouve des images proches de celles de Max Ernst.

 

 

Lundi 25 juillet

 

 Pour achevez son tour du monde et voler de jour comme de nuit avec l’énergie solaire comme unique carburant, l’avion Solar Impulse 2 va quitter ce soir Le Caire et gagner l’aéroport d’Abou Dhabi, son terminus, après avoir survolé quelques zones pétrolières impressionnantes. Bertrand Piccard, le nouveau Lindbergh, pilote et initiateur du projet, aura dû esquisser un sourire de satisfaction en apercevant tous ces puits d’or noir qui pollue alors qu’il était occupé à ouvrir une page de l’histoire de l’aéronautique propre et pas chère. Quelle famille ces Piccard ! Son grand-père, Auguste, avait inventé le ballon à hydrogène pour la stratosphère ainsi que le célèbre bathyscaphe pour explorer les fosses marines ; son oncle, Jean, frère jumeau d’Auguste, fut un aéronaute célèbre. Quant à Jacques Piccard, fils d’Auguste et papa de Bertrand, il se fit connaître comme océanaute. Il conviendrait de se pencher aussi sur les épouses et les sœurs de cette dynastie scientifique. On s’apercevrait qu’elles ne manquent pas de personnalité. Auguste Piccard inspira Hergé pour la création du professeur Tournesol. Mais à l’exception de la Castafiore, chanteuse d’opéra ridiculisée, les femmes n’existent pas dans l’univers de Tintin. Tournesol n’a pas d’épouse, pas plus que le capitaine Haddock ou que les Dupont(d). La maman de Tintin devait être fière des exploits de son fils mais sans doute pas autant que le chien Milou.

 

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 Une journée sans attentat deviendra bientôt un jour de grâce.

 

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 « Les dieux ont toujours soif, n’en ont jamais assez. » (Georges Brassens. Mourir pour des idées, 1972)  

 

 

Mardi 26 juillet

 

 Un bon signe du destin pour Hillary Clinton : elle possède la même date de naissance que François Mitterrand. Dans trois mois jour pour jour, lorsque l’on commémorera le centenaire de l’ancien président, la candidate à la présidence des Etats-Unis fêtera son 69e anniversaire. Une bonne occasion pour elle de s’inspirer de son aîné français, orfèvre dans l’art de mener campagne.

 

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 Et maintenant, un prêtre, égorgé au nom de Daech dans sa petite église de Saint-Etienne-du- Rouvray, près de Rouen. On sent que François Hollande va durcir sa position vis-à-vis de l’Etat islamique. Lui faire la guerre, certes, mais jusqu’où ? Quant à la droite et à l’extrême droite, elles exploitent de plus en plus le climat à des fins électoralistes. François Bayrou qualifie cette attitude d’ « indécente ». Pas sûr que cela touche Sarkozy et Le Pen.

 

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 Jean-Michel Ribes au Nouvel Observateur, le 3 septembre 2015 : « Pour les dictateurs, un éclat de rire est plus dangereux qu’un éclat d’obus. » Pour les fous de Dieu aussi.

 

 

Mercredi 27 juillet

 

 L’art de proclamer des évidences est parfois utile pour émouvoir les peuples. De Gaulle en était passé maître (« Je salue Fécamp, port de mer et qui entend le rester ! ») Á Cracovie, au cours des Journées mondiales de la Jeunesse, le pape vient de s’essayer à ce type d’expression. « Le monde est en guerre parce qu’il a perdu la paix ! » Ce ne sera pas la meilleure citation à caractère historique de son pontificat, mais on lui pardonne…

 

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 Barack Obama s’est rendu à Philadelphie pour exprimer aux militants de son parti à l’issue de leur rassemblement tout le bien qu’il pensait d’Hillary Clinton et sa conviction qu’elle sera une bonne présidente des Etats-Unis. Il n’emploie pas le conditionnel mais le futur simple. Certes, il s’agit d’un discours de propagande et Obama n’a plus rien à perdre, mais l’on admettra qu’il s’est engagé le plus loin qu’il pouvait pour assurer sa succession. Avant lui,  l’ancien maire de New York Michael Bloomberg, pourtant membre du Parti républicain, était venu à la tribune traiter Trump de « charlatan ». Toutes ces positions-là sont peut-être fort éloignées du citoyen de l’Amérique profonde. Ce raisonnement vaut davantage encore pour les soutiens des vedettes du show-business qui, selon la tradition, vont bientôt être connus et dont une vague très favorable à Hillary Clinton devrait émerger.

 

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  « Tant qu’on est trompé par le mensonge de l’utilité de la guerre il n’y a pas de paix ; il n’y a que des intervalles troubles dans la succession des guerres. » (Jean Giono. Écrits pacifistes. Lettre aux paysans sur la pauvreté et la paix, 1938)

 

 

Jeudi 28 juillet

 

 La polémique se poursuit sur la manière de gouverner la France. Il n’est d’ailleurs pas sûr que tous les ténors du parti Les Républicains qui s’expriment ça et là défendent une position commune, voire même identique. Trump les soutient en écho. C’est dire ! Et d’une formule, la une de Libération résume comme souvent la situation : De l’État de droit à l’État de droite ? Pour l’heure, le point d’interrogation est d’une importance capitale.

 

                       

 

                                                                     

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