semaine 15
Portrait de anonyme

Laisser des traces

Le 01 février 2021

Mesdames mesdemoiselles messieurs les lecteurs et lectrices d'Entre les lignes, il y a un fait indubitable, c'est que nous tous, malgré que certains et certaines d'entre nous le nient farouchement, nous tous donc, cherchons, au cours de notre existence, à laisser des traces de notre passage sur terre. Quoi ? Comment ça vous n'y croyez pas ? Moi je vous dis que si ! Si, si, si, reconnaissons-le : nous cherchons à ce que l'un de nos futurs descendants archéologues, de l'an 2589 par exemple, jubile et exprime sa joie d'avoir découvert dans le fond de sa propriété (si le concept « d'avoir quelque chose à soi » existe encore), la joie d'avoir découvert un objet bizarre, enterré à 75cm de profondeur certes, mais déterré par la pelle mécanique de leur jardinier-robot, un objet qui ne ressemble à aucun autre objet utilisé à cette future époque...Cet objet retrouvé, et nettoyé des souillure du temps, après analyse scientifique et divers avis conjecturaux, s'avérera être une cassette-audio des années 1970, de notre époque donc, et, fait remarquable, possédant encore son fin et souple ruban magnétique enroulé autour d'un axe et constitué d'un film  plastique enrobé d'une fine couche de particule magnétique d'oxyde de fer! Du plastic ?! Qui aurait résisté pendant tout ce temps ? Incroyable ! Et pourtant si ! Ce n'est que normal: puisque on sait que la pollution par le plastic est du à sa longévité: il ne se décompose pas avant des centaines d'années, ce qui est énorme, je ne vous apprends rien ! Bon, allez ! Ne faites pas l'innocent, tout le monde sait cela.....

 

Malgré les effort des chercheurs et autres savants qui reconnaissent leur impuissance à comprendre ce que cache et signifierait le déroulement de cette lanière, elle restera rétive à toute interprétation et restera une énigme pendant encore de très longues années. Parallèlement à cette découverte pour le moins surprenante, ils trouvèrent aussi un petit vase en terre cuite, joliment décoré d'émaux multicolores avec au dos l'inscription Longwi ! ...et encore un peu plus loin une sorte d'étui plat rectangulaire (5 sur 9 centimètre)... (à propos de centimètre, je vous informe que le système métrique aurait continué de s'imposer partout dans le monde), bref c'était un objet fait d'une matière bizarre qui s'avérera être aussi (après de minutieuses analyses) de la matière plastic pourtant différente de celle de la bande magnétique, (en fait, ce plastic là était l'élément de 2ième génération du XXIème siècle)... Revenons à l'objet : dans cet étui donc, subsistait, ô joie pour l'archéologue spécialisé dans les artefacts de cette époque, rempli encore au trois-quarts, plusieurs fins cartons extrêmement bien préservés de l'humidité et de l'oxydation. Il se fait que sur le troisième de ces cartons, on distinguait, malgré que ce fut abîmé, les traits d'une personne féminine aux longs cheveux bouclés ! Après diverses recherches, on décréta qu'il s'agissait vraisemblablement d’icônes de l'époque nucléaire, nommées « fouto-gravie » selon l'appellation de la langue fransquillionnienne de ce XXIième siècle, juste avant la grande catastrophe climatique que nous subodorons actuellement...

Revenons à cette découverte de cet album de photos éminemment bien conservé : on pouvait voir sur les autres cartons insérés dans les pochettes, en couleur s'il vous plaît, des visages de jeunes gens épanouis que corroborait une certaine joie de vivre soulignée d'un sourire éclatant...leurs peaux bronzées, leurs muscles longs et souples de sportifs aguerris laissaient supposer que c'était des hommes et des femmes issus de classes aisées, prenant sans doute des vacances bien méritées après quelques mois de labeurs acharnés dans le confinement de bureaux à air-conditionné d'une multinationale, établie au 37ième étage d'un immeuble qui en comprenait 136 !!! Mais d'où venaient-elles et à qui appartenaient-elles donc ces « floutogravies » qui nous montraient ces jeunes personnes quelque peu dénudées, se tenant par la taille, les pieds plantés dans le sable d'une mer étale chauffée au soleil vivifiant du midi ?

 

Hélas, trois fois hélas, aucune indication d'appartenance n'était mentionnée sur les clichés, sinon une date et une heure presque effacées, imprimées dans le coin inférieur droit, qui confirmait la valeur de ces artefacts devenus trésors inestimables pour le musée du XXIième siècle de la ville antique de Murna, (anciennement Namur)...se doutait-elle cette jeunesse depuis si longtemps disparue, que ces moments de bonheur au 125ième de seconde, allait produire l'enthousiasme de savants chercheurs cinq cents ans plus tard, alors que le même soleil qui nous éclaire aujourd'hui, bronzait les corps nus de cette future jeunesse insolente et pure, qui ne se souciait absolument plus de ce qu'il nous était arrivé en 2021, je parle du Coronavirus bien entendu...

 

Et puis que dire aussi de ce mur enfoui et mis à nu par hasard par des excavatrices qui nivelaient un terrain ou devait se construire une piste d'atterrissage d'engins volants pas vraiment identifiés ? C'était un mur de briques rouges antédiluviennes, lesquelles s'effritaient bien trop vite au moindre souffle, effaçant des inscriptions en lettres majuscules découvertes et remarquées en l'an 2608, lesquelles inscriptions disaient, du moins c'est ce que les spécialistes avaient déchiffrés, disaient donc : « Mort aux ...(le reste était illisible)» !... ce graphisme recouvrait une autre inscription plus ancienne celle-là, qui affirmait : « Je t'aime Loulou » Et de se pencher sur la nature du sexe de Loulou......Alors les archéologues de cette lointaine future époque, se sont laissés aller à imaginer l'artiste, l'auteur, peut-être un jeune-homme des années 2001, aux vêtements simples et séants, en train de prendre du recul afin de se poser des questions sur le graphe qu'il venait de réaliser...Que pouvait-il donc penser ce jeune-homme dégingandé, la casquette à visière sur la nuque, dont la musette devait être remplie de bombes de couleurs qui, en reculant de quelques pas, tâchait de déceler les erreurs de perspectives qu'il avait commises en taguant cette silhouette de jeune femme en pleurs tenant son bébé mort dans les bras ?

 

Cette femme dans son abîme de tristesse, cachait une fresque découverte plus tard, sous l'enduit de ce même mur s'effritant, que les spécialistes tentaient de consolider en injectant macroscopiquement un produit stabilisant. Cet étonnant dessin touchait encore par ses accents de vérité, la sensibilité humaine des chercheurs attelés à la tache ingrate de déblayer et de mettre à jour leur trouvaille...

Tout ça se passait en ces années 2600 et des poussières, les « mandays » (« mandays » ou « mandailles », robots-ouvriers loués à la journée) avaient dégagés ce muret sur lequel on pouvait encore distinguer ce  street-art représentant cette mère éplorée...certes le dessin était presque effacé, mais apparaissait encore la douleur et la souffrance ainsi que la pâleur mortelle de l'enfant dans ses bras !...cette muraille qu'on osait à peine toucher, avait conservé, on ne sait par quel miracle au travers des siècles, et quoiqu'il ne restait plus que quelques moellons qui ne tenaient que par miracle (encore!), avait conservé malgré tout, la trace du rendu de la sensibilité exacerbée de ce tagueur, qui restera, n'ayons pas peur des mots, un artiste inconnu .....

 

Voilà ce à quoi nous sommes soumis mesdames-mesdemoiselles- messieurs lecteurs et lectrices d'Entre les lignes, nous sommes soumis à une force inconsciente, soumis et contraint de laisser une, et même plusieurs traces de notre bref passage sur terre afin de montrer et démontrer à nos futurs concitoyens que nous avons existé, envers et contre tous, que nous avons été aussi vivants que les dinosaures, disparus eux aussi tragiquement... alors, sachant notre destinée, nous avons cherché de toutes nos forces à nous exprimer du mieux que nous pouvions, avec sans doute la faiblesse propre à chacun d'entre nous...Cependant, certains n'eurent guère de moralité et laissèrent des traces quelques peu reluisantes : les vestiges des camps de détentions d'Auschwitz, Buckenwald et Guantanamo existaient encore en 2610 !!!

 

Alors, sachez-le, ayez conscience que nos traces furent créées en employant nos petits moyens d'expressions personnels d'hominidé baignant dans le spleen d'une jeunesse perdue et durement acquis au cours de la durée que dure le temps de notre existence...certes ces pauvres vestiges de certains de nos talents talentueux furent accomplis en utilisant notre cerveau surdimensionné, notre capacité de savoir-faire, en utilisant une connaissance durement acquise lors de l'apprentissage de la science de notre époque, apprise inconsciemment ou même sciemment, tout au long de notre existence éphémère, tellement courte qu'on se demande par quel miracle la plupart de ces oeuvres d'art ont résisté aux outrages du temps !!!

 

Cependant, me direz-vous, tout comme les dinosaures retrouvés au fin fond des mines de charbon de Bernissart, quelles sont les meilleures souvenirs que nous aurions pu laisser, nous les humains, pour prouver notre existence ? (Et je tairais plutôt les charniers d'Auschwitz ou le massacre de Srebrenica),... En fait, pour le commun des mortels, on aurait voulu garder ne serait-ce que la douceur de la peau, la rondeur d'une épaule, le galbe d'un sein? Ou la force de la couleur des yeux, les regards acérés, les regards langoureux, les regards coquins ? Et puis le sourire de l'autre, de l'aimé ou de l'aimée ? Qu'en est-il de ce sourire si séduisant montrant des quenottes parfaitement alignées sous les lèvres pulpeuses peintes d'un rouge irrésistible ? Croyez-vous cela possible de laisser une trace de cela, je vous le demande ?! Non ça, c'est impossible !... alors il faut se résigner, et reconnaître que ce que nous laisserons découvrir la plupart du temps à nos successeurs, ce sont nos restes ! Que savons-nous de ce que les archéologues vont retrouver de nos restes ? Après analyses, ils n'en resteront qu'aux supputations !!! A part constater que nous avons eu une fracture de l'humerus, ou un manque de calcium, dans l'os iliaque, que peuvent-ils déduire d'autres en contemplant la résurgence de nos os en tous genres : boite crânienne, mâchoire édentée, mandibule, fémur, cubitus, côtes, clavicules, vertèbres et coetera...d'ailleurs ces savants savants n'auraient que ça à dire avec une certaine componction  : etc etc etc.....

 

Plutôt que de dire comme Rimbaud : « je me revois la peau rongée par la boue et la peste, des vers plein les cheveux et les aisselles et encore de plus gros vers dans le coeur... », tâchons de terminer sur une note optimiste et tâchons aussi de mettre en avant les moyens d'expressions que sont les arts, le pictural, le sculptural et le musicale ! Retient-on de Beethoven ses dernières urines nauséabondes ou la 9ième symphonie, cet hymne à la joie et à la liberté ? Va-t-on retenir de ce même Rimbaud l'horrible moignon de sa jambe amputée ou la sublime versification du Bateau Ivre sans parler de la sulfureuse Saison en Enfer ? Pourquoi retiendrait-on l'ivrognerie de Malcolm Lowry plutôt que son livre extraordinaire « Au dessus du Volcan » ? Et quel souvenir sera le plus vivace pour ces auteurs de livres admirables, comme James Joyce ? Ou Giacometti ? Et Picasso ou Michel-Ange ? Ou encore Léonard Da Vinci, Gustave Eiffel, Mozart, Chopin, Hugo, Céline, Bernstein, Rops, Maeterlinck, Delvaux et Magritte ????? Tous seraient effacé de la mémoire populaire s'il n'avaient laissé derrière eux une oeuvre magnifique allant bien au-delà des défauts qu'on leur avait trouvé de leur vivant !

 

Notre temps est révolu, amis et amies d'Entre les lignes, ça se termine en pensant que le monde ne s’arrêtera jamais de tourner et qu'un jour (ou une nuit) il va rencontrer plus gros que lui, qui va le pulvériser, le réduire en miettes, lesquelles sous le nom de météorites, vont voyager dans l'espace et peut-être s'écraser sur une planète lointaine en apportant, qui sait, quelques molécules vivantes qui finiront par devenir des êtres vivants qui chercheront eux aussi à laisser des traces ...bon, c'est pas tout ça, mais il serait peut-être temps de laisser la place à l’absorption de cette liqueur ambrée, ou anisée, lénifiante qui nous envahira les synapses afin que la nostalgie de nos propos de ce jour ne nous fasse pas verser des larmes de compassion sur nos conditions de vie actuelle !!!

 

A coeur vaillant, rien d'impossible : a pa peur !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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