semaine 15
Portrait de André Yoka Lye
Confidences du chauffeur du Ministre

Vous avez dit ‘couvre-feu’ ? Vraiment ?

Le 05 mars 2021

Il n’en revient pas, mon patron le ministre des Affaires Stratégiques et Tactiques ; il n’en revient pas de constater que le couvre-feu n’est devenu qu’un … couvre-fête nocturne. Et maintenant que mon ex-ministre (ministre désormais en … minuscule) est, selon lui, « en réserve de la république », il a quelque peu délié sa langue. Par exemple il n’a pas assez de mots poivrés pour dénoncer le fait qu’à travers la capitale, notamment dans nos quartiers d’en bas, s’agissant du couvre-feu, c’est, comme disent les Kinois, « défi contre défi » (« tembe na tembe »), c’est « tiya motu ba-kata » (« je mets ma tête à couper à tout prix ») : les bars sont bondés hors limite, et la clientèle sans masque ni distanciation sanitaires ; même lorsque, par hasard,  un peloton de police surgit, croyez-vous que cette clientèle se disperse ? Non, au contraire, elle se justifie : pour elle il n’y a pas transgression du couvre-feu parce que tout se passe dans le noir et la discrétion ; il n’y a pas couvre-fête parce que tout se passe sans musique.

Et donc à la santé du couvre-feu et du couvre-fête ! A la santé des ambianceurs et des cuiteurs impertinents et hors-la-loi ! A la santé des ex-futurs ministres déliés de toute censure, et se trémoussant eux aussi, à l’ombre du couvre-feu et à l’ivresse du couvre-fête sans foi ni loi…

Et puis, le contournement du couvre-feu par le couvre-fête hors-horaire et hors-la-loi, n’est - ce pas une façon du contournement des embouteillages monstres de ces derniers jours ! Et donc, à la santé des bouchons de bière de notre nganda-bar du quartier ; à la santé des bouchons de rues inextricables !

… En effet, aucune avenue, aucune rue, aucune ruelle, aucun tunnel de la capitale n’est épargné par les embouteillages et les bouchons: bouchons de véhicules plus que jamais « esprits de mort » ; bouchons de motocyclistes « wewa » plus que jamais « slalomeurs » ;  bouchons de piétons plus que jamais victimes collatérales…

Et donc à la santé des bouchons de rues !  Avec des « shégués », enfants terribles de rue, convertis en « agents de l’ordre de la circulation » !  A la santé des « shégués » !

… Hier soir, mon patron de ministre s’est trouvé ainsi pris dans le piège des bouchons de rues, à la sortie des bouchons … de bière de notre nganda-bar du quartier … Trois heures de bouchons ; trois heures de supplice ; trois heures de sommeils par intermittences dans notre véhicule prisonnier des embouteillages ; trois heures sans pause-pipi…

 

 

Image: 
Pas de couvre-feu quand on a la rue comme royaume. Photo © Véronique Vercheval

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