semaine 50

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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Portrait de André Fromont
Haïculs bénis/André Fromont

Harry opère son père

Le 12 juin 2017

&

Image: 

Le père est assis, les yeux fatigués et fiévreux.
"Quand je m'approche de la fenêtre et regarde vers le jardin, je vois la vapeur sortir du mur. Le mur du fond, à droite du sapin. La vapeur s'épaissit, forme un nuage opaque et le nuage devient cheval. Un cheval de trait, un énorme wallon gris. Juste après, c'est trois ou quatre chevaux qui arrachent paisiblement l'herbe de la pelouse."
"Chaque fois que tu viens à cette fenêtre, tu les vois ?"
"Pour le moment, oui, chaque fois. Et de ma chambre, quand je regarde la place communale, c'est des cyclistes qui apparaissent de plus en plus nombreux jusqu'à remplir tout l'espace. Des centaines de cyclistes."
"Toujours des cyclistes ?"
"Sur la place, c'est toujours des cyclistes. Et ici, dans cette pièce, quelqu'un entre par cette porte, ensuite une autre personne, une femme, un enfant, ... Et puis, ça se suit, ils se ruent nombreux et s'installent partout. Debout, assis, serrés les uns contre les autres, sur mes genoux. C'est bizarre."
"Et tu les connais, ces gens ?"
"Non, ils sont inconnus et ils ne disent rien. Ils ne me voient pas. Je ne bouge pas. Ils partent comme ils sont venus. L'autre soir, c'est l'eau qui envahissait la pièce. Elle coulait de partout, de sous les portes, de l'intérieur des armoires, de la télé. Avec violence. Elle m'arrivait aux hanches. Là, j'ai vraiment eu peur!"

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Face au soleil
Le souffle retenu
Je guette la montée des eaux
Des mots roulent dans ma tête
En pouvoir invisible
En corps célestes
Contenu et apparence
Bruit et peur
Chair et poule
Face au soleil
Un vieux poisson
Jaillit de l'eau
Éclat sans fin
Figure de proue
Pulsation
Présence
D'autres mots roulent dans ma tête
En pouvoir invisible
En corps célestes
Ours et miel
Os et poussière
Bruit et vie
Face au soleil
Dans l'eau rafraîchie
Un arbre solide et solitaire
Fantôme entre les rideaux de pluie
Il n'a nulle part où aller
Encore ces mots qui roulent dans ma tête
En pouvoir invisible
En corps célestes
Oreille et magie
Image et vue
Héritage et attention
En face, le soleil disparaît
Au regard de tous
Aucune étoile visible
Juste quelques bruits de peur animale
J'évalue la menace
Je reste calme
L'obscurité est tombée
Sans que cesse la pluie
Le silence se fait et
Des mots roulent dans ma tête
Comme un torrent

Un chat me chuchote :
Le danger est passé
Reste le ciel
Les dés ne m’annoncent rien
Le chat me chuchote :
Le ciel change
Voilà tout
Une idée minuscule
Le ciel contre la montre
La terre telle qu’elle est
Le chat me rechuchote :
Yi-king toi-même
C’est ce que je pense

Ne pas croire aux fantômes
N’empêche pas d’entendre
Parfois
Les voix de ceux qui ont vécu

Les punaises
Les merveilleuses punaises
Soutiennent des déchirures d’images
Retiennent des fins de phrases
S’abandonnent à vieillir
Sous le feu d’une ligne de soleil
Où danse la poussière
La merveilleuse poussière

Une télé toute ronde sort d’une cloison
Elle joue un combat d’indiens
En noir et blanc
Pour les disparus du quartier
Tous assis sauf un
Qui tourne les boutons
Noirs et blancs
Et couvre l’image de son gros cul
T’es pas transparent, râle-t-on

Dans un souffle du son
Disparaissent les disparus
Et les indiens
Chacun derrière sa punaise
Sa merveilleuse punaise
Machine rouillée
A remonter de temps en temps
Le temps
Le merveilleux temps

Ne pas croire aux fantômes
N’empêche pas d’entendre
Parfois
Les voix de ceux qui ont vécu

07/01/2007

Amoureux du mystère
Et de la clarté lunaire
L'esprit, ailleurs
Attiré par la porte solaire
Le radar humain
Hume dans un demi-sommeil
Les portraits cachés
Dans les histoires familières
La présence de sel
Dans les silences gênés
Le sang versé
Dans les files indiennes

Amoureux du mystère
Et de la clarté lunaire
L'esprit, ailleurs
Attiré par la simple présence
De carrés de lumière
Le radar humain
S'éveille
Il louvoie, tranquille
Dans l'océan immense
Des imprévus
Des champs de vision
Des marches à suivre

Dans ce ciel d'automne
Un fracas de scierie
Implose le silence
Un sursaut de vieille peur me colle à l'écorce d'un saule
De ma tranchée
Mes yeux affolés découvrent l'envol d'une famille de cygnes
Mon corps crispé injecte dans chacune de ses cellules
Une liqueur apaisante
Que je bois chaque jour à la beauté de l'oiseau sauvage.
Que vive en chaque inspiration
Ce terrible baiser de l'effroi qui tue
Et de la splendeur qui bruit.

Choses mentales
De sérieux vestiges
Claire ribambelle
Dans les plumes
Bien des voyages
Aube en soirée
Nuit en fin
Le blanc des lignes
Pas si simple
Le noir des signes
Compliqué
Le bleu de tes yeux
Limpide
Le nez du masque
Étiré
Plus de secret ?
Demi lune
Dis-tu
Dans les plumes
La lune

Emma est pétrifiée
Sa nuit a été blanche
D'histoires revisitées
Mais que voulais-tu, en fait ?
Combien de toujours appelles-tu ?
Un homme timide
Une colère drôle
Les mots dérapent
Personne n'a revu Jules
Le grand jamais, Jules !
Qui traîne là où tournoie la poussière
Emma est pétrifiée
Petites crises, vertige, fleurs de peau
Du balcon, elle regarde les saisons
L'ordinaire, encore
Elle suit des yeux un nuage
Et accepte ce qui arrive
Emma dérive
Chassée d'elle-même
Elle sort du bois
Traverse au rouge
Fait face à ce qui aurait pu arriver
La pluie fraîche éteint sa douleur

2017

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