semaine 15

Zoonoses, syndémie, démocratie…

Zooms curieux par Gabrielle Lefèvre, le 01 avril 2021

Verbaliser le non port du masque ? Oui, mais légalement ! Photo © Gabrielle Lefèvre

The Lancet est l’une des plus renommées revues internationales de médecine. En septembre passé, on pouvait y lire cet article qui résume toute l’interrogation fondamentale actuelle : « Covid-19 is not a pandemic ». Il faut parler de « syndémie » à savoir une maladie causée par les inégalités sociales et par la crise écologique. Notre mal-vivre actuel, notre destruction des écosystèmes, notre alimentation déséquilibrée à cause de la destruction d’une agriculture respectueuse des ressources naturelles, les pollutions que nous générons, tout cela provoque une augmentation continue des maladies chroniques : hypertension, obésité, diabète, maladies cardiovasculaires et respiratoires, cancers, énumère le dr Richard Horton, rédacteur en chef de The Lancet.

Des vagues pandémiques annoncées

Dans ce cadre, l’actuelle pandémie de Covid-19 n’est qu’un épisode dans la série de pandémies qui déferlent sur nos sociétés fragilisées par le démantèlement des systèmes de soins de santé, l’insécurité économique des populations avec une pauvreté grandissante privant de conditions de vie satisfaisantes des parties de plus en plus importantes de nos populations.

« Les experts ne cessent de rappeler que les épidémies transmises depuis un réservoir animal, les zoonoses, risquent de se multiplier. C’est de cette source qu’est apparu le Covid-19 indique le rapport des experts de l’organisation mondiale de la santé, suite à leur enquête en Chine. Or avec le réchauffement climatique et les atteintes à la biodiversité, les contacts entre animaux sauvages et élevages se multiplient. », lit-on dans Novéthic.

Entre 2003 et 2004, « on a découvert le Sras-Cov touchant 29 pays, en 2013, le MERS-CoV dans 25 autres. Le Sras-Cov 2, présent depuis 2019 a fait, quant à lui, 2,8 millions de morts, dont presque 100 000 en France. Non seulement la crise actuelle va durer en raison des variants, mais elle va se répéter régulièrement. Le Forum économique mondial place même les épidémies au sommet de son classement des risques, devant le changement climatique.

Une chose est sûre. Il va falloir apprendre à "vive avec". Ce qui ne va pas dire laisser faire ! Mais cela signifie préparer les infrastructures sanitaires et l’économie à les gérer très précocement afin d’en limiter les effets et les coûts. C’est du moins la préconisation de la Cour des comptes qui avait dénoncé des coûts qui auraient pu être évités en France si le pays avait fait preuve d’une meilleure anticipation. "Les acteurs publics n'accordent pas suffisamment d'attention à la gestion des risques, à leur préparation, quelle que soit leur nature", expliquait mi-mars le premier président Pierre Moscovici. », lit-on dans Novéthic. Et cette critique des pouvoirs publics en France s’applique parfaitement à la Belgique, bonne élève dans l’application fidèle d’un programme économique néo-libéral et mondialisé d’ailleurs soutenu par l’Union européenne.

Que le débat redevienne public

La professeure de philosophie politique à l’université de Bordeaux, Barbara Stiegler, détaille cette « dissimulation de l’état de la science », ce qui « apparaîtra rétrospectivement comme le péché originel des gouvernements qui ont fait le choix de la répression des citoyens, plutôt que celui de l’éducation et de la prévention. » Les scientifiques ont commis une autre erreur fondamentale, explique la philosophe se basant sur l’analyse du Lancet : réagir comme si l’épidémie de Convd-19 était comparable à la peste qui, elle atteint tout le monde, quel que soit son âge et son état de santé. Ce virus même mutant, est véritablement dangereux pour les personnes âgées et celles qui souffrent de comorbidité, donc pour les organismes affaiblis, y compris par la pauvreté, la malnutrition, l’absence de soins de santé primaires… Bref, par les manquements criants de la politique de santé publique, essentiellement préventive, qui a été systématiquement défavorisée par rapport aux biotechnologies, aux technologies de pointe qui bénéficient, elles aux grands groupes pharmaceutiques et d’innovation technologique.

On l’a vu et on le constate encore : les infirmières, les médecins généralistes, toutes les professions de soins de santé de proximité sont sous-payées, mal équipées et l‘éducation populaire à la prévention sanitaire est négligée.

Barbara Stiegler en conclut que si on avait eu une approche sociale et environnementale de la santé, on n’aurait pas dû recourir au confinement de masse de la population en attendant la vaccination reposant uniquement sur l’industrie pharmaceutique. Selon elle, nous sommes entrés « en Pandémie », une sorte de « nouveau continent mental, parti de l’Asie » pour recouvrir l’Europe, puis pour s’imposer finalement en             Amérique ».  En Pandémie, on nous impose une nouvelle culture où c’est la Chine qui domine avec ses dispositifs de traçage, de confinement, de fichage créant un monde cybersécurisé où chaque individu est suspect.

Le « consentement éclairé du patient », le respect de l’autonomie, la construction d’une « démocratie sanitaire » sont balayés par cette nouvelle culture. Pire, la démocratie elle-même est menacée ainsi que la liberté d’expression des contestataires, scientifiques ou autres.

Barbara Stiegler insiste : « « plutôt que de se taire par peur d’ajouter des polémiques à la confusion, le devoir des milieux universitaires et académiques est de rendre à nouveau possible la discussion scientifique et de la publier dans l’espace public, seule voie pour retisser un lien de confiance entre le savoir et les citoyens, lui-même indispensable à la survie de nos démocraties. » Et ce débat est crucial puisqu’il nous faudra tracer les contours des politiques de la santé et du vivant.

En Belgique, de simples arrêtés ministériels

En Belgique, la Ligue des droits humains a saisi la justice afin d’obliger l’Etat à respecter le processus démocratie, négligé par des gouvernements aux abois face à la crise sanitaire. Sa présidente, Olivia Venet, explique cette démarche dans une interview : « Les droits et libertés fondamentaux sont indivisibles, interdépendants et ne peuvent être réduits à un mécanisme de défense individuel des droits : ils comportent une dimension collective. C’est dans ce cadre que les mesures prises par les autorités publiques doivent se comprendre, car elles constituent une défense collective des droits à la vie et à la protection de la santé des citoyen·ne·s les plus faibles. Toutefois, dans un État de droit, les restrictions aux droits et libertés doivent être légales, légitimes et proportionnées. Il convient ainsi de s’assurer pour chaque mesure de son caractère proportionnel et adapté – le port du masque généralisé et le couvre-feu peuvent questionner à ce propos.

De surcroit, encore aujourd’hui, les mesures de confinement qui impactent lourdement nos droits et libertés sont prises par simple arrêté ministériel. Il paraît essentiel que le Parlement reprenne la main et qu’une loi, adoptée au terme d’un large débat démocratique, balise les limites de ces restrictions. Au travers et au-delà de ce débat démocratique, c’est l’information complète et transparente des citoyens et des citoyennes qui permettra une adhésion aux mesures. Sur le contenu de ces mesures et leur caractère excessif, il y a beaucoup d’inconnues et il n’est pas simple pour les pouvoirs publics de calibrer ces mesures pour qu’elles soient à la fois efficaces, justes et équilibrées. Ce qui est certain, c’est qu’elles doivent être temporaires, prononcées pour de brefs délais, et ne doivent jamais cesser d’être considérées comme des mesures exceptionnelles, au risque de les voir s’inscrire dans le droit commun des droits et libertés. »

La Ligue des droits humains a donc introduit, le 22 février dernier et après de multiples appels aux pouvoirs publics, une action en référé contre l’arrêté ministériel du même mois et qui restreint nos libertés en se référant à une loi de mai 2007 sur la société civile précisant des mesures de réquisition et d’évacuation prises après la catastrophe ferroviaire de Ghislenghien ! Mercredi 31 mars 2021, le Tribunal de première instance de Bruxelles a sèchement constaté que cette loi ne s’applique pas du tout aux conditions « corona » et que les diverses mesures restrictives des libertés des citoyens sont tout simplement illégales.

Le rappel à la base fondamentale de la démocratie est ainsi fait : la séparation des pouvoirs. C’est au parlement de voter des lois sur des restrictions temporaires de liberté, et d’énoncer les critères clairs et uniformes sur lesquels ces restrictions sont organisées. Donc, sur base d’un débat avec les diverses instances compétentes et en toute transparence vis-à-vis de l’opinion publique.

Bref, notre gouvernement aurait dû passer par l’étape parlementaire plutôt que de foncer tête baissée dans une politique peu comprise par la population qui en subit de graves conséquences économiques, sanitaires, psychologiques. On espère que ce débat aura lieu le plus vite possible au parlement. En attendant, le gouvernement a interjeté appel…

- https://www.novethic.fr/actualite/economie/isr-rse/edito-la-france-se-reconfine-il-est-temps-de-passer-du-jour-sans-fin-au-vivre-avec-149683.html?utm_source=AlertesThematique&utm_campaign=01-04-2021&utm_medium=email

- Barbara Stiegler. « De la démocratie en pandémie. Santé, recherche, éducation ». Coll tracts N°23, Gallimard.

- https://www.liguedh.be/interview-olivia-venet-presidente-de-la-ligue-des-droits-humains/

- « L’Etat belge recalé pour ses « arrêtés covid » d’apparence illégaux. » Article de Laurence Wauters dans Le Soir du 1er avril 2021.

 

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