semaine 48

Russie-Allemagne: de l'eau dans le gaz

Zooms curieux par Gabrielle Lefèvre, le 18 septembre 2020

Toute l'Europe est concernée par ce projet de gazoduc russo-allemand. Photo © Wikipedia

Notre été sent décidément le gaz à plein nez. Et son exploitation est explosive ! La paix (toute relative) du monde en est ébranlée.

Il y a peu, nous vous expliquions brièvement la danse des bateaux turcs, grecs, français et même italiens dans la prospection de gigantesques nappes de gaz naturel en mer Egée. Avec le pétrole qui se trouve sans doute aussi dans ces parages, cela constituerait une manne importante pour les pays riverains et notamment la Grèce qui ne s’est pas encore remise de sa cure brutale d’austérité, imposée par l’Europe. La Turquie veut évidemment profiter de ce pactole situé dans ce qu’elle considère comme ses eaux territoriales et nous voilà dans le sac de nœuds inextricables des définitions des eaux territoriales et des traités alambiqués qui les déterminent et dont certains ne sont pas reconnus par la Turquie.

 L’affaire est extrêmement complexe et les relations politiques tendues. On se demande si la diplomatie européenne pourra élaborer des pistes d’entente entre les pays qui convoitent à tout prix, y compris celui de la guerre, l’exploitation de cette ressource en énergie fossile.

Nord Stream 2, du poison entre la Russie et l’Allemagne

Et voilà que la tension est à nouveau à son comble entre l’Europe et la Russie à propos de la polémique qui entoure le gazoduc Nord Stream 2 reliant l’Allemagne et la Russie.

Résumons : ce gazoduc relie la Russie à l’Allemagne afin d’approvisionner cette dernière en gaz naturel dont le pays a grand besoin afin de combler son déficit de production énergétique à la suite de son abandon du nucléaire. Les énergies renouvelables n’arrivent pas encore à combler tous les besoins énergétiques de ce grand pays. De même, le premier gazoduc russo-allemand Nord Stream 1 ne suffit pas à assurer l’approvisionnement de l’Allemagne.

Ce gazoduc n°2 qui devrait être exploité par le russe Gazprom, représente « un investissement de 10 milliards d’euros, financé pour moitié par ce dernier, et le reste par cinq entreprises européennes, dont la française Engie et les deux allemandes Uniper et Wintershall. », explique Matthieu Jublin dans un article paru dans www.alternatives-économiques.fr.

Cette alliance stratégique défendue par la chancelière Angela Merkel ne plaît pas à de nombreux pays européens anti-russes et pro-USA (qui, eux, veulent vendre leur gaz de schiste, infiniment plus dommageable à l’environnement que le gaz naturel). Les étatsuniens ont donc exercé des pressions considérables contre l’Allemagne et la Russie. En 2019, ils ont décidé des sanctions visant les entreprises qui participent à l’installation du pipeline ; ce qui a entraîné un premier retard dans le chantier, explique Matthieu Jublin. Puis, cet été 2020, alors que des navires russes croisaient en mer Baltique, Washington a agité « un deuxième volet de sanctions extraterritoriales, visant cette fois toute entreprise liée au projet », menaçant de « destruction » financière le port allemand de Sassnittz. Une menace et une ingérence évidemment inacceptables pour les pays européens. Cette manœuvre du président Trump relance ainsi la guerre froide énergétique avec la Russie afin de gagner des voix aux prochaines présidentielles US. On se souvient des manœuvres OTAN de cet été qui constituaient une relance de la guerre froide militaire menée par les Etats-Unis.

C’est dans ce contexte que survient, le 20 août, l’étrange affaire d’empoisonnement au Novitchok de l’opposant russe Alexeï Navalny, en Russie. Un poison développé par l’Union soviétique et déjà utilisé contre l’ex-espion russe Sergueï Skripal et sa fille en 2018 en Grande-Bretagne.

Si le président Poutine s’avère avoir cautionné cet empoisonnement, il s’agit là d’une bourde criminelle d’ampleur puisque cela affaiblit fortement la position de la chancelière et donc les relations économiques entre la Russie et l’Allemagne. Au profit de Etats-Unis mais aussi de l’Ukraine qui ne veut pas que l’Allemagne se serve de gaz russe en dehors du gazoduc Fraternité, dont l’Ukraine tire des revenus substantiels. Au profit enfin de la Pologne qui a annoncé pour 2022, la fin du contrat gazier avec la Russie et donc son approvisionnement par le gazoduc Yamal, qui relie la Russie à l’Allemagne via la Biélorussie et la Pologne. Biélorussie qui est elle-aussi sur les charbons ardents de la révolte populaire mais qui dépend complètement des approvisionnements russes.

Vous suivez ? Pour compliquer encore la donne, il y a le Turkstream, ce gazoduc inauguré en janvier de cette année et qui alimente en gaz russe la Turquie et plusieurs pays européens… Et place la Turquie au centre d’un vaste jeu de transport d’énergies fossiles entre la Russie, l’Europe et l’Asie. Tout en lorgnant sur le gaz de la mer Egée.

Bien sûr, tout cela va à contrecourant des souhaits et décisions de reconversion de nos économies et de nos modes de vie vers des énergies propres, renouvelables, respectueuses de l’environnement.  Celui-ci n’a jamais été aussi menacé, de même que la paix mondiale.

Rappelons que les conflits terriblement meurtriers en Afghanistan, Irak, Syrie, Libye, Yémen et avec l’Iran tournent autour de l’exploitation de champs pétrolifères par les grandes puissances et n’ont rien à voir avec une prétendue lutte contre le « terrorisme » ou contre une religion, fût-elle extrémiste et mortifère comme l’islam radical.

https://www.entreleslignes.be/humeurs/zooms-curieux/banksy-erdogan-la-gr%C3%A8ce-et-les-autres

https://www.entreleslignes.be/humeurs/zooms-curieux/l%E2%80%99otan-partout-tout-le-temps

https://www.alternatives-economiques.fr//nord-stream-2-nouvelle-guerre-froide-energetique/00093828?utm_source=emailing&utm_medium=email&utm_campaign=NL_Quotidienne&utm_content=16092020

https://fr.wikipedia.org/wiki/Nord_Stream

 

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