semaine 51

Les droits des paysans enfin déclarés

Zooms curieux par Gabrielle Lefèvre, le 04 octobre 2018

Ils sont la clef de notre survie en tant qu’espèce humaine (hors catastrophe naturelle majeure) et pourtant on les ignore. Pire, on les méprise. Ils ont été l’âme des mouvements altermondialistes et ils sont en première ligne dans la guerre lancée par les grandes entreprises agro-alimentaires et biochimiques visant à s’accaparer et dominer les ressources naturelles, les semences, la richesse de la biodiversité, les évolutions génétiques, les plantes médicinales, etc. Ils s’opposent encore et toujours aux grands accords de libre-échange car ils en sont les évidentes victimes.

Dans nos pays riches, les paysans disparaissent petit à petit au profit de grandes entreprises agro-industrielles. Et l’on a vu augmenter de manière catastrophique les accidents de pollution des produits agricoles mais aussi des animaux destinés à la consommation humaine. On assiste de plus en plus à la contamination des agriculteurs et des habitants des campagnes, surtout des enfants, par des pesticides pourtant connus pour leur dangerosité.

Le monde a connu une victoire, encore trop partielle, sur Monsanto et son sinistre glyphosate mais le géant Bayer qui rachète cette multinationale devra être surveillé de près par les défenseurs de la santé humaine et de l’équilibre naturel.

Une deuxième victoire vient d’être remportée aux Nations Unies. Depuis 17 ans en effet, de très nombreuses associations ont porté le combat devant le Conseil des droits de l’homme de l’ONU à Genève qui vient d’adopter la « Déclaration sur les droits des paysans et autres personnes travaillant en milieu rural ».

En fer de lance : Via Campesina (soit 182 organisations actives dans 81 pays) qui part d’un simple constat : les paysan-ne-s (avec leurs familles) représentent près de la moitié de l’humanité, pourtant leurs droits sont niés dans de nombreux pays. Famine, pauvreté, expropriations, ce ne sont que quelques-uns des problèmes auxquels ils sont confrontés quotidiennement.

« Ce sont les paysans de La Vía Campesina, qui ont décidé que les États devaient reconnaître leurs droits. », explique Henry Saragih dans un livre sur le sujet qui paraîtra prochainement aux Editions du CETIM (Centre Europe-Tiers-Monde)

Les délégués paysans des divers pays ont commencé par rédiger les articles de la future Déclaration. Ensuite ils ont trouvé une entrée aux Nations Unies avec l'aide du CETIM. En effet, l’organisation genevoise, qui dispose d’un statut consultatif auprès de l’ONU, est une interface entre cette institution et les mouvements sociaux.

« Les éléments clés de la Déclaration sont le droit à la terre et aux ressources naturelles, le droit à un revenu décent et aux moyens de production, le droit aux semences, le droit à la sécurité sociale et bien sûr la souveraineté alimentaire. », explique Melik Özden, directeur du CETIM.

La Déclaration a été adoptée par 33 voix, 3 pays ont voté contre (Australie, Hongrie, Grande Bretagne)  et 11 (dont la courageuse Belgique !)  se sont abstenus. Elle permettra, précise le CETIM,  aux populations concernées de faire valoir leurs droits spécifiques (tel le droit aux semences) et de participer à la prise de décisions au sujet de l’agriculture, de la pêche, des politiques agro-alimentaires et de toute thématique qui touche leurs communautés. De plus, cet outil servira de référence pour l’établissement des programmes et politiques en lien avec les paysan-ne-s. Que ce soit pour intégrer leurs droits dans les législations nationales ou pour négocier des accords de commerce internationaux. Enfin, ce sera un outil important pour les institutions, les défenseurs des droits humains. Bref, pour toute entité concernée par la problématique des droits des paysans, souligne le CETIM.

Reste une dernière étape qui devrait être vite franchie, celle de l’adoption de la Déclaration sur les droits des paysans et autres personnes travaillant en milieu rural par l’Assemblée générale de l’ONU à New York à la fin 2018.

A nous de "bien" manger

Dans un rapport conjoint de la FAO et de l’Université d’Oxford, cette dernière affirme : « ce que nous mangeons est important pour notre santé mais aussi pour la planète. Pourtant, seuls quelques gouvernements ont montré l’exemple en formulant des recommandations en faveur d’une alimentation avantageuse, capable de faire face à deux des défis les plus pressants de notre époque, à savoir : garantir une bonne alimentation pour tous et lutter contre le changement climatique ».

Tous nous pouvons agir. Neuf conseils nous sont donnés par Goodplanet.be : consommer les produits de saison, favoriser les circuits courts, privilégier l’agriculture biologique, éviter le gaspillage alimentaire et utiliser l’eau de manière optimale, choisir les produits peu ou pas transformés, diminuer la consommation de viande, cuisiner avec le gaz plutôt qu’avec l’électricité, manger du poisson issu de fermes d’élevage européennes.

Et pour bien analyser ce problème fondamental de notre humanité, rappelons que le 16 octobre est la Journée internationale d’action pour la souveraineté alimentaire des peuples et contre les sociétés transnationales. On y soutient les activités menées dans le monde entier pour la défense de la souveraineté alimentaire et des droits des paysans.

Voilà un régime militant bien de saison !

https://viacampesina.org/fr/qui-sommes-nous/

https://www.glo-be.be/fr/articles/9-facons-de-nourrir-le-monde-de-maniere-durable

https://www.cetim.ch/presentation-du-cetim/

Enfin, mettre fin à l’impunité des multinationales ?

Le 19 octobre verra une étape décisive dans le long processus pour la mise sur pied d’un instrument réellement contraignant pour les multinationales qui bafouent les droits humains, exploitent et polluent les ressources naturelles en toute impunité. A Genève, se réunira le groupe de travail intergouvernemental au sein du Conseil des droits de l’Homme des Nations Unies. Un projet concret de traité sera soumis à ce groupe mais il est, sans surprise, très contesté par l’Union européenne dont on connaît la connivence avec l’idéologie économique néolibérale mondialisée. Un texte signé par des scientifiques du monde entier circule donc afin d’inciter les Etats à appuyer le processus de traité contraignant : https://www.business-humanrights.org/sites/default/files/documents/Open%20Letter%20to%20States%20%281%20Oct%202018%29.pdf

 

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