semaine 48

Le rêve de Fidel Castro : une globalisation solidaire

Zooms curieux par Gabrielle Lefèvre, le 27 novembre 2016

Un des livres les plus récents sur Fidel Castro.

« Nous avons rêvé d’une nation mondialisée avec les Nations Unies qui doivent être démocratisées. Il faut harmoniser le concept de souveraineté en faveur d’une souveraineté mondiale. Ainsi que l’a dit José Marti : la patrie est l’humanité. »

Ainsi parlait Fidel Castro lors de la Rencontre internationale des économistes sur la globalisation et les problèmes de développement, organisée par l’Association nationale des économistes de Cuba et l’Association des économistes de l’Amérique latine et des Caraïbes. Cela se passait le 18 janvier 1999 à La Havane. Environ 800 économistes, responsables politiques, sociologues, penseurs et journalistes d’une cinquantaine de pays étaient rassemblés pour écouter des économistes tenants aussi bien du néo-libéralisme que du keynésianisme, du marxisme et autres credo politiques et économiques, avec des interventions très chiffrées de représentants de la Banque Mondiale, du FMI et autres.

Parmi les personnalités présentes : Luiz Inacio Lula de Silva qui n’était pas encore président du Brésil et leader du Parti des Travailleurs, Daniel Ortega, leader du Front sandiniste et qui allait devenir président du Nicaragua. Parmi les Belges : Pierre Galand, secrétaire général d’Oxfam-Belgique et président du CNCD ainsi qu’Eric Toussaint, fondateur du Comité pour l’annulation de la dette du Tiers-Monde. Et Fidel Castro, présent, attentif, posant de temps en temps une question et commentant à la volée mais sans se lancer dans un de ses célèbres discours fleuves : la parole était à la salle et elle était riche d’analyses et d’anticipations. Toutes les conséquences désastreuses de la mondialisation néolibérale ont été prédites et notamment l’accumulation du capital financier au détriment du capital productif et l’impossibilité pour les pays en voie de développement d’atteindre à une égalité dans l’économie internationale. Et déjà, était soulignée la nécessité de récupérer la souveraineté sur la politique économique et à orienter les investissements vers la satisfaction d’intérêts nationaux comme la production et l‘emploi.

C’est bien le débat qui nous a agité récemment à propos des projets de traités transatlantiques !

Cette question de souveraineté a fait réagir Fidel Castro : « Quelle souveraineté reste encore à l’Etat ? » « Qu’en est-il d’un gouvernement mondial ? «  Et de souligner le sort de Cuba victime d’un embargo, la menace des fusées nucléaires, le fait qu’aux Nations Unies 120 pays avaient voté contre le blocus de Cuba, ce qui n’a rien changé… « Nous sommes dans le ventre du loup, disait-il, ou plutôt comme ce personnage biblique dans le ventre d’une baleine. Il faut sortir du ventre de la baleine ! »

Nombre d’intervenants prônaient une  mondialisation autre : celle d’un socialisme globalisé dans une société de haut niveau technologique, une globalisation de la solidarité, de la justice sociale et de l’environnement durable. Des thèmes qui seront repris quelques années plus tard par les mouvements sociaux et citoyens lors des Forums sociaux mondiaux. On a vu que la seule souveraineté qui s’est renforcée est celle du marché. Précisément ce que des pays comme Cuba et comme les pays progressistes de l’Amérique Latine combattent avec les armes de la démocratie. Et pour cause, ils ont souffert cruellement de l’émergence des multinationales prédatrices, de l’impérialisme américain qui a causé des centaines de milliers de morts dans les dictatures au Chili, en Argentine, au Guatemala, pour ne citer que les plus connues.

Un intervenant décrivait déjà le mécanisme de l’économie spéculative qui allait mener vers la crise financière de 2008. Une crise globale, donc à cause de la puissance étatsunienne qui a réussi à imposer dans le monde entier son modèle idéologique d’une économie sans la moindre contrainte publique.

A cela, Fidel Castro concluait que « la globalisation n’est pas irréversible, le néolibéralisme n’est pas durable. Ce n’est pas une question de siècles, non, seulement de décennies. Suis-je prophète ? Non. Je ne suis pas économiste. Il me suffit de savoir additionner, soustraire, diviser… Un enfant apprend cela à l’école primaire. Que sera la transition ? Je ne sais pas. Ce ne peut être la guerre ni la violence, ce serait suicidaire. Mais une crise grave est probable, presqu’inévitable. Il y a des formes de luttes différentes : la globalisation solidaire, socialiste, communiste. La nature aura-t-elle le temps de survivre ? Nous avons peu de temps. Nos armes sont les idées, les consciences. Est-ce une utopie ?  Non : nous n’avons pas d’autre alternative. »

 Cuba a souffert d’un embargo économique et politique interminable précisément parce qu’il avait conquis sa souveraineté dans une révolution contre un empire et rendu sa dignité au peuple cubain qui a bénéficié d’un développement permettant l’égalité des chances : partage des terres, écoles et soins de santé gratuits pour tous.

A cause de l’embargo et des menaces permanentes d’attentats des Etats-Unis contre ce pays et ces dirigeants, s’est développée aussi une peur de la liberté d’expression et de circulation, une partie des droits de l’Homme qui n’a pu être entièrement respectée. La propagande américaine et néolibérale met sans cesse en avant ces manquements graves à la démocratie, permettant ainsi de passer sous silence les effets dévastateurs du système économique et politique US qui a provoqué tant de morts et de pauvreté dans de nombreux pays du globe. Et pourtant, ce sont des atteintes aux droits humains encore plus inacceptables.

Et puisque nous évoquions cette rencontre des économistes du monde, il est intéressant de voir que selon le programme des Nations Unies pour le développement, (PNUD), en 2015 Cuba se situe en belle position avec un indice de développement humain élevé (67ème position sur 188) grâce précisément à la scolarisation et à la santé, l’égalité des genres, etc. Cela aussi est à mettre à l’actif de Fidel Castro et des dirigeants de Cuba.  

Sur José Marti : https://fr.wikipedia.org/wiki/Jos%C3%A9_Mart%C3%AD

Sur le PNUD : http://hdr.undp.org/en/countries

 

 

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