semaine 17

Le nucléaire, périlleuse arme diplomatique

Zooms curieux par Gabrielle Lefèvre, le 08 septembre 2017

Kim Jong-un et la possible bombe H nord-coréenne pouvant être montée sur un missile. Photo © Korean central news agency

On aurait tort de ne voir en Kim Jong-un qu’un dangereux clown grotesque. Les Etats-Unis et les puissances occidentales ont négligé, une fois de plus, les leçons de l’histoire : celle des guerres lancées par les étatsuniens contre les communismes chinois et soviétique à la suite du partage du monde après la deuxième guerre mondiale.

Cette guerre « chaude » a provoqué, ne l’oublions pas, 800.000 morts parmi les militaires coréens, nordistes et sudistes et 57.000 parmi les militaires des forces de l'ONU. Le nombre de victimes civiles est estimé à 2 millions et le nombre de réfugiés à 3 millions. La péninsule a été dévastée par les combats et les bombardements. Le peuple coréen ainsi divisé a donc subi d’intenses souffrances dont il garde la douloureuse mémoire.

Rappelons que ce conflit désastreux s’est clôturé non pas par un traité de paix mais par un armistice (dit de Panmunjeom) signé en 1953 entre la Corée du Nord et la Chine d’une part et les Nations Unies d’autre part. La Corée du Sud ne l’a jamais signé ce qui signifie que, techniquement, les deux pays sont toujours en guerre puisqu’aucun traité de paix n’a été ratifié.

L’exigence d’un traité de paix

Soixante ans après, cela a été rappelé par la Corée du Nord le 30 mars 2013: « À partir de maintenant, les relations intercoréennes sont en état de guerre et toutes les questions entre les deux Corées seront traitées selon un protocole adapté à la guerre ». « La situation prévalant de longue date selon laquelle la péninsule coréenne n'est ni en guerre ni en paix est terminée », indiquait un communiqué diffusé par l'agence de presse officielle nord-coréenne Korean Central News Agency.

Cette année, en mai, l'ambassadeur adjoint nord-coréen aux Nations Unies, Kim In Ryong déclarait que les Etats-Unis devaient remplacer l'armistice entre les deux pays par un traité de paix : l'administration Trump devrait adopter une nouvelle politique envers Pyongyang pour assurer une paix durable dans la péninsule, a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse à New York.

Le 21 juin, nouveau message de la Corée du Nord : «La Corée du Nord pourrait geler ses essais nucléaires et balistiques sous certaines conditions.» disait son ambassadeur à New Delhi. «Il faut discuter de la manière de résoudre le problème de la péninsule coréenne pacifiquement», développait longuement Kye Chun Yong.

Le lendemain, le conseiller spécial de la nouvelle présidence sud-coréenne, Moon Ching-in, appelait sur la chaîne Yonhap à une «flexibilité» sur la question nucléaire nord-coréenne : «Si on réduit le volume des exercices militaires conjoints sud-coréano-américains et que l’on suspend le déploiement des armes stratégiques américaines, les tensions s’apaiseront et la Corée du Nord arrêtera ses provocations.» Le diplomate sud-coréen terminait sa déclaration par cette mise en garde : «Le temps n’est pas de notre côté. Si la Corée du Nord effectue plus d’essais (nucléaires et balistiques) et arrive à disposer d’un missile balistique intercontinental, ce sera catastrophique.»

Deux semaines plus tard, le régime de Pyongyang lançait un missile balistique à portée intercontinentale et démontrait sa capacité à atteindre l’Alaska.

Le 3 septembre, une «bombe à hydrogène pouvant équiper un missile balistique intercontinental ICBM » a été testée avec succès.

Le dictateur nord-coréen n’est pas fou : il joue un dangereux jeu d’échecs car il n’est pas de taille à affronter directement les Etats-Unis ni même la Corée du Sud où sont basés 30.000 soldats américains auxquels il faut ajouter les 50.000 casernés au Japon. Quant à la Chine, elle ne veut pas de réunification d’un Corée soumise aux intérêts américains, juste à sa frontière.

Devenue puissance nucléaire, la Corée du Nord peut faire entendre sa voix au monde entier. Elle clame sa volonté de négocier un traité de paix avec la Corée du Sud, d’être reconnue comme une puissance nucléaire et donc comme un interlocuteur diplomatique valable. Elle exige aussi l’arrêt des manœuvres militaires américaines au large de ses côtes.

Les Etats-Unis, eux, se contentent de menacer. Nikki Haley, l’ambassadrice américaine auprès des Nations Unies, déclare : « Les Etats-Unis sont prêts à utiliser l’entière gamme de leurs capacités à se défendre ainsi que nos alliés. Une de nos capacités est notre force militaire considérable. Nous l’utiliserons si nous le devons.»

Une option impossible car elle provoquerait des dizaines de millions de morts dans la péninsule coréenne, en Chine et au Japon.

Quant à l’Europe, elle se contente de prévoir des sanctions économiques et de se protéger grâce au bouclier antimissiles américain et le déploiement militaire de l’OTAN aux frontières avec la Russie, au lieu de développer une diplomatie de négociation vers un traité de paix. Le 7 septembre, Federica Mogherini, cheffe de la diplomatie de l’UE, annonçait de nouvelles sanctions économiques contre la Corée du Nord, en plus de celles décidées au niveau des nations Unies.

Le traité d’interdiction des armes nucléaires

Pendant ce temps, le Traité international d’interdiction des armes nucléaires a été - enfin-  élaboré aux Nations Unies le 7 juillet et devrait être signé ce 19 septembre. Mais pas par les pays de l’OTAN (donc l’Europe y compris la Belgique) ni évidemment par les puissances nucléaires (Etats-Unis, France, Israël, etc.). Au motif que cela pourrait déstabiliser la sécurité régionale et internationale…

En effet, les États qui le ratifieront s’engageront à démanteler leur éventuel arsenal et à stopper toute activité directe ou indirecte avec l’arme nucléaire (stockage, transport, fabrication, recherche, etc.). L’opposé de la stratégie de la terreur développée par les puissances actuelles.

En Belgique, le mouvement « Agir pour la Paix » signale que : « À l’heure d’aujourd’hui, environ 15.000 bombes nucléaires sont encore en circulation, dont près de 5.000 en état d’alerte constante. L’arsenal mondial est capable de détruire 30 fois la planète. Les bombes B61 présentes en Belgique peuvent aller jusqu’à 340 KT, soit 23 fois celle de Hiroshima. Constatant que l’arme nucléaire est toujours l’une des plus grandes menaces pour la planète, Agir pour la Paix exige du gouvernement belge, à travers sa campagne Nuke-Free Zone, qu’il signe et ratifie au plus vite ce Traité. Cela impliquerait un retrait unilatéral des bombes étasuniennes hébergées à Kleine-Brogel. »

Notre pays entendra-t-il cet appel de citoyens du monde entier pour non plus un équilibre de la terreur mais une diplomatie active pour la paix ?

https://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_de_Cor%C3%A9e

http://www.liberation.fr/planete/2017/07/06/pourquoi-il-faut-faire-d-urgence-la-paix-avec-la-coree-du-nord_1581958

https://www.mediapart.fr/journal/international/040917/coree-du-nord-le-nucleaire-place-kim-jong-un-en-position-de-force

http://www.lemonde.fr/international/article/2017/07/07/l-onu-adopte-un-traite-bannissant-l-arme-atomique-boude-par-les-etats-nucleaires_5157560_3210.html

http://agirpourlapaix.be/armes-nucleaires-un-traite-onusien-historique/

Les 20.09 : conférence « Le conflit Nord-Coréen », avec le GRIP

Le mercredi 20 septembre, Agir pour la Paix vous invite à une conférence – débat : « Corée du Nord – Corée du Sud » avec Bruno Hellendorff (chercheur au GRIP et coordinateur du programme « Paix et sécurité en Asie-Pacifique »)

De quelles négociations politiques parle-t-on et avec qui ? Quelle est la véritable capacité militaire de la Corée du Nord ? A quoi jouent Kim Jong-un et Donald Trump ? Quels sont les enjeux des politiques nucléaires militaires ? Quel rôle diplomatique jouent la Chine, la Russie, le Japon et la Corée du Sud ?

20.09 | 18H | Maison de la Paix | 35 rue Van Elewyck | 1050 | Bxl
Gratuit

 

 

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