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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Jeunes, dites votre amour à l’humanité !

Zooms curieux par Gabrielle Lefèvre, le 18 septembre 2017

Dessin © Pascal Lemaître

Les droits humains sont réellement universels. Ils figurent parmi les balises essentielles qui tracent les routes du futur. Non pas vers la civilisation du « chacun pour soi » et « après nous le déluge ». Non, la civilisation que l’on rêve est celle décrite par Eleanor Roosevelt : « Où commencent les droits universels, après tout ? Ils commencent près de chez soi, en des lieux si proches et si petits qu’on ne peut les voir sur aucune carte du monde. Ils constituent pourtant l’univers personnel de chacun : le quartier où l’on vit ; l’école ou l’université que l’on fréquente ; l’usine, la ferme ou le bureau où l’on travaille. C’est là que chaque homme, chaque femme et chaque enfant aspire à l’équité dans la justice, à l’égalité des opportunités et à la même dignité sans discrimination. Si dans ces lieux les droits sont dénués de sens, ils n’en auront guère davantage ailleurs. Si chacun ne fait pas preuve du civisme nécessaire pour qu’ils soient respectés dans son entourage, il ne faut pas s’attendre à des progrès à l’échelle du monde. »

Ainsi, Eleanor Roosevelt, qui présidait la Commission des droits de l’homme de l’ONU à ses débuts, soulignait en ces termes l’universalité de ces droits et en même temps les responsabilités qu’ils impliquent. C’était le 27 mars 1958 à l‘occasion du dixième anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’Homme (DUDH).

70 ans après cette déclaration, énoncée à Paris dans la douleur de deux guerres mondiales et d’une guerre froide angoissante, où en sommes-nous ? Le péril nucléaire est toujours présent. L’idéal pacifiste des Nations Unies est bloqué par les jeux guerriers des super puissances toujours plus hégémoniques. La terre elle-même est menacée par une surexploitation et par un empoisonnement grandissant des ressources naturelles. Les inégalités entre humains croissent avec l’imposition d’une doctrine néolibérale mondialisée balayant les pouvoirs étatiques censés être au service des populations.

Plus que jamais, cette « plus belle déclaration d’amour à l’humanité » que représente la DUDH est d’actualité, malgré ses 70 ans.

Comment aider les jeunes à traduire l’avenir à la lumière de ces droits et devoirs ? C’est l’objectif de l’Association pour les Nations Unies (APNU), présidée par Pierre Galand, activiste pacifiste et tiers-mondiste depuis tant d’années. Il a repris l’injonction enthousiaste de Stéphane Hessel qui fut membre du comité accompagnant la rédaction de cette magnifique Déclaration universaliste : la DUDH, est un idéal mais avant tout un programme. Un appel à l’action. Souvenons-nous du succès planétaire du « Indignez-vous ! » de ce vieil homme sage qui enthousiasmait les auditoires de jeunes. Puis son « Engagez-vous », plein d’espoir en la vitalité de la jeunesse et sa créativité. L’actuelle campagne « la DUDH, tout un programme ! » représente une partie de son héritage et un objectif enthousiasmant.

Imaginer un monde meilleur

Appel est donc lancé aux jeunes (de 10 à 30 ans) pour qu’ils imaginent, concrétisent par tous les moyens créatifs à leur portée, l’un ou l‘autre article de la DUDH, et ce, avec l’aide de leurs professeurs, leurs organisations de jeunesse, des artistes, des journalistes, des entrepreneurs de toutes sortes.

Cette campagne est lancée dans les divers circuits de l’enseignement et des organisations de jeunes par l’APNU et la Fédération Wallonie-Bruxelles, la Commission communautaire française, la Ligue des Droits de l’Homme, Amnesty International, la RTBF, RTL-TVI, le Centre d’Action Laïque et d’autres partenaires privés comme Solvay, Proximus, Pairi Daiza, etc.

La créativité des jeunes pourra ainsi s’exprimer, être connue et diffusée dans nos médias, dans des expositions, elle sera reconnue par des jurys et primée soit par une visite au siège des Nations Unies à New York ou à celui des Droits de l’Homme à Genève, et d’autres cérémonies ou activités liées à la promotion de ces valeurs.  

L’action sur le terrain

De nombreux jeunes s’engagent déjà et le montrent sur le terrain, ainsi que le rappelle Alexis Deswaef, président de la Ligue belge des Droits de l’Homme. « La DUDH est notre livre de chevet, notre base, notre guide, notre objet social. Et si on nous accuse de faire de la politique, alors oui, c’est de la politique qui dérange, qui provoque au nom des droits humains. » Sur le terrain, c’est notamment le parc Maximilien à Bruxelles et la défense des droits et de la dignité humaine des migrants chassés par la police, « nettoyés » de la rue par le secrétaire d’Etat à l’Asile et aux migrations, le NVA Theo Francken. Tout cela contrevient aux articles 5, 9 et 13 de la DUDH. « 70 ans après, la jeune génération est inspirée par la DUDH. J’ai confiance en elle », souligne Alexis Deswaef.

Pour Amnesty International, Laurent Deutsch, « plutôt que maudire l’obscurité, il faut allumer une bougie ». Telle est la mission d’AI. Pour cela, il faut une éducation aux droits humains, informer les citoyens est un devoir. « Chaque personne est concernée par le sort de tout être humain dans le monde. » Et le public a le pouvoir de changer les choses. « Agir dans un esprit de fraternité est l’ordre de mission d’AI », conclut-il.

L’appel est donc lancé auprès de la jeunesse wallonne et bruxelloise. Et le président de l’APNU lance enfin trois appels plus spécifiques auprès de nos gouvernants : le premier auprès de Mme Schyns, ministre de l’Enseignement, afin que dès 2018, le texte de la DUDH se trouve dans tous les journaux de classe ; à M. Marcourt qui a l’enseignement supérieur dans ses compétences afin qu’avec leur diplôme, les étudiants reçoivent le texte de la DUDH. Et enfin, appel est lancé à M. Reynders, ministre des Affaires étrangères (qui ambitionne tant que la Belgique soit membre du Conseil de sécurité des Nations Unies) afin que le texte de la DUDH soit imprimé dans chaque passeport délivré aux Belges.

Simple, efficace et pas cher. Alors, pourquoi ne pas relever ce défi de populariser les valeurs essentielles à l’humanité ?

  • Site web de la campagne : http://www.70ansdudh.be
  • Rencontre avec les acteurs de la campagne : Christiane Hessel, Eric David, des journalistes, enseignants, professeurs, parrains, associations, éducateurs, jeunes et partenaires du projet. Le 25 octobre à Liège, à la Cité Miroir, de 14 h à 18 h. (Inscription sur le site)

 

Festival de la Ligue des droits de l’Homme : de hautes luttes

Au Centre Culturel Jacques Franck, les 6, è et 8 octobre, la LDH propose des projections de films, des débats, des rencontres, des concerts et des ateliers sur les thèmes des mobilisations citoyennes et de la radicalité. Questions : ne s’agit-il pas d’être radical pour défendre la démocratie et les droits fondamentaux ? Défendre les droits humains ne devient-il pas une sorte de radicalité face au rouleau compresseur d’un Etat de plus en plus sécuritaire ?

  

 

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