semaine 12

Bruxelles sera belle

Zooms curieux par Gabrielle Lefèvre, le 13 novembre 2018

Derrière Tour et Taxis: imaginer la ville du futur. Photo © Gabrielle Lefèvre

Voici enfin les lignes directrices du développement de la Région de Bruxelles Capitale : le PRDD, Plan régional de développement durable, la « bible » des décideurs politiques, des partenaires économiques et sociaux, des comités de quartier, des habitants. Une « bible » qui peint en vert l’avenir des Bruxellois.

« Il nous a fallu près de dix ans pour élaborer ce PRDD », sourit Jean de Salle, un des pères de cette somme d’enquêtes qui vient de paraître au Moniteur, et président de la Commission régionale de développement (CRD). « Il y a eu 6.000 réponses à l’enquête publique lancée en 2009, nous les avons répertoriées, classées et sur cette base nous avons rendu un avis circonstancié qui a permis d’élaborer cette utopie concrète pour la ville. Cet avis, obtenu à l’unanimité des membres de la CRD, engage les gouvernements de la Région bruxelloise », avertit Jean de Salle.

Le professeur Eric Corijn, vice-président de la CRD et chantre inspiré de la « bruxellitude », développe avec une série de cartes les grandes lignes de ces nouvelles liaisons entre l’urbanité et le territoire. Car il faut lire la ville à l’échelle de l’Europe pour se rendre compte des réseaux qui la traversent, qui l’enveloppent, qui font de la Région et de son important hinterland l’œil d’une Europe à l’urbanité très dense, où les villes s’inscrivent comme des nœuds dans le réseau. Et l’on voit apparaître sur les cartes ces espaces de flux avec Bruxelles au centre de l’Europe.

La métropole d’abord. Elle inclut le Brabant flamand et le Brabant wallon (voyez les zones empruntées par les navetteurs et le RER), elle s’étend jusqu’à Leuven et Louvain-la-Neuve formant ainsi une sorte de triangle dans lequel, près des universités, s’inscrivent des entreprises de haute technologie. Elle s’étale le long du canal du nord de Vilvorde à Tubize et vit un développement postindustriel.

Pour imaginer le développement de la Région de Bruxelles-capitale, il faut donc l’inscrire dans cette carte où l’on dessine un paysage de vallées, de ruisseaux et de rivières, un canal, et donc une hydrologie à réguler et à utiliser si l’on veut répondre aux défis climatiques de villes où les chaleurs d’été atteindraient les 40° comme annoncé ! Une ville offrant une qualité d’air meilleure, avec des espaces verts où l’on produirait aussi une alimentation en circuit court et de qualité. Est ainsi esquissée une urbanité nouvelle en rapport avec la nature, avec des espaces ouverts, des vallées dans la ville, des eaux qui ruissellent, des coulées vertes et des espaces verts dans le centre qui en manque cruellement. Une ville parcourue par les piétons, les cyclistes, les transports en commun et les  voitures en complément fortement réduit des autres moyens de transport : une mobilité douce, une multimodalité accrue.

Au-delà des cartes, sont tracées les lignes d’un développement économique dans l’optique d’une réduction de la fracture sociale, douloureuse à Bruxelles où un tiers de la population vit sous le seuil de pauvreté, où le chômage sévit.  « Bruxelles est socialement fragmentée, explique Eric Corijn. La zone du canal joue un  rôle important même depuis que les manufactures ont quitté la vallée au détriment des ouvriers et provoquant plus de chômage. L’infrastructure industrielle vit une transition, précise-t-il. Le PRDD ouvre la voie vers une ville postindustrielle de services, 90% du travail se fait dans le secteur tertiaire ce qui rend la ville concurrentielle dans le marché mondialisé. Une ville productive avec des manufactures nouvelles, de nouvelles activités et des commerces proches des besoins des habitants.

Le grand défi, souligne Eric Corijn, est de redistribuer la densité de population et les espaces ouverts. Pour cela, il faut regarder la carte géographique des réseaux et relations dans et entre les 19 communes. Et l’on voit apparaître un hyper centre (le Pentagone plus l’axe Gare du Nord, Gare du Midi, plus l’axe du canal), des centres urbains thématiques (par exemple le futur pôle média autour de la RTBF-VRT), des centres interquartiers (autour d’un noyau de commerces et de services), des centres de quartier. La carte n’est plus celle des 19 communes mais elle inscrit les 118 quartiers habités et montre les flux entre noyaux urbains de diverses échelles. 

Ainsi, change l’image mentale que nous avons de la Ville ; il suffit de regarder la carte du métro qui traverse l’ancienne frontière du canal, qui connecte la Gare de l’Ouest avec la Gare du Luxembourg en passant par Schuman. Et l’on voit la croissance d’une population d’immigrés intra européens au-delà du canal. On rêve d’un centre parcouru par des réseaux de rues et de placettes arborées pour promenades mais aussi pour la circulation douce des écoliers et des étudiants, nombreux dans Bruxelles.

Tout cela permet donc de penser un développement durable avec une participation citoyenne des habitants. « Il nous faut une coproduction avec la population », souligne Eric Corijn, il s’agit de « créer le commun urbain », or, « le changement de la ville passe par l’intelligence collective. Les règles du marché et de l’Etat ne suffisent pas, la participation devient un projet en commun ». En résumé, dit-il, il s’agit bien de » changer l’imaginaire de la ville et coproduire la ville ensemble ».

A présent, voici le temps de la négociation. Un tiers des 118 quartiers sont transcommunaux. Les communes devront donc négocier entre elles et avec les habitants des projets de développement, en plus des négociations avec la Région qui détient un maximum de compétences comme la mobilité, l’urbanisme, etc.  De beaux exercices de démocratie de base en perspective !

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