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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Baissé de rideau 

Pérégrinations par Lucie Van de Walle, le 04 octobre 2018

"La Flûte enchantée", partie I, une vaine séduction, versus Romeo Castellucci ©B. Uhlig. 

"La Flûte enchantée", partie II, confusion des sentiments, versus Romeo Castellucci ©B. Uhlig.

Considérant que les lecteurs d’Entre Les Lignes ont aussi droit à un couplet personnalisé au sujet de l’opéra La Flûte Enchantée de Mozart récemment donné à La Monnaie, je livre mes impressions de dernière minute. Car, au lieu de me rendre à la première de ce spectacle, j’ai assisté à la dernière. Considérant que mon envie de ne pas y aller n'était pas professionnelle, j'y ai même emmené une victime consentante, histoire de tester la chose côté public. 

En cause, la version que le metteur en scène Romeo Castellucci a proposée de ce chef-d’oeuvre de la musique. Quitte à heurter les aficionados de cet artiste italien (lequel adore heurter et a fait de la provocation son fond de commerce), je dirai que annoncer La Flûte enchantée  de Mozart est de la publicité mensongère. Cette affiche a amené sur place des personnes non initiées et dont la bonne foi a été trompée. Il eut été plus correct de proposer un autre titre, comme, par exemple : “Fantaisie sur l’amour et la douleur” de Romeo Castellucci, avec arias extraits de la Flûte enchantée de Mozart. Car le librettiste d’origine, à savoir Schikaneder, a été complètement évacué.  

Pour la première partie du spectacle, le public fut ébloui. Dans les effets ouatés d’une lumière blanche irréelle, des danseurs évoluent selon une chorégraphie délicate et millimétrée alors que les chanteurs  - combien excellents - se succèdent pour lancer leur périlleuse partition, pour l’occasion privée du moindre indice narratif. Tout y est blanc et dédoublé, les costumes et les têtes empanachées de plumes - d’autruche apparemment - font songer à l’utilisation qu’en font quelques cabarets parisiens ou plus proches de chez nous, des rondeaux des Gilles de Binche (dixit la victime consentante). Pour ma part je suis interpellée par l’aspect uniquement décoratif de l’opération – le tout fait songer à de la porcelaine - type biscuit - en mouvement, et aussi par l’absence de sens quant à l’enchainement des arias. On se croirait retourné à la manière de monter l’opéra d’avant Visconti et Callas, à savoir amputé de contenu et servi comme un très couteux divertissement. 

La seconde partie est en quelque sorte le négatif de la première. Peuplée de personnes aveugles ou brulées, tout y est triste, moche et brun. C’est la compassion qui prime et pourquoi pas ! Mais l’attention est siphonée par les textes de madame Claudia Castellucci (soeur du metteur en scène)  auxquels – je ne pense pas souffrir d’un déficit intellectuel – je n’ai rien compris. Ce qui a gâté ce qui restait de Mozart livré à un désossement trop dommageable. Du reste j’ai l’impression que, navigant dans tout cela, le chef d’orchestre Antonio Manacorda sans cesse interrompu dans sa partition a lui aussi dû souffrir de cette version qui fait polémique. Et la polémique alimente le succès, ce qui a dû, au minimum, enchanter Romeo Castellucci. 

 

 

 

 

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