semaine 48

Réconciliation

Le Chant la vie par Serge Noël, le 03 décembre 2016

Photo © Jean-Frédéric Hanssens

Les enfants de Seth

ainsi au milieu des terres

parmi les fleuves qui descendent le long des collines

au milieu des trombes d’oiseaux qui piaillent et survolent

les forêts immenses et bleues

les troupeaux de gazelles qui sont des mers de sang et de mugissements

des trombes d’oiseaux qui recouvrent les mers

et dans la montagne les animaux bondissants

et dans les arbres les rêves des félins

et sur la plaine les cathédrales de termites

et dans le sol l’écho des sabots innombrables et des âmes fouisseuses

ainsi

nous avons vécu dans le respect des eaux et des vents

cultivant les blés cueillant les pommes fraîches

que nous avons laissé se rider et qui nous ont donné un cidre de ciel

les abeilles avec nous migrent et répandent la vie

nous avons marché sur les sentiers non tracés des campagnes

entre nous frères et sœurs disparates aux couleurs de chanson

et nous chantions plus haut que les nuages

et derrière les nuages nous chantions les étoiles

qui éclairent les rêves au plus fort de la nuit

lorsque mon pied risque de se poser sur une fourmi

je le dévie et continue ma route

lorsque les faons cherchent des racines juteuses

je passe plus loin de peur de perdre le Nord

et je peints sur les roches le corps et l’âme et les mains de ma famille

et je peints sur la voûte étoilée la distance et le sens de ma vie

horizons pâles ligne des paysages

il n’y a d’humain parmi nous que le murmure du sang

le souffle régulier lent et sombre de la respiration

le battement de cil d’une planète complète

faite de vie et de mort dans la danse charnelle des corps

nous enfants de Seth

enfants des dieux et des légendes imaginées

nous avons vécu dans le bain chaud de la vie

nageant et respirant à l’aune de nos rêves

préfigurant un monde où des milliards d’hommes et de femmes

auront entre eux des yeux et des mots amoureux

Les cités de Caïn

te souviens-tu les nuits

ne s’épandaient que vers le milieu du soir

sur les villes pleines de haine et de peur

enfants qu’avez-vous perdu de vous-mêmes

femmes qui portiez le souci de la vie

hommes à terre en train de supplier l’adversité

les nuits ne se répandaient

taches de sang bouches blessées

cœurs à jamais ouverts sur le néant de l’autre

oiseaux qui surviviez dans un ciel où le vent est revenu

branches soudain défoliées

les nuits ne se répandaient qu’à la veine du temps

le temps court amis enfants femmes hommes

le temps coule et c’est un couteau bleu qui ouvre le ventre

dans les rues les massacres et le vent

dans le ciel une lune d’acier couvre la misère des sommeils

chacun d’entre nous résumé à son ombre

chacun méfiant trompé défiguré

que le visage de l’homme se dessine ici

qui va me frapper qui va me voler me rompre

quel riche homme d’affaires va nous réduire encore

pour avoir plus d’argent ce sang de la honte

quel soldat va faire mourir les gamins dont les os trouent la peau

la vie humaine vaut moins que le purin sur les travées des routes

et les palais culminent là où se tordent les bras des putains

nous n’avions que mépris nos rires fracassaient les corps

nos dieux étaient l’ivresse

l’horizon rapace de nos appétits

et le temps qu’il fallait pour concasser une âme

villes immenses dures et recuites

routes de fer où couraient les chevaux noirs de la mort

tout en haut vivaient les rois leurs serviteurs et

leurs chiens

sur le sol rampaient les hommes nus

villes noires sous des cieux noirs

nuées de sauterelles faites de bouches avides et menteuses

je ne suis pas né pour vivre ici

Réconciliation

je suis ami avec le vent

nous courons dans les rues où viennent mourir les hommes nus

nous courons sur les plaines où les arbres plats remplacent le ciel

j’ai des souvenirs d’été

j’ai des souvenirs de rivière et de plantes jaunes où dorment les abeilles

mes compagnons rient et courent dans la forêt

mais nous édifions aussi des tours de blanche certitude

je penche ainsi qu’un saule sur les eaux claires de mes nuits

et nous construisons des maisons chaudes et bleues

chaudes comme nos corps bleues comme nos âmes

nous y vivons dans l’attente de révolutions et de mondes

où il sera bien d’être humain dans la simplicité des aveux

migrants chômeurs travailleurs sans fin de mois

et hommes qui vivez dans les rues sous le crachin des larmes

sachez que ces mondes adviendront

sinon que tous les dieux nous pardonnent

mais nous mourrons dans l’infini désastre dans le noir désastre des temps

femmes obscures à la crinière de vent

je suis l’ami du vent vous aurez le ventre gonflé d’amour

et pour le vin nous grimperons au sommet des collines qui chapeautent la ville

et pour le vin nous enivrerons nos soirs autour des repas

que nous prendrons entre amis compagnons camarades

de combat et d’amour

femmes flamboyantes

dures reines du cœur et de l’esprit

ambre ouvert dans les rayons de lune

nous vous aimerons comme des faons dans la brume

ainsi marche le temps

ainsi vont les élèves du vent

je suis ami du vent femmes de mystère

et j’aime vos yeux transparents et noirs

il faut qu’enfin l’égalité entre vous et nous

soit un fait indépassable et sûr

il faut que nos mains soient pleines de vos rêves

il faut que nous tous colorés et absents

nous aimions enfin les déesses corporisées par le matin

quand les rêves deviennent courant d’air mais aussi  chair

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