semaine 34

Une foi, deux fois

L'as-tu lu,lulu? par Nous on l'a lu, le 02 août 2019

Mirage rime avec ravage...

Mise en garde double. Je préviens le lecteur qu'Alain Guillaume fut selon l'expression consacrée un collègue proche et néanmoins ami (il l'est resté, nous ne sommes pas brouillés) et je l'avertis (le lecteur, vous, en fait) que je suis historien, ma période de prédilection étant celle sur laquelle l'auteur titre, à savoir le période où les départements belgiques étaient réunis à la France. Là, nous sommes sous le consulat et dans ce roman historique, le ci-devant citoyen Napoléon Bonaparte, déjà premier consul mais pas encore empereur, joue un rôle. Mais moindre que celui des ravages de la foi. Il y a quelques cadavres et quelques scènes (de tentative) de viol dans ce roman historique qui n'est pas vraiment un polar mais qui l'est un peu quand même. L'action se déroule à Leerbeek, dans un coin que l'auteur connaît comme sa poche. On sent qu'il s'est documenté minutieusement pour compléter sa science des lieux et des légendes rurales qui y circulent. Ne dit-on pas que l'auteur a même été jusqu'en Kalmoukie pour nous expliquer l'étymologie du mot hourra? D'ailleurs j'ai adoré les notes de bas de page, moi qui les déteste d'habitude. La foi en question, c'est celle des Stevenistes, hostiles à la constitution civile du clergé d'après concordat sous laquelle nous vivons toujours en Belgique et en Alsace-Lorraine, soit dit en passant. Cette foi a subsisté jusqu'à la fin du XXème siècle car l'histoire se répète entre les charnières des siècles. Le personnage contemporain ressemble assez à l'auteur et qui est au parfum comme moi reconnaît assez facilement quelques personnages secondaires comme le rédacteur en chef ou l'archiviste des Amis philanthropes. J'ai cherché partout une erreur historique, qu'elle date de la période française ou de la fin du XXème siècle: il n'y en a qu'une, minuscule. Il y a certes des raccourcis, des emprunts et tout ce que l'imagination peut commander dans un ouvrage strictement réaliste, mais Alain Guillaume les dénonce lui-même et bien sûr, actualise sa thèse, la foi est respectable sauf quand elle fait des ravages, en citant le Coran plutôt que la Bible dans la dernière partie de l'histoire. Et l'erreur, me direz-vous, impatients que vous êtes avant de courir acheter le bouquin? Elle concerne la naissance de l'HTML, langage informatique par lequel vous venez de lire cet article. En 1995 (je sais, j'y étais), on en était déjà à l'HTML plus et à la seconde version du navigateur Netscape. Comme quoi Alain aurait mieux fait de m'expédier le manuscrit plutôt que le livre terminé. (Jean Rebuffat)

Alain Guillaume, Messidor an II, éd. MeMograMes, Arquennes, 2019, 204 pp, 20€

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