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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Résister contre la séduction du religieux

L’avenir de l’école par Laurent Berger, le 15 juin 2017

La Commune. Photo©Laurent Berger.

« Monsieur, vous ne croyez en rien, comment est-ce possible? Vous devez vous sentir bien seul! Vous devez manquer de réconfort! Vraiment, tout le monde croit en Dieu, tout le monde a une religion! Nous sommes les uns avec les autres, notre religion, c’est la meilleure, elle nous aide! Elle nous dit ce que nous devons faire, ce qui est bien et mal.  Vous, Monsieur, vous n’êtes pas comme les autres! »

La religion serait-elle devenue une sorte de retour à l’espérance d’un collectif qui serait à nouveau vivant et qui se développerait à travers le communautarisme et le repli identitaire? Une partie de la gauche ne serait-elle pas elle-même séduite par ce bel espoir qui donne force aux croyances qui dictent notre conduite? Ce qui a pour conséquence, une version angélique de la religion essentiellement interprétée comme bienfaitrice. Nous pouvons entendre à longueur de journée que tels faits violents et barbares n’ont rien à voir avec la religion, qu’il n’existe que de belles paroles dans les textes sacrés des religions monothéistes! Comme si les actes commis par les nazis n’avaient rien à voir avec le nazisme! Nous pouvons aussi entendre qu’il y aurait vraiment eu une période miraculeuse et lointaine où toutes les religions s’entendaient dans la paix et l’harmonie! Peu importe les guerres de religions, les impôts réclamés aux uns, les exils ordonnés aux autres. Comment dès lors enseigner des faits historiques avérés si tout est beau dans le meilleur des mondes? Devons-nous expliquer de manière correcte que les massacres réciproques n'ont rien à voir avec une religion qui ne prône que la paix entre les hommes? Que les professeurs d'histoire s'abstiennent de décrire  les massacres de la Saint Barthélemy! Evitons alors d'enseigner les passages de l'Ancien Testament!

La gauche désespérée devant l’individualisme de nos sociétés pourrait être encline à une tolérance envers le religieux. Celle-ci pourrait bien abandonner le principe de l’émancipation de tous en édulcorant ou en niant des faits incontestables qui peuvent témoigner de la violence des religions qui en réalité sont souvent sectaires. Nouvel espoir d'un vivre ensemble, rien ne peut obscurcir la tableau angélique des organisations religieuses qui profitent de cette naïveté pour faire de l'entrisme et du prosélytisme.

Alors, disons, par provocation, que bientôt, nous pourrions nous plaindre d' une athéophobie qui pourrait se généraliser à l’école. « Monsieur, est-ce qu’il est encore permis de critiquer la religion? »

Certains croyants  sont convaincus que l’athée ne croit en rien, ce dernier est alors confondu avec le nihilisme. Une confusion bien présente dans certains jeunes esprits croyants. « Monsieur, ne pas avoir de religion, c’est étonnant! »  Il est même des professeurs dans l’enseignement officiel qui osent clamer que leurs collègues athées ne sont pas normaux, qu’ils ne donnent pas d'espoir aux élèves! 

Des groupes qui sont en réalité minoritaires se font les porte paroles de tout le monde et arrivent à prendre des positions  tenaces dans l’espace institutionnel et public. Une direction d’école consulte des professeurs de religion pour vérifier ce qui est permis ou interdit pendant le ramadan. Avaler ou pas tel médicament, aller nager à la piscine ou s’abstenir. Ainsi la sphère temporelle subit l’intrusion de la sphère spirituelle. L'école publique, pas encore complètement privatisée, qui s’est développée avec la sécularisation de nos sociétés, se voit priée par bienveillance de moins résister à la présence de nouvelles intentions religieuses. Ainsi dans les textes argumentés des élèves, il n’est plus étonnant dorénavant de lire: « L’avortement est interdit dans ma religion! » 

Que dois-je transmettre à mes élèves si je dois être prudent afin de ne pas heurter leur sensibilité ? Les hommes libres critiquent tous les dogmes, tous les gourous, toutes les religions. Mais, il n’est plus permis de critiquer les religions, car cette critique s’apparente désormais au racisme. Certes, je peux remettre en cause le matérialisme de notre civilisation occidentale. Je peux m’en prendre à la suprématie de l’économie sur l’homme, néanmoins si je peux comprendre le refuge dans la religion, je considère qu’il existe d’autres possibilités d’émancipation que ce refuge. Selon moi,  la religion organisée est une idéologie comme une autre. Il est clair que le progrès technique n’est pas une garantie d’un progrès de l’esprit humain. Mais la religion est-elle vraiment la seule réponse possible ? 

Il est donc nécessaire de repenser à de nouvelles perspectives d’avenir qui soient différentes que celles offertes par les religions sinon la lecture politique de ces dernières risque de devenir de plus en plus extrême par rejet d’une société corrompue, matérialiste, froide.

Ainsi, certains fantasment sur un passé qu’ils croyaient meilleur en l’idéalisant et en rejetant la modernité. Or le fanatisme a toujours existé partout dans toutes les cultures. Les superstitions existaient aussi dans les rites païens. De tout temps, l’ignorance  et les croyances absurdes ont généré des comportements qui poussent à la peur et au rejet d’autrui. A cause du mythe du bon sauvage, nous pensons que la civilisation n’a apporté que des choses négatives, qu’elle a corrompu les autres peuples nouvellement découverts : ce qui est en partie vrai, nous ne pouvons le nier. Cependant, allons-nous devenir aveugles au progrès?  Lequel d'entre nous, voudrait être soigné au moyen-âge. Il faudrait bien être crédule au point de croire que les rues étaient plus sûres à cette époque !

Cependant, l’Occident présente actuellement un mercantilisme qui écarte l’exemplification de ses valeurs humanistes. La marchandisation des êtres et des choses est d’autant plus présente que s’absentent les pratiques qui permettent de construire une société démocratique où l’individu peut être indépendant et solidaire.  Ainsi, les sectes religieuses le savent très bien, elles profitent de ces défaillances observées pour combler le manque et recruter l'air de rien.

Nous pouvons aussi attester d’un échec d’une société multiculturelle en apparence qui n’a pas tenu ses promesses, parce qu’elle est dominée par les communautarismes qui se montrent de plus en plus présents pour entrer dans l’espace public. Ainsi le cloisonnement se renforce de jour en jour. Peut-être parce que nous n’avons pas pu inventer de nouveaux outils qui nous permettent d’agir ensemble tellement nous sommes devenus soucieux du respect des différences religieuses. 

Cependant, répéter des discours entendus qui ne sont plus convaincants parce qu’ils ne correspondent plus à la réalité est vain!  Pourquoi parler de respect alors que soixante personnes détiennent une fortune qui pourrait nourrir la planète entière. Est-ce que Léopold II était un philanthrope qui aimait l’Afrique ?

Alors, décidément, l’avenir de l’école est en questionnement, cet avenir dépendra des choix de société. L’attrait envers le religieux ou le retour du religieux, sa politisation, son entrisme à l’école, devraient nous réveiller nous les libres penseurs afin de proposer de nouvelles valeurs humanistes.  Que nous n’entendions plus que l’athée ne croit en rien!  Que le nouveau siècle ne soit pas religieux mais bien humaniste!

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