semaine 48

La trahison libérale

Humeurs d'un alterpubliciste par Patrick Willemarck, le 11 décembre 2016

Les juges ont attaqué la démocratie. Et Charles Michel laisse dire et faire.

L’actualité
Charles Michel soutient un parti politique de sa coalition qui revendique le droit de faire des lois, de les mettre en œuvre, mais aussi d’en effectuer lui-même le contrôle. Et ce parti lance une campagne contre le gouvernement des juges en traitant les juges de « wereldvreemd. » Il induit ainsi auprès de la population l’idée que les juges sont des coupeurs de cheveux en 4 qui interprètent des lois et discutent de principes bien éloignés des attentes de la population que ce parti comprend si bien : on ne peut pas accueillir toute la misère du monde. Ils ont raison, on ne peut pas, mais on pourrait en prendre une bonne part parce qu’on en a causé plus que notre part. L’émigré, le chasseur d’asile, l’étranger voyageur devient l’étranger dérangeur et le peuple devient raciste, encouragé en cela par des partis extrémistes.

L’histoire
Personne ne leur rappelle une évidence historique : l’extrémisme a une cause matérielle. Toute l’histoire en témoigne que ce soit avec la Russie bolchévique, l’Allemagne Nazie ou la Chine post impériale, la stagnation économique créé l'extrémisme. Ce qui explique aussi l’avènement de Trump Nation et les succès des Lepen, Erdogan, Oban, De Wever, etc.

L’économie, cause matérielle des extrémismes
Le racisme existe ne serait-ce que parce qu’il rassure et parce que ceux qui se ressemblent, s’assemblent.  Mais le racisme ne résout rien. Il faut soigner la source du mal et l’histoire est explicite, la cause est économique. L’économie en panne crée l’extrémisme ("il faut un manager, un homme de poigne, pas un politique") qui instrumentalise ensuite le racisme pour s’imposer : "c’est la faute de l’autre."  En attendant Théo Francken et De Wever prennent position et Charles Michel laisse faire. Faut-il en déduire qu’ils seront incapables de régler le problème économique ? Je crains qu’ils ne veuillent que le pouvoir. Pas les problèmes. 

L’essence du libéralisme
Et pourtant, Charles est un libéral. Le libéralisme est apparu dans la langue française en 1818, sous la plume de Maine de Biran, dans le sens "d’une doctrine favorable au développement des libertés." Il est apparu en Angleterre au même moment. Ensuite il finira par couvrir des doctrines diverses et variées.  Et rétrospectivement, le terme libéral, en anglais, a désigné et désigne encore ceux qui s’opposaient au pouvoir monarchique autocratique en défendant la séparation de l’Église et de l’État, la protection des droits individuels, la liberté d’expression et de pensée. Si bien que quand on parle de démocratie aujourd’hui, on parle de démocratie libérale ce qui a permis de rejeter les prétentions à la démocratie de régimes pratiquant la tyrannie du parti unique. Je me sens libéral à ce titre, attaché aux libertés individuelles dont l'exercice ne nuit pas à l'autre.

Le libéral croit en l’homme.
Il croit que l’homme peut s’améliorer et avoir une éthique qui lui permet de faire ce qu’il veut tant qu’il ne nuira pas à l’autre. Et l’homme politique libéral devrait protéger cela. L’éducation, la santé, le transport, la liberté de circuler, penser, s’exprimer, le bien public sont autant d’outils des démocraties libérales pour permettre à cet homme libre de s’épanouir.  Mais aujourd’hui, les libéraux nous trahissent. Ils coupent dans les soins de santé, ils restreignent l’éducation, ils arrêtent la libre circulation et ne garantissent plus la séparation des pouvoirs.

Charles Michel et ses amis renoncent à l’essence même de la pensée libérale. Ils se sont mis à penser que certains hommes et femmes sont mauvais, ce qui caractérise les conservateurs : l’étranger voyageur, le juge, le francophone, le socialiste, le gay,  ce qui est autre est une menace pour l'ordre. Et s’il est mauvais, à quoi bon l’universalisme, l’université, la santé et l’éducation pour tous, à quoi bon la liberté d’expression et de pensée. La tribu des bons va penser et agir pour eux. Les slimste mensen ter wereld (Bart de Wever a remporté le prix du slimste mens dans cette émision de la télé flamande et bientôt,  Raoul Hedebouw du PTB est candidat pour la prochaine épreuve.) vont nous dire ce qu’il faut faire et penser. Les médias les ont ou vont les couronner. Leur légitimité est médiatique et non démocratique. Comme tous les conservateurs, ils pensent que l’homme est potentiellement mauvais et qu’il faut le guider. Je crains que le gouvernement de Charles Michel, en acceptant les diktat de la NVA,  soit en train de trahir la démocratie libérale et le libéralisme pour passer dans le camp des conservateurs. Et tout cela parce qu’il a renoncé à s’occuper de l’économique comme tant de démocrates en Europe et aux USA. À la place, ils font du commerce. Parce que Trump ne va pas soigner l’économie, il va faire du commerce, business as usual.  Je ne suis pas sûr que les socialistes croient plus en l’homme. Eux croient aux systèmes qui encadrent l’homme. Mais c’est un autre débat. Ici, c’est la démocratie libérale qui en train de disparaître et donc nos libertés. Louis; dis quelque chose  ton fils, s'il te plaît.

Patrick

 

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