semaine 48

Aux armes ou aux larmes citoyens ?

Humeurs d'un alterpubliciste par Patrick Willemarck, le 03 décembre 2016

François Hollande ne se présentera pas, mais Alexandre Jardin, oui. Un romancier président et si c'était une bonne nouvelle pour la démocratie ?
Je découvre la nouvelle en même temps que cette étude du Jounal of Democracy dont je reprends un des tableaux, celui qui illustre de manière scientifique et non par sondages que la démocratie semble de moins en moins essentielle aux citoyens des pays où la démocratie semblait un régime robuste.  En est-on si sûr ?

Ne sommes-nous pas en train d’assister à une symbiose des extrêmes qui lamine la robustesse du système démocratique dans nos pays ? Les populistes à la Trump et Le Pen ne fonctionnent-ils pas en symbiose avec les terroristes ? Ils se détestent, mais plus un musulman est marginalisé dans nos sociétés occidentales, plus il est aisé pour Daesch de le recruter et de le convertir à sa cause sanguinaire.  En même temps, plus il y a de terroristes élevés dans nos pays, plus il est aisé pour le populiste d’inciter les électeurs à voter contre la protection des minorités.  Ce sont bien les deux faces d’une même pièce, d’un même cercle vicieux.  L’attaque du Bataclan a vu l’union solidaire de tous les partis en France et dans le monde. En France, elle aura duré une semaine. Six mois après, à Nice, Le Pen a directement attaqué l’irresponsabilité de Hollande et Valls. Dans ce contexte, la droite et la gauche n’ont plus beaucoup de pertinence, je trouve. En tout cas, ce distinguo ne doit pas cacher une autre réalité : les restrictions dont souffrent  la liberté et la pensée dans nos sociétés et dans nos vies.

De Mélenchon à Fillon, du PTB au MR, de Trump à Clinton qu’advient-il de la liberté et de la réflexion sur la citoyenneté ? Bien sûr qu’ ils sont soutenus démocratiquement. Mais par des cohortes de gens qui croient de moins en moins aux valeurs de la démocratie comme le montre le tableau.  En même temps, l’espace laissé à la pensée, pour eux comme pour nous,  se réduit parce que tout se dit et se fait dans l’immédiat.  Quand on entend Trump invectiver tous les musulmans, la balle est prise au bond par ses opposants et des électeurs de plus en plus nombreux font écho à l’idée que la liberté d’expression  doit pouvoir être remise en cause.  Quand la police tire sur des minorités noires sans sommation,  il se dit que la neutralité entre ethnies raciales n’est qu’un outil au service de la domination blanche et l’écho grandit auprès d’autres électeurs.  Et ainsi, de tous les côtés, se propagent des idées immédiates qui convergent à une vitesse folle pour forger un socle de société d’un autre type. 

Une société où les idéaux démocratiques ne se réaliseront pas mieux, mais où ils seront sacrifiés au nom de plus de justice sociale.
La liberté et la démocratie, le gouvernement du peuple et les droits individuels méritent notre soutien. Mais nous nous y sommes habitués. Et l’habitude érode notre attention. La première fois qu’on se rend quelque part, on fait attention à la route, mais quand on reprend cette route régulièrement on se laisse aller aux automatismes. Quand une personne accélère le rythme de notre cœur en entrant dans une pièce, on ne l’oublie pas, mais après quand vient le mariage eon a tendance à l’oublier. La fréquence crée l’habitude et l’habitude mène à l’indifférence. C’est ce que ce tableau signale. Le peuple est censé gouverner et tous les citoyens ont les mêmes droits à la liberté indépendamment de  leur race, convictions ou religion, nous le savons, mais nous n’y pensons plus. Nous n’imaginons plus la grandeur et la décence de ces droits pour tous. John Stuart Mill nous avait prévenus : « la tendance fatale de l’humanité c’est d’arrêter de penser à quelque chose quand elle ne fait plus aucun doute. »

Vive la démocratie.
Dans ce contexte, la candidature d’un romancier, fort de plus d’un million et demi de citoyens inscrits à son mouvement Bleu Blanc Zèbre est un signe de vitalité de la démocratie en danger. Y arrivera-t-il avec ces praticiens plutôt que les Parisiens ? Je ne suis pas sûr. Mais le détour par la base, le bon sens et la collaboration me sembles bien utiles. Et de toute façons il symbolise l'imagination. Il incarne la nécessité de refaire le récit démocratique et de prendre ces distances par rapport à l'immédiat de la com. Pour tout cela, je trouve cette initiative appréciable. J'y vois un révélateur concret du besoin d’imagination qui sera nécessaire pour recréer les conditions qui permettent de rendre à la démocratie sa robustesse.  De nouvelles politiques économiques qui permettront au peuple de base de capturer une plus grande part des valeurs créées et des institutions qui intégreront un peu plus et beaucoup mieux les nouvelles technologies du 21e siècle parce qu’il faut bien avouer qu’elles datent toutes du 18e siècle. Ubériser la démocratie ne peut pas lui faire de mal.

Selon l’étude dont j’ai extrait le tableau, la consolidation de la démocratie dépend de trois caractéristiques :

·      Le degré de soutien populaire de la démocratie comme système de gouvernement. La réalité prouve qu’elle se réduit.

·      Le degré de relative faiblesse ou absence  de mouvements ou partis alternatifs.

·      Le degré d’acceptation des règles démocratiques par la population.

Ces trois caractéristiques ne laissent pas beaucoup de doutes. Et si vous lisez l'étude, vous verrez que les jeunes sont les moins convaincus par la démocratie.La progression de l'idée que la démocratie est mauvaise pour gérer un pays augmente le plus auprès des moins de 34 ans et plus encore chez les jeunes de moins de 24 ans. C'est inquiétant. La démocratie est en phase de déconsolidation. Que faire ? Aux armes ou aux larmes citoyens ? Je préfère les armes, celles des idées et pas des idéologies, celles d'hommes et femmes libres et qui veulent le rester. 

Patrick

 

 

 

 

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