semaine 39

You know what? I am the hero!

Emois et moi par Jean Rebuffat, le 03 mars 2017

Capture d'écran. Ce personnage est fictif comme un emploi du même nom.

Les méchantes langues disent que Nicolas Sarkozy, à l'époque lointaine où il fut président de la République française, avait l'habitude de surnommer Droopy son principal collaborateur, un Premier ministre nommé François Fillon. Les méchantes langues disent aussi que j'en suis une moi-même et que dans ma vie, je me suis rendu coupable à maintes reprises de créer non pas des emplois fictifs, mais pire, des êtres fictifs que je ne prétends être que des pseudonymes et qui me permettraient d'avancer masqué.

Je plaide coupable.

Oh, au début, c'est amusant. On vous demande de faire un petit billet sportif rigolo et vous signez Ulysse. On vous réclame, avec deux collègues qui sont aussi vos copains, de rédiger 200 ans plus tard la Gazette de la Révolution, en 1989, et vous devenez Paul Cantonneau. Entre-temps, vous signez une rubrique auto Thomas Villers et vous devenez  avec un ami correspondant d'un journal parisien sous l'identité de Pierre Van Oosten. Un jour vous passez à table et L'Ogre est né. Et ainsi de suite. Peu à peu, le vice s'est installé et quand déboulent dans votre vie les réseaux sociaux, vous persévérez, bien sûr: il y a le personnage officiel, Jean Rebuffat, le type sérieux (enfin, sérieux!...), celui qui écrit des éditos et des livres, et le bonhomme privé, un mec sympa, d'ailleurs, et finalement pas si différent de l'autre, mais sous un pseudonyme au goût prononcé de verlan.

Naturellement Marc Zuckerberg vous réclame aussitôt des précisions. Où et quand êtes-vous né, par exemple? Where do you come from? Mon autre moi, à l'esprit facétieux, a la sagesse du vieillard (il serait venu au monde en 1932) mais l'originalité d'être né le 29 février, ce qui lui garantit une jeunesse éternelle. (Imaginons qu'il vive jusqu'à 83 ans, il en a encore pour deux siècles et demi. Personnellement, j'aimerais bien vieillir quatre fois moins vite.)

Et comme Zucky, dans son incommensurable bienveillance, signale à tous mes amis que c'est mon anniversaire et qu'il convient de me le souhaiter dignement, trois années sur quatre, le 28 février, une bonne centaine de messages d'amour viennent me réconforter quant à l'estime et à la sollicitude dont je bénéficie. Mais moi qui suis un torturé, un philosophe, un esprit malin dans le mauvais sens du terme, je me pose toujours la question de savoir pourquoi le 28 février et non le 1er mars. Le 29, nous en sommes bien d'accord, est le lendemain du 28. Et quel jour suit ordinairement le 28 février, hors années bissextiles? Le 1er mars. On voit bien le danger des mondes parallèles et des univers virtuels. (1)

Certes, me direz-vous, fidèle lectrice, fidèle lecteur, certes, mon cher Jean, mais quel rapport avec François Fillon, tout cela?

Eh bien c'est que dans son cas, le monde virtuel dans lequel il se mouvait et le monde réel dans lequel il s'est fourvoyé sont entrés en collision comme la matière et l'anti-matière. Vous ne me croyez pas? Allez donc sur Wikipedia. Un fou-rire m'a pris ce matin en lisant l'article consacré à Droopy. Je suis journaliste, donc spécialiste du copié-collé, vous ne m'en voudrez pas de celui-ci:

«Droopy est un chien anthropomorphe de dessin animé créé par Tex Avery. Ce personnage apparaît dans au moins 23 films, il se présente toujours comme le héros de l'histoire («You know what? ... I am the hero»). Il est lent et triste, mais est capable d'exploits surprenants, et peut être incroyablement joyeux («I am happy!»). Son discours est rare et paradoxal («Hello happy taxpayers!»: «Bonjour, joyeux contribuables!»). À la suite de son apparition remarquée dans le film «Qui veut la peau de Roger Rabbit?», les studios Disney le feront apparaître aussi dans les trois courts-métrages de Roger Rabbit. Il apparaît ensuite à la télévision accompagné de son fils, Dripple, dans certains épisodes de la série télévisée Tom et Jerry Kids produite par Hanna-Barbera avant d'avoir sa propre série télévisée, Le Droopy et Dripple Show.»

Qu'on ne vienne plus me dire qu'on rapporte n'importe quoi sur Wikipedia.
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(1) Les esprits retors (j'en connais) feront remarquer que fêter mon anniversaire le 1er mars consiste à le fêter le lendemain du jour où je serais né, puisque le jour qui suit le 29 février est fatalement le 1er mars. Quand on pense qu'on vit dans un calendrier imaginé par un pape, on se dit que tout ça est aussi impénétrable que les desseins du Très Haut et l'on en vient à regretter le calendrier révolutionnaire.

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