semaine 44

Ecrit le 8 juin 2016 en regardant «La Venus à la fourrure» sur Arte à 20h55

Ecrit en regardant par Jean-Louis Leclercq, le 09 juin 2016

Emmanuelle Seigner, vamp incendiaire : « Lorsque l’homme est aux mains d’une femme, jamais il n’est en sécurité ». Et les Etats-Unis vont s’abandonner aux mains d’Hillary. Est-ce que les Etats-Unis comme Thomas joué par Mathieu Amalric l’ont bien cherché ? Sans doute. Cette suffisance ! Thomas est auteur et metteur en scène et il est odieux avec la comédienne qui se présente à l’audition. Il la domine mais n’est-ce pour mieux être dominé ?  Lorsqu’il était adolescent, à la nuit tombée, sa tante est entrée dans sa chambre. Elle était accompagnée de deux femmes domestiques qui le saisirent fermement par les bras et lui baissèrent le pantalon. Sa tante, seulement vêtue d’une fourrure, tenait à la main une verge de bouleau. Et elle a flagellé Thomas qui découvrait ainsi l’euphorie dans la douleur et la sensualité dans la soumission.  

Moi aussi j’ai une tante qui a eu une grande influence sur ma vie affective. Quand j’avais 20 ans, je lui ai offert des jonquilles  car je voulais hériter. Offrir des jonquilles,  je ne le savais pas, signifie « je vous désire ». Ma tante elle, elle le savait. Aussitôt elle s’est suavement vêtue de sa nuisette rose. Et comme je voulais absolument hériter, je vous laisse deviner la suite. Elle vit toujours, je n’ai donc pas encore hérité. On devrait donner des cours du sens des fleurs  et avant d’agir toujours tourner sa fleur 7 fois dans son pot. 

Le rapport entre les deux personnages, à savoir l’auteur et la comédienne repose sur un jeu de pouvoir subtil et fragile. Le pendule et le balancier balance. Qui domine qui ? Les dialogues sont tendus. Et ici plus qu’ailleurs on sent qu’en toute phrase il y a intentions et sous-entendus. Et quand on sait que l’autre n’entend jamais ce qu’on pense qu’on dit, que penser de ce que dit Hillary qui ne peut dire ce qu’elle pense puisqu’elle est en campagne ? 

Moi j’ai dialogué trop tard avec ma maman. J’avais 8 ans. J’ai laissé tomber mon chewing-gum dans le nouveau divan  en velours vert de mes parents. J’ai voulu le décoller avec un couteau et j’ai fait un trou. J’ai toujours juré que ce n’était pas moi. Il y a deux ans, sentant venir la fin prochaine de ma maman,  je lui ai pris la main : « Maman, le trou dans le divan vert, c’était moi ! » Dans un dernier râle ma mère a soufflé : «J’ai toujours su que c’était toi salaud ! »  Et elle est morte. Alors je pose la question « Comment vivre quand on n’a pas reçu  le pardon de sa maman ? » Heureux Bill qui semble avoir été pardonné par Hillary après qu’il eut succombé à la sensualité fatale de Monica. C’est évidemment en toisant son mari de Président implorant son pardon qu’Hillary a pris totalement conscience que le pardonneur a toujours le pouvoir sur le pardonné. C’est de cette banale faiblesse charnelle de son mari qu’elle a pris conscience que le pouvoir est jouissif. Même s’il y a eu pardon, chaque fois que Bill croise le regard de son épouse, il y lit encore le reproche du péché. 

Qui a le pouvoir ? Le rédempteur ou le pécheur ? Mathieu Amalric ne se pose plus la question. A la fin, Emmanuelle Seigner qui joue remarquablement de son charme, l’abandonne nu sur la scène du théâtre attaché à une colonne grecque. Symbole phallique à la surface lépreuse. Un film de souffrance et de vengeance  au souffre enivrant. Malheur à celui qui péchera sous le règne d’Hillary !

«Et le Puissant le frappa et le livra aux mains d’une femme ». Un  très bon film. Mais brrrr….

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