semaine 03

Rechercher

En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Au MIM, les instruments de musique sont muets

ConsoLoisirs par Bernard Hennebert, le 01 octobre 2017

Une des très nombreuses protestations des visiteurs dans le livre d’or, à l’entrée du Musée des Instruments de Musique, à Bruxelles. (Photo Consoloisirs)

Depuis le 21 août, le public se déchaîne dans le livre d’or du Musée des Instruments de musique qui ne dispose plus d’audioguides (prévus pourtant dans le prix d’entrée car indispensables à la visite). 
Non seulement la Secrétaire d’Etat responsable des Musées Fédéraux reste, elle aussi, muette mais au lieu de proposer au minimum une réduction sur le ticket d’entrée, celui-ci a augmenté, en pleine tourmente, de deux euros, depuis le 5 septembre dernier. 

SOMMAIRE

  • 1. Que Zuhal Demir, secrétaire d’état N-VA, sorte de son silence
  • 2. Déjà pour la quatrième fois
  • 3. Enfin, «Une vie à séduire» à Liège!
  • 4. Puisse notre CSA rouler moins souvent dans la farine les usagers
  • 5. Un résultat triomphal
  • 6. Toujours plus de publicité
  • 7. Je ne fêterai pas mes «100 ans» de journalisme!
  • 8. Mon avis sur «À votre avis»
  • 9. Le «coup de coeur» de Consoloisirs
  • 10. Les 140 vies de Jo
  • 11. Fin de la pub à la RTBF, des emplois sauvés pour RTL-TVi?

1. Que Zuhal Demir, secrétaire d’état N-VA, sorte de son silence

Suite à la publication de ma carte blanche dans La Libre (le 12 septembre dernier), radios, télés et presse écrite, francophones et néerlandophones, ont réduit en miettes le silence entretenu autour d’un problème non négligeable: le Musée des Instruments de Musique ne propose plus d’audioguides pourtant indispensables à sa visite et augmente même le prix de son entrée. 

Ainsi, jour après jour, le personnel désolé du MIM est obligé par les instances qui le dirigent et la secrétaire d’état Zuhal Demir (N-VA), et donc par notre gouvernement fédéral, de «voler» le public, bien souvent étranger, qui paie son entrée sans avoir conscience du piège qui lui est tendu.

L’article du Standaard annonce que les audioguides reviendront au MIM le 1er avril (sic) prochain.

Si d’ici là, le MIM respectait son public, soit il fermerait temporairement, soit il ouvrirait ses portes gratuitement ou, au minimum, proposerait une réduction conséquente. Sur ce point, actuellement, c’est un silence indécent de la part de nos autorités. 
Le pire: le ticket est passé de 8 euros (avec l’audioguide) à 10 euros (sans l’audioguide). Selon moi, c’est un cas de la malhonnêteté institutionnalisée. 

Il faut faire quelque chose par rapport aux visiteurs d’aujourd’hui, de demain, d’après-demain. Que le cabinet de Zuhal Demir intervienne en urgence (lui seul détient les leviers pour modifier la tarification).

Voici le texte bien plus détaillé de ma carte blanche.

Il faut que la situation évolue. Il faut donc faire pression. 

À Bruxelles, plusieurs musées fédéraux (c’est-à-dire gérés à un niveau national) maltraitent depuis des années le public, le plus souvent pour des raisons économiques, à cause d’une règlementation inappropriée ou par un excès de bureaucratie interne, parfois aussi en raison de guerres d’influences ou à cause de nominations partisanes.

La médiation y est souvent mal organisée. On ne répond même pas parfois aux plaintes du public, ou en langue de bois. Sans doute pour éviter les preuves écrites, on va jusqu’à demander aux plaignants de téléphoner!

Pour faire évoluer sensiblement la situation, il faut donc notamment donner plus de pouvoir au public. Si nous demandions en priorité aux parlementaires et ministres compétents:

  • 1. La création d’un site internet spécifique où se retrouveraient les «livres d’or» de tous musées fédéraux et qui seraient fortement et dans la durée promus par chacune des institutions concernées
  • 2. L’organisation dans chaque musée au moins une fois par an d’une rencontre, gratuite et fortement médiatisée, destinée à tout le public sur le fonctionnement de l’institution et les droits de ses usagers. Tous les membres de la direction doivent y participer
  • 3. La création rapide d’un Code de bonne conduite en faveur des usagers commun à tous les musées fédéraux.

Personnellement, je pense que ce sont trois propositions qui se complètent et dont les résultats changeraient quelque peu les rapports de force sur le long terme. 

Je suis très intéressé à découvrir vos commentaires constructifs et vos suggestions: bernard.hennebert@consoloisirs.be

Mais comment les visiteurs sont-ils maltraités? En plus des seaux d’eau qui accueillent les visiteurs au Musée d’Art Ancien ou diverses vitrines pas éclairées du Musée du Cinquantenaire… voici quatre exemples significatifs:

  • Interdiction pendant plusieurs années pour les «simples» visiteurs de dessiner et de prendre des notes au Musée Magritte Museum et dans les grandes expositions temporaires des MRBAB (Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique).
  • Obligation depuis janvier 2016 de payer l’entrée (5 euros) à l’accueil du Musée de l’Armée uniquement avec une carte bancaire (cette information ne figure même pas dans le nouveau dépliant.
  • Toujours d’actualité malgré une pétition de près de 2.000 signatures, impossibilité pour la population active (plus de 50% de notre population) de fréquenter les Musées Meunier et Wiertz sans rogner sur ses jours de congés légaux puisque ces deux institutions sont fermées chaque week-end, en semaine pendant le temps de midi et les jours fériés.
  • Et donc… Prévue jusqu’en avril 2018, absence des audioguides pour visiter le Musée des Instruments de Musique alors que cet outillage fait partie de l’ADN de cette institution. Au lieu de rendre gratuit le musée ou d’en réduire le prix d’entrée, celui-ci l’a augmenté le 5 septembre 2017, passant de 8 euros (avec l’audioguide) à 10 euros (sans l’audioguide).

2. Déjà pour la quatrième fois

Si le but des gratuités de nos musées est de conquérir d’autres publics, il faut bien entendu les médiatiser, et si possible chaque fois avant qu’elles vont se dérouler. Sinon, comment ces nouveaux visiteurs en seraient-ils avertis? 

L’asbl Arts & Publics mène un travail de fond incroyable, à ce sujet.
Pour la quatrième année consécutive, elle va réussir à concevoir, financer et diffuser le livret «Regards sur les musées» d’une bonne cinquantaine de pages qui sera inséré dans l’un de nos quotidiens.
À conserver durant un an car il contient toutes les infos pratiques sur toutes les gratuités des musées de Belgique et du Nord de la France (donc pas que le premier dimanche du mois). 
Notez dans votre agenda qu’il sera inséré dans l’édition du Soir du samedi 28 octobre.

N’oubliez pas que le dimanche 5 novembre, ce sont plus de 150 musées qui sont gratuits à Bruxelles et en Wallonie. Toutes les infos: http://www.artsetpublics.be

Par ce beau dimanche automnal (on l’espère!), faites donc du tourisme pas cher (la SNCB pratique son tarif 50% chaque week-end) et visitez une ville pleine de musées gratuits comme Bruxelles, Mons, La Louvière, Liège, Tournai, etc.

Chaque mois, une newsletter mensuelle spécifique vous met au courant des différentes nouveautés de cette gratuité du premier dimanche. Inscription: info@artsetpublics.be

3. Enfin, «Une vie à séduire» à Liège!

Nos échanges écrits pour tenter de séduire l’autre ne sont plus tout-à-fait les mêmes depuis qu’ont envahi notre monde les sites de rencontres sur internet ainsi que le gsm et ses sms. 

Pour mieux en prendre conscience, «Une vie à séduire» narre des «histoires vraies» vécues au siècle dernier et ces dernières années. Autrefois, le facteur déposait à votre domicile des lettres d’amour de plusieurs pages avec leurs ratures, écrites au stylo, dans un bistrot.
Aujourd’hui, en interactivité, la nuit, on s’échange sur son clavier de nombreux messages pleins d’abréviations, un peu comme si l’on se parlait en direct.

Cette thématique constitue le sujet du livre de Bernard Hennebert «Une vie à séduire» qui vient d’être réimprimé (éditions Aden). 

Les photos de Didier Seynave illustrent de nombreux chapitres de cet écrit. 

À Liège, elles seront exposées du jeudi 5 au vendredi 27 octobre au Resto-Bar d’art «Le Casse du Siècle», 9, rue Saint Rémy (entrée libre du mercredi au samedi de 17H00 à minuit).

Le jeudi 5 octobre, pour le vernissage, deux belles surprises vous ont été mitonnées: une visite guidée ludique avec le photographe Didier Seynave, le comédien Mathieu Coton et l’écrivain Bernard Hennebert (à 19H30) et Christiane Stefanski, la Piaf (et… l’Anne Sylvestre aussi et surtout) liégeoise de toujours, interprètera sa plus longue chanson d’amour, accompagnée au piano par Philippe Libois (à 20H30).

Christiane Stefanski vous proposera, quelques jours plus tôt, son récital complet, le dimanche 1er octobre à 17H, dans l’église St Gilles de Fraipont.
Le finissage de l’exposition se déroulera le vendredi 27 octobre vers 20H00 et Bernard Hennebert y dédicacera ses livres.
Plus d’infos: unevieaseduire@gmail.com
Voir également sur facebook, la page qui a pour nom le titre du livre et rassemble près de 500 amis: https://www.facebook.com/unevieaseduire/

À quoi ressemble l’expo?
Voici une vidéo réalisée lors de son premier vernissage dans une ancienne et gigantesque quincaillerie à Ixelles (vu la grandeur des lieux, d’autres artistes y exposaient également). 
L’auteur du livre a une drôle de voix car il était malade (les séquelles d’une coqueluche non dépistée pendant plusieurs mois; aujourd’hui, tout est revenu à la normale!): https://www.youtube.com/watch?v=UdSSOkfU1Ds

4. Puisse notre CSA rouler moins souvent dans la farine les usagers

Le 5 octobre prochain, notre Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA) fêtera ses vingt ans. 

Comme il soigne particulièrement sa communication depuis quelques mois (ceci est un constat et non une critique), soyons assurés que cet événement sera largement commenté dans nos médias traditionnels. 

Personnellement, je suis très attentif au développement de cette institution depuis sa naissance, et même avant, puisque l’Association des Téléspectateurs Actifs que je coordonnais a même été invitée au Parlement pour donner son point de vue sur la façon dont leur futur organe de régulation devrait être organisé. 
Nous pensions qu’un des moyens pour développer le contact avec le public était de l’obliger à publier une «lettre» régulière à destination de celui-ci (et pas en priorité pour les spécialistes, les professionnels) pour l’informer de ses activités. 
Le CSA français fonctionnait ainsi à l’époque. Nous avions même reçu un lot des «lettres du CSA français» que nous avions distribué à nos parlementaires pendant notre audition. 

Un projet d’avenir pour notre CSA?
Comment mieux représenter les auditeurs et les téléspectateurs au sein de ses organes de décision. Ce n’est pas facile car les diffuseurs, régies publicitaires et annonceurs y sont en nombre (pour utiliser un terme…diplomatique). 

Voici un exemple plutôt récent montrant comment les usagers sont parfois roulés dans la farine par le CSA. 
Il concerne les placements de produits. Depuis fin 2009, ceux-ci devaient être, selon le décret, «clairement identifiées par des moyens optiques et acoustiques au début et à la fin de leur diffusion, ainsi que lorsqu'ils reprennent après une interruption publicitaire, afin d'éviter toute confusion de la part du téléspectateur». 

Lors de sa conférence de presse, Marc Janssen, le président du CSA, indiqua que, pour le législateur, l'objectif de cette nouvelle signalétique était d'informer le public: «Que le programme soit clairement identifié (...), il faut éviter pour le public toute confusion». 

Mais, dans les faits, le Collège d’Autorisation et de Contrôle du CSA mitonna dans sa recommandation un mode d'emploi particulièrement discret pour concrétiser cette obligation!

Ainsi, l’identification par un moyen acoustique n’a jamais été concrétisée. Pourtant toute confusion aurait été évitée si une voix ferme aurait annoncé avant le démarrage d’une émission: «Le programme qui suit renferme du placement de produits». 

Quant au pictogramme de couleur grise avec l'incrustation "PP" en blanc qui apparait à l’écran (surtout pas de couleurs vives!), qui comprend en 2017 qu’il signifie «Placement de Produits»? 
D’autres pays pourtant utilisent cette appellation complète sans abréviation. 

Espérons qu’au cours des dix prochaines années, notre CSA se réinventera avec l’accord du politique pour éviter ce type de bévue à l’égard des usagers. 

5. Un résultat triomphal

Cela fait des lustres que j’espère que des musées prendront l’initiative de placer le jour même de la gratuité sur leur seuil un panneau «Entrez! Aujourd’hui notre musées est gratuit de 10H à 17H. On est le 1er dimanche du mois. Et plus de 150 musées pratiquent cette gratuité à Bruxelles et en Wallonie. Toutes les infos: http://www.artsetpublics.be». 

Par exemple, le Musée de la Vie Wallonne de Liège pourrait le mettre à côté du seul panneau qu’il place sur le Cours des Mineurs pour annoncer le menu de son restaurant (et cela ferait sans doute quelques repas en plus).
Ou le Musée Royal de Mariemont, aux entrées de son parc pour informer de l’existence de cette gratuité les très nombreux badauds. De quoi aussi renforcer les liens entre les musées et leurs populations de proximité. 

Depuis juillet, le musée BELvue (situé sur la droite du Palais Royal à Bruxelles) s’est lancé dans pareil projet et vient d’avoir la gentillesse de nous communiquer les chiffres de fréquentation de ses trois premiers dimanches (juillet, août et septembre 2017) avec panneau indicatif placé sur la Place des Palais.

Comparer ces résultats avec ceux des dimanches gratuits sans panneau et ceux des dimanches payants est éclairant: 

  • 1. Le nombre d’entrées en moyenne d’un dimanche payant:
    Pour la période depuis l’ouverture le 21/07/2016 jusqu’au 11/09/2017: 106 visiteurs en moyenne;
  • 2. Le nombre d’entrées un dimanche gratuit sans le panneau informatif:
    Pour la période du 21/07/2016 au 30/06/2017: 419 visiteurs en moyenne les dimanches gratuit;
  • 3. Le nombre d’entrées en moyenne le dimanche gratuit avec le panneau (depuis le 02/07/2017):
    637 visiteurs en moyenne par dimanche pour les trois dimanches de juillet, août et septembre 2017.

Grâce donc à la présence du panneau informatif, on peut affirmer que la gratuité du premier dimanche fait venir dans ce musée en moyenne un peu plus de six fois plus de visiteurs qu’un dimanche payant. 

Est-ce beaucoup?
Quand la gratuité du premier dimanche commençait à prendre son essor, la ministre de la culture Fadila Laanan et le site www.culture.be considéraient que 20% en plus de visiteurs pour le jour de gratuité par rapport à la moyenne des fréquentations des dimanches payants était un résultat satisfaisant. 
Dans la plupart de nos musées, les visiteurs se font de plus en plus rares pour découvrir les fonds permanents. Dès lors, la gratuité du premier dimanche, si elle est bien et régulièrement médiatisée, constitue sans doute le moyen le moins onéreux pour tenter d’inverser cette tendance. 

Au musée BELvue, chaque mois, le panneau informatif fait venir en moyenne 218 visiteurs en plus. De quoi donner des idées à d’autres musées? Car beaucoup plus de visiteurs, cela veut également dire plus d’argent dans la tirelire placée à la sortie de l’institution pour les dons ainsi que des recettes plus importantes au shop, à la cafétéria ou au restaurant.

En fait au BELvue, il pourrait y avoir encore plus de monde, chaque premier dimanche. En effet, ce musée n’indique toujours pas cette gratuité, ni dans sa tarification à l’accueil, ni dans son nouveau dépliant. Allez, encore un petit effort!

Plus d’infos sur le BELvue: www.belvue.be

6. Toujours plus de publicité

«Le placement de produits va-t-il envahir les séries belges de la RTBF?» est le titre d’un article (qui répond clairement oui à la question, alors pourquoi ce point d’interrogation…) paru dans L’Echo du 12 septembre 2017 (page 16).

On y apprend, par exemple, qu’on va probablement passer de deux à treize placements de produits entre «La Trève» 1 et 2. 
On en prévoit même une vingtaine pour «Champion», nouvelle série articulée autour du football: les publicitaires sont particulièrement demandeurs puisque ce programme sera diffusé juste avant la prochaine Coupe du Monde. 

J’ai toujours pensé, et écrit, que, petit à petit, le placement de produits allait transformer une partie du personnel de la RTBF en marchand de tapis et je ne cesse de m’étonner de l’absence de réaction des syndicats par rapport à cette évolution qui va miner la santé mentale de plus d’un de leurs affiliés.

Il est à parier que, de plus en plus, le placement de produits va influencer l’élaboration du scénario, l’acte créatif donc. Déjà une nouvelle société vient de se créer en mars dernier pour mêler le commerce et le créatif: recherche de placements de produits et de décors. L’un des cofondateurs de «Movietown», Michel Meulenijzer, explique au journaliste Jean-François Sacré: «Deux activités complémentaires (car) la recherche d’un décor de buvette de club de foot, par exemple, peut générer plusieurs placements de produits: boissons, snacks». 

Au sujet du placement de produits, j’écrivais déjà en 2010: «(…) Le nombre de minutes de publicités admises par heure a été règlementé, en ce qui concerne les annonces diffusées en dehors des émissions. Il est scandaleux que pareille obligation n'ait pas été adaptée pour les placements de produits.
Or donc, rien n'empêche les chaînes de multiplier jusqu'à plus soif ou au-delà même de l'overdose ce type de promotion des marques. (…)». On semble y foncer.

Lors de la naissance du placement de produits chez nous, Xavier Diskeuve concluait courageusement un article intitulé «Voulez-vous placer vos produits?» ainsi dans le quotidien Vers l'Avenir (le 09/01/2010): «(…) Un peu de volonté politique et on pouvait être plus restrictif. Dans ce climat permissif où les régies publicitaires font la loi, ne pas s'étonner ensuite si l'esprit de service public s'évapore de plus en plus (…)».

Plus d’infos sur la réglementation du placement de produits: http://www.consoloisirs.be/textes/100113placementproduit.html

Prenons davantage conscience qu’on n’est pas dans le statu quo et tentons de résister.
Jour après jour, la situation s’envenime davantage. Autre évolution pour un envahissement toujours plus grand de la présence publicitaire que celle de RTL-TVi.
Son patron, Philippe Delusinne, a déclaré dans La Dernière Heure du 6 septembre 2017 (encadré en page 33): «(…) Si une nécessité économique impérieuse devait l'exiger, nous ne manquerions pas d'analyser l'éventualité d'intégrer une coupure publicitaire dans nos rendez-vous d'information, en accord avec l'autorité de régulation luxembourgeoise ALIA dont nous dépendons (…)».

7. Je ne fêterai pas mes «100 ans» de journalisme!

Le mois dernier, par le biais de cette newsletter envoyée à plus de 15.000 personnes, je vous invitais à fêter avec moi mes «50 ans de journalisme». Les réponses furent plus nombreuses que j’avais imaginé et ce sont donc non pas une mais deux soirées qui furent organisées pour fêter cet événement.

Merci aux nombreuses réactions de mes lecteurs-trices d’ici. 

Si aucun membre du staff de la direction actuelle de la RTBF ne s’est manifesté, j’ai eu le plaisir de découvrir le petit mot d’un prédécesseur de Jean-Paul Philippot que, pourtant, je n’avais pas ménagé quand il était aux affaires.
Robert Stéphane: «Félicitations pour ce travail de cinquante ans: original et important (car nécessaire politiquement)».

Côté musées (puisque j’agis pas mal dans ce domaine), j’ai reçu un seul message et c’est le seul négatif qui me parviendra pour cet anniversaire (pour moi, c’est donc obligatoire de vous le citer): «Aucune envie de prendre part à cela!». 
On ne peut pas plaire à tout le monde. Ce témoignage m’est pourtant agréable (et instructif) puisqu’il me prouve qu’une sommité du notre monde muséal lit les newsletters que je lui fais parvenir. 

J’ai ainsi eu des nouvelles d’un ami de près de 40 ans, Jacques Vassal, ancien journaliste de Rock & Folk qui a publié des livres sur Higelin, Brassens, Ferré, Cohen, Brel, etc.: «Amitiés fidèles, belle fête et au plaisir».

Olivier Taymans, un journaliste (im)pertinent de la nouvelle génération: «(…) Ce qui me plaît dans ta démarche, c'est le contact direct avec ton public, la persévérance à être et demeurer un "caillou dans la chaussure" de tout ce qui ne tourne pas rond dans le monde des médias et plus généralement de la culture, et ton insistance pour un accès généralisé à tous. Oui, le "salut du monde" passe sans aucun doute en partie par la culture (et par la santé mentale, combat parallèle)…».

Mirko Popovitch, un phare, un repère, un de mes animateurs culturels préférés de Belgique et de Watermael-Boisfort: «(…) ta présentation du cas «Magritte» est incroyable. Ce travail critique que tu mènes depuis si longtemps est exemplaire, opiniâtreté, détermination, précision, clarté». 

Mirko faisait ainsi allusion à l’article «Mes 50 ans avec Magritte» que je vous avais offert dans cette newsletter de mes 50 ans. 
Comme ce texte est désormais disponible sur internet grâce à mes amis du site «Entre les lignes», faites-en cadeaux à vos proches en le partageant? C’est quand même merveilleux, internet! 
http://www.entreleslignes.be/humeurs/consoloisirs/mes-cinquante-ans-avec-magritte

8. Mon avis sur «À votre avis»

Les réflexions dans la presse écrite ont porté sur l’opportunité de changer le jour de la programmation de l’émission «À votre avis». 
Pour cette nouvelle saison, en effet, le débat politique TV de la RTBF vient d’être déplacé du dimanche midi au mercredi soir. 
Il y a du pour et du contre. Pourquoi mettre fin à cette habitude séculaire de voir discourir les hommes politiques au moment du poulet-frites-compote? Voilà enfin une bonne idée car il était contreproductif que la chaîne privée et le service public diffusent au même moment le même genre de programme (sauf que, de nos jours, il est plus facile de regarder un ou ces deux programmes en différé).

Ma réflexion est différente. Il est indécent que la RTBF reporte la concrétisation d’une de ses obligations majeures vers un horaire qu’elle sait pertinemment qu’il n’est pas destiné à tous. 
Désormais, «À votre avis» est diffusé entre 22H et 23H. Pourquoi pas au prime-time de la Une, vers 20H20? France2 propose bien son émission de débat politique au prime-time. 

La comparaison entre les services publics RTBF et France 2 est terrible!

  • Mercredi 27 septembre 2017: à la RTBF, «À votre avis» de 22H00 à 23H05; pas de sous-titrage pour les sourds et malentendants; soirée télé avec de la publicité.
  • Jeudi 28 septembre 2017: sur France 2, «L’Emission Politique» de 20H55 à OH05, avec sous-titrage pour les sourds et malentendants, soirée sans publicité.

Le déménagement de l’émission «À votre avis» ne semble pas être une réussite.

Les résultats d’audience pour les trois premières émissions aboutissent à une moyenne qui équivaut celle de la dernière saison du dimanche midi (entre 90.000 et 100.000 personnes), cette dernière étant devenue si mauvaise par rapport au passé de cette émission que le grand déménagement s’est décidé.
Le sujet sur la prostitution de la quatrième émission a attiré 118.000 téléspectateurs. Espérons qu’il ne faudra pas arriver à programmer un débat politique «Faut-il interdire à Dutroux de sortir de prison?». 

Selon Le Soir (8 septembre 2017), pour la première émission, «(…) sur la cible des jeunes que la RTBF espérait pouvoir mieux toucher à cette heure-là, l’objectif n’est pas atteint. Pour sa «première» en 2016, l’émission affichait une part de marché de 3,1% sur les 15-34 ans. Mercredi soir, elle est tombée à 2% (…)».

Il aurait pourtant été salutaire que ce débat politique soit bien diffusé au prime-time car ainsi, on pourrait passer sur La Une, de 5 à 4 débuts de soirées consacrés au divertissement (séries, films, humour, programmes sur le luxe ou la royauté, etc.). 
Pour rappel, la semaine au cours de laquelle l’actuel administrateur général Jean-Paul Philippot est entré en fonction, La Une ne consacrait, comme chaque semaine, vers 20H15, que deux soirées sur sept au divertissement. Désormais, c’est cinq soirées par semaine.
Il en faut, bien sûr, du divertissement, mais pas pour autant, jusqu’à plus soif!
La diffusion de «À votre avis» aurait pu commencer à rééquilibrer la situation.

Mon enquête sur cette évolution: http://www.satiricon.be/?p=5241

9. Le «coup de coeur» de Consoloisirs

Comment la presse peut-elle aider aujourd’hui concrètement les librairies de qualité qui ont tant de difficultés à vivre?

Le quotidien L'Avenir a publié dans son édition du 19 septembre 2017 deux pleines pages où il fait la promotion d’une dizaine de librairies de qualité réparties dans la province du Luxembourg.
Les responsables de celles-ci ont droit à leur photo (c'est humain, cela rapproche et personnalise) et un bel espace où il décrivent trois de leur livres «coup de coeur» pour ce trimestre. Le quotidien s'engage à recommencer l'opération tous les trois mois et annonce déjà les dates. 

C'est une initiative qui demande des efforts rédactionnels certes, mais pas des sommes folles d'argent pour se concrétiser, et qui met en relation directe, et dans la durée, les lecteurs du quotidien avec les librairies des villes où ils habitent. Chapeau!

10. Les 140 vies de Jo

Comment mieux rendre hommage au tant regretté Jo Dekmine qu’en vous racontant brièvement les trois moments où il a bouleversé ma vie? 

1: Le Théâtre 140 qu’il animait est une salle de moins de 600 places au départ érigée pour les activités de la paroisse, située à Schaerbeek. Un écrin pas vraiment prévu à sa construction pour tant de merveilles qui l’habitent depuis plus de 50 ans. 
Depuis le milieu des années ’60, les spectacles que j’y ai découverts m’ont complètement transformé: les Pink Floyd, Rufus et ses «300 dernières», Gong, le Living Théâtre, Zouc, Michel Polnareff, Marie Laforêt, Le Grand Magic Circus de Jérome Savary, Claude Nougaro, etc. 
De plus, jeune journaliste, j’y ai interviewé dans sa loge située en dessous de la scène notamment Pierre Barouh, Léo Ferré, Barbara, Brigitte Fontaine… Et même Georges Moustaki qui avait tout son temps (il chantait une seule chanson dans le spectacle de Barbara qu’il avait écrit pour elle, La Dame Brune) et prit le temps de peindre dans mon vieux livre de dédicaces avec ses pinceaux et ses gouaches un autoportrait. 

2: Ensuite, avec Jo Dekmine et Alain de Wasseige, j’ai découvert comment on pouvait agir socialement, politiquement, avec la culture. Avec eux et avec notamment le Ridiculous Théâtre de New York, nous avons animé les rues de Schaerbeek et même avons tenté de rendre «fou» son Parc Josaphat en 1971. C’est à cette époque que j’ai organisé un premier concert avec l’Algol: Jacques Higelin avec Areski, deux soirs de suite, devant une cinquantaine de personnes. Un des buts de ces activités créatives était de divulguer à la population et aux médias des plans de construction d’autoroutes qui devaient défigurer le centre ville de Bruxelles. Elles se ne feront jamais. 
Le Parc Fou: http://www.consoloisirs.be/textes/031218parcfou.html

3: Enfin, Jo fut l'un des plus grands combattants pour la culture à la RTBF. C'est principalement grâce à sa détermination durant des mois et des mois, qu'on doit ce qui fut le plus efficace agenda télé du service public: «Javas».
Une vraie conquête des usagers (abandonnée par la suite quand Jean-Paul Philippot a commencé à diriger la RTBF).
L’histoire de la naissance et de la disparition de cet agenda est fort instructive: http://www.consoloisirs.be/articles/lejournaldumardi/061205.html

Le lundi 4 décembre 2017, une soirée d’hommage à Jo Dekmine sera organisée au Théâtre 140 (avenue Eugène Plasky, 140 à Schaerbeek). 

11. Fin de la pub à la RTBF, des emplois sauvés pour RTL-TVi?

Le collectif composé principalement de jeunes trentenaires qui s’est nommé non sans humour «La RTBF nous appartient» a publié dans L’Echo (page 13) le 12 septembre 2017 une carte blanche que je vous invite à (re)lire.

Son titre: «Lettre ouverte à Philippe Delusinne, CEO de RTL». 

Nous ne comprenons pas pourquoi vous ne vous positionnez pas publiquement pour la suppression de la publicité et du sponsoring à la RTBF. 

Depuis longtemps, il vous aurait été possible de déposer plainte pour concurrence déloyale auprès des instances européennes. Vous trimez pour récolter la manne des annonceurs destinée à financer l’entièreté de votre budget alors que près de 80% des rentrées de votre principal concurrent proviennent de l’argent public. 

Cette différence de financement serait logique si le service public proposait des programmes radicalement différents de ceux des chaînes privées. En proposant à des heures et sur des chaînes accessibles au plus vaste public des émissions que vous ne présenterez jamais. 

Hélas, ce n’est plus le cas. Depuis 2002, La Une a modifié l’offre de son prime-time: elle a évolué de 2 à 5 soirées par semaine consacrées au divertissement (films, séries, jeux, humour). Finis les premiers rideaux d’après JT de 19H30 pour L’Ecran Témoin, Autant Savoir, Cartes sur Table, Strip-Tease, Faits Divers, etc. Elle est passée de 5 à 2 soirées de ce type: Questions à la Une (le mercredi) et le Jardin Extraordinaire (le dimanche). 

Bien entendu, ces rapprochements inopportuns de votre terrain de chasse peuvent être en lien avec la recherche de publicités à tout prix, qui a petit à petit envahi les “cerveaux disponibles” de la majorité des managers et des administrateurs de la RTBF. 

HÉLAS, VOTRE DIAGNOSTIC EST EXACT

Force est de reconnaître que votre Directeur général Stéphane Rosenblatt émet, en date du 17 juin dernier, un avis très juste sur l’évolution de la RTBF: 

«(…) La RTBF a déplacé tout ce qui pouvait apparaître comme culturel ou ciblé par rapport à ses missions vers La Trois. La Deux est devenue une chaîne commerciale. En tous cas, elle ne diffuse rien qu’une chaîne privée ne puisse diffuser. Pour La Une, que ce soit en termes de fiction, divertissement, télé-réalité et magazines, je ne vois rien qui ait une spécificité «service public». Les fictions de la RTBF sont de plus en plus celles de TF1, première chaîne commerciale d’Europe. La seule spécificité de la RTBF est de les diffuser deux jours ou une semaine avant (…)».

Votre absence de soutien public jusqu’à présent à ceux qui réclament la suppression de la publicité à la RTBF pouvait jusqu’il y a peu se comprendre par votre respect de la pluralisme du paysage audiovisuel belge (même si votre société est établie au Grand Duché du Luxembourg). 

MÊME LE PS ÉVOLUE

Aujourd’hui, tout évolue à propos de cette thématique, même le PS. Dans son «Chantier des idées», il vient de publier, ce 21 août 2017, trois positions concernant la publicité à la RTBF dont une qui prône sa suppression, ce qui est nouveau au sein de ce parti: «(…) La publicité est à ce point nuisible à l’offre de service public qu’elle doit être supprimée (...)».

Il y a urgence, Monsieur Delusinne.
Vous devez restreindre la catastrophe en termes d’emploi qui s’annonce pour RTL non seulement à cause de l’entrée de TF1 sur le marché publicitaire belge mais aussi suite au récent recul de 5% de vos rentrées publicitaires annuelles. 
Exprimez-vous donc publiquement pour soutenir la suppression de la publicité et du sponsoring à la RTBF et tout le monde sera doublement gagnant. 
Celle-ci pourra enfin retrouver l’essence de ses missions. Il faudra aussi proposer un grand lifting pour son tout prochain contrat de gestion: faire évoluer la composition de son CA, préciser drastiquement la concrétisation de ses missions prioritaires, réduire le salaire de ses hauts dirigeants, etc.

Pour RTL, un afflux de publicités «made in … RTBF» permettra de limiter les pertes d’emplois. 

Enfin, RTL, en meilleure situation financière, ne sera plus obligée de sacrifier l’un de ses fondamentaux, à savoir son image familiale à laquelle elle tient tant depuis si longtemps et qu’elle vient d’abandonner à cause de l’arrivée de TF1 sur notre marché publicitaire: la provocation, le sexe et le trash. 

Le collectif "La RTBF nous appartient"
Page facebook: https://www.facebook.com/LaRTBFnousappartient/

Ajouter un commentaire

Du même auteur

Le 17 octobre 2017, au Parlement, trois des représentants du collectif "La RTBF nous appartient », Frédéric Gaston, Alexis de Boe et Mathieu Richard (à droite de la photo, du fond vers l’avant plan), ont présenté les cinq revendications de leur pétition qui a déjà recueilli plus d’un millier de signatures.

Une des très nombreuses protestations des visiteurs dans le livre d’or, à l’entrée du Musée des Instruments de Musique, à Bruxelles. (Photo Consoloisirs)

En 2017, un des escaliers qui mène du Musée Magritte Museum vers l’accès au «Musée Fin de Siècle» propose une série de documents encadrés concernant des activités «Magritte», dont cette affiche trompeuse. Photo © B. Hennebert

Grâce à Consoloisirs, vous pouvez enfin photographier (sans flash) l’intérieur de la maison et les splendide peintures qu’elle abrite. C’est le sujet du point 9 de cette lettre de juin Photo © Benoit Goossen

Les dessous de l’interpellation citoyenne au Conseil communal d’Ixelles (le 23 février 2017) à propos de la mauvaise gestion des Musées Constantin Meunier et Antoine Wiertz.

Tintin au Pays des Soviets: Consoloisirs conquiert une évolution du texte du verso de la couverture pour la deuxième réimpression de la version colorisée de la BD (voir point 9 de la newsletter de février de Bernard Hennebert)

entreleslignes.be ®2018 design by TWINN