semaine 48

Le cinoche et la vie

Chemins de traverse par Marcel Leroy, le 25 octobre 2020

Glanée sur le net, hélas pas dans la rue, l'affiche du grand film qu'est "Hope". Il rappelle que l'espoir est ce qui compte quand on pense que tout est perdu.

Le ciné était ouvert, ce samedi après-midi. Dans la ville, les gens masqués cherchaient des points de lumière à travers la drache. Une lumière comme celle de ce cinéma, un des plus anciens que je connaisse. Un survivant. Une salle à front de rue, avec ses affiches des films à l'affiche et de ceux à venir. Avec ses badauds tentant de deviner, en regardant les grandes images colorées, lequel des voyages sur écran ils voudraient vivre le temps de deux heures en marge. 

On était quatre pour "Hope". Répartis dans la salle selon les points cardinaux. Masqués. La lumière s'est éteinte, le rideau n'a pas bougé, il est fixe depuis longtemps. Les fauteuils sont toujours aussi profonds. On a refermé le carnet-programme du Quai 10 et du Côté Parc, où nous sommes à l'abri. Hope? Sacré mot, celui d'espoir, que le titre retenu par la réalisatrice suédoise Maria Sodahl, pour dire son histoire à d'autres gens qui, peut-être, ont du mal avec l'espoir.

Une femme apprend que ses jours sont comptés à cause d'une tumeur à la tête. Elle vit avec son compagnon, plus âgé qu'elle, et leurs enfants, dans une maison confortable. Elle met en scène des pièces de théâtre. Elle ne sait plus très bien ce que vaut l'amour qu'elle vit avec son homme. Et lui? Il veut y croire, mesure soudain la force de ce qui est vécu. Il l'accompagnera jusqu'à l'entrée de la salle d'opération. Sans perdre espoir. Pour lui? Pour elle? Pour eux? Stellan Skengard, Andrea Hovig et les autres interprètes rendent les sentiments au plus juste dans cette description du quotidien cramé d'une famille, des amis, des autres. Qui ne savent pas.

C'est triste sans que ce ne soit tragique. Les gens, dans la salle, partagent la chronique quasi banale d'un combat. Il y a les rendez-vous à l'hôpital, un mariage, des trajets en voiture le soir, des conversations dans des lits ou à table, des repas, des cris, des larmes, des rires. Des ombres et des petites lampes. Et l'infinie délicatesse de l'oeuvre. Au point que, dans la salle quasi vide, on a l'impression d'être proches malgré les distances respectées.

Le film fini, la lumière pas encore revenue, le type installé à quelques rangées derrière, se lève, passe, dit "Qu'il était beau, ce film. Je ne l'oublierai pas". Il n'attendait pas de réponse, la porte s'est refermée derrière lui. Les autres se sont levés pour regagner la rue en pensant que l'inconnu ne l'était plus tant que ça. Le cinéma, ce serait des histoires - les nôtres- qui glissent sur les heures, aussi fortes que la vie,  se mêlant au présent. Ce serait ça? ? Je n'en sais rien, mais je "hope" que le covid ne laissera pas retomber les rideaux sur les écrans 

 

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