semaine 51

Appel urgent des Restos du coeur

Chemins de traverse par Marcel Leroy, le 12 novembre 2018

A gauche, "Mamy", bénévole au resto du coeur de Saint-Gilles. Avec Yvonne, la présidente de la Fédération des restos du coeur de Belgique. Autour d'elles, une grande équipe s'articule sur 15 restaurants autonomes que fréquentent 80.000 personnes. A la recherche de chaleur humaine autant que de repas chauds. La précarité progresse sans relâche, dans le Royaume. Photo © Marcel Leroy

Fernelmont, zone industrielle. Un camion chargé de paquets de pâtes entre dans le hangar de 800 m2 où la Fédération des restos du coeur de Belgique entrepose les denrées alimentaires et autres dons (produits d'hygiène notamment...) collectés pour approvisionner 15 restaurants en première ligne sur le front de la précarité. Le directeur de la fédé, Patrick Dejace, chiffres de fréquentation à l'appui, témoigne de l'implacable progression de la précarité. Plus de 20% de la population belge, au moins une personne sur cinq, ne parvient pas à tenir jusqu'à la fin du mois avec ses revenus ou ses revenus de remplacement. De là à l'exclusion sociale, le pas est vite franchi. Le hangar qui vient d'être présenté aux journalistes permettra aux restos du coeur de disposer d'une solide réserve pour répondre à une demande croissante. Entre juillet 2017 et juillet 2018, il aura fallu préparer des milliers de repas et de colis alimentaires en plus pour des mamans seules avec enfants, des personnes sans emploi ou vivant avec des revenus de remplacement, ou sans rien; pour des SDF, des sans-papiers, des indépendants dont le projet n'a pas résisté, et aussi des travailleurs qui ne gagnent pas assez pour se loger, se nourrir, se vêtir et envoyer leurs enfants à l'école et encore moins partir une semaine en vacances.      

Bien  sûr, dans une société avancée, les restos du coeur ne devraient pas exister. Mais, en attendant que les choses changent, et aucun signe de cette tendance n'apparaît, hélas-,  ils apportent un soutien quotidien à des gens qui se sentent largués par la société, malgré la sécurité sociale. Il faut dire que les CPAS, avec des budgets limités face à des besoins en croissance, ne savent plus comment répondre aux demandes. D'où l'appui des associations, dont les restos du coeur. En Belgique, quinze restos sont ouverts toute l'année. Soit 2 en Flandre, 2 à Bruxelles et 11 en Wallonie. Ils sont portés par des équipes qui développent des projets différents, en fonction de leur histoire et de leur implantation. Tous regroupés dans la fédé qui offre des services collectifs de plus en plus efficaces. Chaque jour, à Arlon, Assenede, Charleroi, Gembloux, Laeken, La Louvière, Liège, Marche, Mouscron, Namur, Ostende, Quiévrain, Sant-Gilles, Verviers  et Wavre, des milliers de repas sont servis. En renfort, le foodtruck de la fédé embarque des aliments pour des lieux où l'aide manque, à Beaumont, Bouillon et Hastière. La demande est plus vaste, évidemment.

L'ensemble de la structure des restos du coeur belges représente 70 salariés et 540 bénévoles. Ils font tourner les restos et leurs divers services (social, vestiaire, école de devoirs, logement etcc...). Du centre logistique de Fernelmont (avec ses 3 chambres froides  et une grande capacité de stockage) démarrent les 3 camions réfrigérés qui récupèrent les dons émanant d'entreprises ou de particuliers. Ces produits sont vérifiés, triés, congelés si besoin est, puis livrés aux restos, eux-mêmes soumis aux règles de l'AFSCA. L'objectif, avec une capacité de stockage doublé, sera de tenir bon cet hiver. Un appel aux dons est lancé pour remplir les 800 m2, doubler le stock actuel,  boucler la chaîne de la solidarité. Le chiffre de 1.500.000 kilos est visé. Le grand public épaule ces restos. L'importance des dons est relative, c'est le geste qui compte. la main tendue. Un ancien client d'un resto versera chaque mois quelques euros quand une grande surface offrira des tonnes de produits. 

Mais que nous disent les restos du coeur de notre monde? Christine Mahy, du Réseau wallon de la lutte contre la pauvreté, salue le travail de terrain. Il n'apporte pas de solution de fond, - chacun en est conscient, aux restos du coeur -, mais une aide d'urgence essentielle. Qui masque les faiblesses de l'Etat? Pourquoi le pays, au travers de ses gouvernements,  ne lance-t-il pas un plan de lutte contre la précarité, comme il soutient l'économie et cherche à créer des emplois? Des personnes se marginalisent. Sortent du cadre. S'élabore une culture du troc et de la solidarité, dans un contexte où l'individualité est érigée en modèle. Quand on est exclu, on se replie sur soi. Ce qui est  une perte pour la démocratie. Il faut être à l'écoute des précaires. Personne n'est à l'abri. Il suffit de passer un moment à une table d'un des quinze restos du coeur pour comprendre qu'un jour, suite à un accident de la vie, on pourrait s'y asseoir. Aujourd'hui, de plus en plus de gens n'ont pas droit à une vie décente, dans un système encore avancé socialement mais qui s'effrite. Combien de temps sera-t-il encore possible de faire semblant de ne pas voir qu'une personne sur cinq, dans les  rues de la ville, vit dans l'angoisse du lendemain?  

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