Entre Les Lignes

Pérégrinations

Querelle de clocher

Lucie Van de Walle

En ce lundi de Pentecôte, quelle était l’alternative à manger des “gauf’s de Bruxelles” sur la digue de Middelkerke ?
Aucune envie de prise de tête ni de découvertes esthétiques majeures. Alors, quelques clics sur la toile, et, miracle, se signale une des fameuses Marches de l’Entre-Sambre et Meuse à savoir La Marche de Sainte Rolende. Il s’agit d’une procession mi-profane, mi-religieuse qui, au fil de ses 35 kilomètres, traverse différentes localités. Dès 4 heures du matin, des pèlerins accompagnés de Compagnies militaro-folkloriques prennent la route depuis Gerpinnes où est actuellement domiciliée la Châsse de Sainte Rolende. Notons que, outre les nombreux spectateurs et pèlerins, cette activité parfaitement inter-générationnelle réunit environ 1500 participants. Un succès à faire pâlir d’envie les “animateurs de quartier “ des villes dont les initiatives sont aussi médiocres que vaines. 

Châsse de Sainte Rolende©jherrentChâsse de Sainte Rolende©jherrent
©jherrent©herrent

Pour en revenir à Rolende, fille de Didier, roi des Lombards, la future sainte aurait fui un mariage forcé. Au bout d’un voyage éreintant, la jeune vierge devait mourir de fatigue et de faim en l’an 774 à… Villers-Poterie. Ses reliques furent hébergées dans l’église de ce village et laquelle fut détruite par un incendie. C’est alors que la Châsse de Sainte Rolende fut transportée à l’église de Gerpinnes qui, depuis, refuse de les rendre à ses premiers “propriétaires”.
Plus concrètement, de notre poste d’observation à Villers-Poterie, hormis les pèlerins et hommes d’église entourant la châsse, six Compagnies formées de sapeurs, de zouaves et autres grenadiers, baïonnettes au canon, haches à l’épaule, sabres au clair, défilent avec solennité au son des fifres et d’impressionnantes batteries de tambours. Se succédant dans la cour de ferme où Sainte Rolende aurait rendu son dernier soupir, chaque compagnie tire une salve d’honneur soit au fusil, soit au tromblon (arme analogue à celle utilisée par Laurel et Hardy dans le film Fra Diavolo). Des salves qui ont l’avantage d’enfin couvrir le bruit lancinant du générateur du camion de la RTBF.
Et chacun de se restaurer via un “Fritkot” clinquant et de s’humecter le gosier en entrant par 5 de front dans une tente-bistrot de campagne, ce qui change des micro-godets de péket parcimonieusement distribués par les jolies cantinières.
Bientôt, c’est la fin de la pause. Portée par des pèlerins, la Châsse de Sainte Rolende quitte son reposoir de Villers-Poterie. Brièvement escortée par une fort digne compagnie de sapeurs, la procession s’éloigne à travers champs.

Châsse de Sainte Rolende©jherrent
Châsse de Sainte Rolende©jherrent
©jherrent©jherrent







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Une Collection de sonnets

Lucie Van de Walle

A la faveur d’une rencontre imprévue, j’ai pu, légalement, entrer dans la maison d’un collectionneur bruxellois. Ici, il ne s’agit pas d’un amateur de flacons vides de parfum, de trains Märklin, ni de pipes. Manifestement il s’agit d’un amateur de littérature ayant jeté son dévolu sur Raymond Queneau (1903-1976). Cet écrivain, co-fondateur du groupe OuLiPo (Ouvroir de Littérature Potentielle), fut un auteur prolifique. Inventeur de nouvelles formes romanesques et poétiques, il fit sauter les idées reçues. Malice, inventivité, formes nouvelles et trouvailles de langage, jeux avec les mots, Raymond Queneau a croisé les modes sans jamais s’y plier. Parmi les oeuvres les plus connues il y a Zazie dans le métro, Excercices de style, et Pierrot mon ami.


"Cent mille milliards de poèmes", dans sa forme d'origine et publié chez Gallimard.
Naturellement, notre collectionneur – Jean-Michel Pochet - dispose de plusieurs exemplaires de ces titres, et quantité d’autres oeuvres en édition originale, illustrées par x ou y, dédicacées encore par quelqu’autre illustre membre de l’OuLipo. Quelques objets, photos  affiches et même une gouache signée Queneau, des paroles de chansons (Si tu t’imagines – Kosma/ Greco) complètent la collection de 350 pièces que Jean-Michel Pochet détaille avec gourmandise. Manifestement, notre homme est un mordu et est parfaitement incollable sur le sujet.

Et d’évoquer aussi le fameux sonnet, toujours de Raymond Queneau, écrit en 1961:  Cent mille millards de poèmes. Chacun des quatorze vers en alexandrins est proposé découpé de la sorte que le lecteur puisse recomposer le sonnet à sa guise. Calculette à l’appui, cela permet en effet cent mille milliard de combinaisons. Il semblerait aussi que, mises bout à bout, ces combinaisons – autant de nouveaux sonnets - fourniraient de la lecture pour deux cent millions d’années. Et cela, à condition de lire jour et nuit. Que du bonheur !

Naturellement, cette idée excitante a fait son chemin dans plus d’un esprit et notamment dans celui de Robert Kayser, lequel le jour de ma visite rôdait dans les parages du collectionneur. Artiste plasticien de son état et anticonformiste par conviction, Robert Kayser s’est aussi penché sur le cas Queneau et a inventé des machines qui permettent de lire ce sonnet et d’en composer les variantes. La machine elle-même est une combinatoire d’éléments. L’une d’elles, la Sculpture mécanique est à levier et constitue une sorte de jackpot littéraire. Destinés au même usage, le Mètre cube, et aussi la Tour gyron, sorte de toupie avec des faces, figurent aussi régulièrement dans des expositions.

Et si, à ces occasions, certains jouant de la mécanique se sont remis au hasard pour varier les sonnets de Queneau, il est évident que personne ne viendra jamais à bout de ces étonnants  “livres-objet”.






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Quelques notes sur Debussy

Lucie Van de Walle

En consultant les propositions de concerts, on s’aperçoit que, toutes salles belges confondues, peu d’oeuvres de Claude Debussy (1862-1918) sont inscrites au programme. Manifestement, le compositeur français n’a pas vraiment la cote. À partir du 22 août 2012, fêtera-t-on les 150 de la naissance du maître français ? Drôle de date, mais si cela permet au grand public de redécouvrir des oeuvres, pourquoi pas.

Portrait de Claude Debussy signé Marcel Baschet
Portrait de Claude Debussy signé Marcel Baschet.© D.R.

D’ici là on peut se rendre au musée de L’Orangerie à Paris, où une exposition conduit le visiteur à la rencontre de l’univers poétique et pictural de Claude Debussy. En effet, Debussy, la musique et les arts a pour ambition de mettre en perspective les développements thématiques de sa musique avec l’imaginaire qui leur a donné naissance. Si cet objectif n’est rencontré que par un public musicalement averti, les amateurs de base seront néanmoins ravis de leur visite par l’exceptionnelle qualité des tableaux et objets proposés.

On sait que le compositeur fut largement inspiré par des oeuvres visuelles puisées chez des plasticiens parmi les plus novateurs, les plus en marge de l’académisme en cours. Par exemple Degas, Turner, Redon ou Camille Claudel, artistes qu’il a eu l’occasion de croiser via les salons d’un trio de familles amies et mécènes du compositeur. Il s’agit de celles de Henry Lerolle, d’Ernest Chausson et d’Arthur Fontaine, autant d’oreilles ouvertes à la nouveauté et autant de collectionneurs avisés.

L’exposition s’ouvre sur une série de portraits et de photos de Debussy pour rapidement glisser vers ses choix esthétiques et des témoignages du climat culturel de ce tournant du XIXème siècle. À savoir la vogue préraphaélite, le japonisme et l’Art nouveau.

Dans d’autres salles est mis en valeur le goût pour l’antique, en résonnance avec les découvertes archéologiques de l’École française d’Athènes, ainsi que tableaux et documents relatifs aux oeuvres scéniques. C’est là qu’on évoque les collaborations de Debussy avec le décorateur Léon Bakst (flop retentissant avec le Martyr de Saint Sébastien ), avec le poète D’Annunzio, avec le danseur Vaslav Nijinski et surtout avec le dramaturge Maurice Maeterlinck pour le livret de Pélléas et Mélisande, devenu un chef-d’oeuvre de l’art lyrique. À ce sujet, on peut regretter la quasi absence de musique dans l’espace de l’exposition. Hormis quelques effluves d’un enregistrement de Pélléas qu’il faut aller cueillir en s’étirant sur un canapé circulaire, rien n’est proposé au public.

Enfin, dans cette exposition qui réunit un très bel ensemble de paysages des courants impressionnistes et symbolistes, on trouve aussi une série de portraits comme celui de Wagner par Renoir, de Stéphane Mallarmé par Édouard Manet et de Paul Verlaine par Eugène Carrière. Rien que de la bonne compagnie.

Debussy, la musique et les arts, Paris, Musée de l’Orangerie, jusqu’au 11 juin 2012
Autres informations : Musée de l'Orangerie



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Micro-festival à Saint-Josse

Lucie Van de Walle

Dans quelques jours, la Commune de Saint-Josse-ten-Noode (Bruxelles) vibrera au rythme de son festival Tête-à-Tijd.  Né il y a deux ans, cet événement  aussi local que gratuit se déroule en une après-midi bourrée de rendez-vous musicaux de toutes espèces. Le jazz, le classique, les musiques du monde et expérimentales, seront répartis dans différents lieux selon un parcours qui démarre place Houwaert et qui conduira les amateurs d’un artiste à l’autre.

Ce qui est original dans la démarche des organisateurs, est qu’ils ont décidé d’investir les endroits où généralement les gens s’ennuient à attendre, autant de lieux insolites pour accueillir des concerts.

Ainsi, les habitants de Saint-Josse-ten-Noode auront l’agréable surprise de pouvoir lâcher des yeux l’hypnotique tambour de leur machine à laver le linge pour se rincer les oreilles avec de la musique tzigane ou arabo-andalouse. D’autres auront l’occasion de se défriser dans un salon de coiffure en compagnie de quelque luthiste et d’une soprano pour du répertoire Renaissance avec Dowland ou Monteverdi. Versant classique, une violoncelliste fera un clin d’œil aux théâtreux et à leur chère «  mise en abîme » en jouant des mouvements de suites de Bach dans une suite d’hôtel. Les ascenseurs seront également investis, de même qu’un appartement en rénovation tandis que la situation de ceux qui joueront sur le toit d’une friterie ou sur celui d’un kiosque sera sans doute plus inconfortable.

Plus habituel, la station de métro Botanique s’offrira un programme prévisible puisque l’accordéon semble irrémédiablement lié à ce mode de transport. C’est donc un orchestre de pianos à bretelles qui fera la joie (?) des voyageurs.

Les concerts seront donnés en treize endroits différents où se croiseront les mélomanes d’un jour ou de toujours. Tous à la découverte de formations ou de solistes venus à la rencontre d’un public à conquérir.

Tête-à-Tijd, 1210 Saint-Josse-en-Noode, samedi 5 mai 2012, de 14 h à 19 h.
Stand d’information : place Houwaert
Autres Précisions : Festival Tête-à-Tijd 2012

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Une Décoiffante Cantatrice

Lucie Van de Walle

Créée en 1950, La Cantatrice chauve est une pièce de théâtre au titre aussi connu que son contenu est impossible à résumer. C’est que l’auteur, Eugène Ionesco, maître des situations absurdes, s’est employé a brouiller les pistes. En général, le public s’accorde pour dire que c’est une pièce comique, ce qui est assez juste.

Proposée par la Compagnie Théâtre en Liberté, le côté risible de La Cantatrice chauve s’installe avec une lenteur calculée. De longs silences en malaises, la pièce évolue vers des tensions qui amèneront, plus loin, le déchainement des situations et leur imparable drôlerie.

Sur scène un couple de bourgeois étriqués. Madame Smith essaye de partager son admiration pour la recette de pommes de terre au lard, tandis que, agacé, son mari tente de lire son journal. Et puis, ils vaquent, on ne sait trop à quoi, ils vont et viennent. Elle se vernit les ongles, il rôde autour du barbecue inutile. Les propos deviennent acides. Nul doute, l’ennui a irradié le ménage Smith - on sait que ce patronyme fut choisi par l’auteur en référence au Mister Smith de la Méthode de l’anglais sans peine d’Assimil, et surtout au langage impersonnel qui y est utilisé -.

Le ménage à quatre vu par Ionesco ©Philippe Fontaine
Le ménage à quatre vu par Ionesco ©Philippe Fontaine

Bouquet miteux à la main, arrivent ceux que l’on attendait plus. Ce sont les Martin, un couple english de base aussi désaccordé qu’il est possible de l’être. Entre les ménages Smith et Martin, le décalage se développe au carré.

Dans un décor so british, avec cottage et son gazon rasé, avec costumes aux couleurs acidulées, tons en vogue à la Cour d’Angleterre, le quatuor formé  par Hélène Theunissen et Stéphane Ledune pour ce qui concerne les Smith et par Julie Lenain et Jaoued Deggouj pour les Martin, fonctionne à merveille dans l’insignifiance voulue par Ionesco. Les attitudes, la gestuelle, le rythme des répliques, mettent en valeur l’ahurissante machinerie de langage et le côté surréel que prennent les clichés et contresens qui peuplent cette partition  jubilatoire. Dans un invraisemblable et surtout inracontable délire, une Bonne et un Capitaine de pompiers, respectivement Dolorès Delahaut et Bernard Gahide, viennent encore épicer la composition d’Ionesco qui se termine dans le chaos absolu.

Le metteur en scène Daniel Scahaise a adroitement piloté ce chef d’oeuvre du vide et la distribution joue avec brio de l’illogisme et du dérisoire d’un scénario proche du vaudeville.

Autres infos : Bruxelles, Théâtre des Martyrs, place des Martyrs, jusqu’au 26 mai.
Réservations : 02 223 32 08.



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ILLUMINATIONS

Lucie Van de Walle

Depuis Strasbourg où elle a connu un énorme succès, l’exposition L’Europe des Esprits a déménagé en Suisse où elle est à présent hébergée au Zentrum Paul Klee de Berne.
Sous titrée La Magie de l’insaisissable du romantisme au modernisme, cette exposition entend montrer l’influence des tendances mystiques et des pratiques liées au spiritisme sur les arts plastiques en Europe de 1780 à 1930.

Henry Fuseli (1741-1825) - Robin Goodfelow-Puck - Schaffhausen, Museum zu Allerheiligen
Henry Fuseli (1741-1825) - Robin Goodfelow-Puck - Schaffhausen, Museum zu Allerheiligen

En contraste avec l’Europe des Lumières qui combinait l’art, la science et la  mesure, voilà que les artistes du mouvement romantique plongeaient avec délices dans les zones obscures de l’irrationnel.

Par exemple, Victor Hugo n’interrogeait-il pas les esprits par le truchement des tables tournantes ? Les créatures démoniaques et les esprits maléfiques n’habitaient-ils pas les Caprices de Goya ? Goethe, à l’instar de son Faust n’entendait-il pas percer les secrets de l’univers ? Et, dans la foulée, Eugène Delacroix ne s’est-il pas saisi de ce Faust ou encore des ombres qui peuplent les cercles infernaux de Dante ?
Et, pendant ce temps là, à l’aide de nouvelles méthodes scientifiques à propos du rayonnement électromagnétique, d’autres cherchaient à rendre visible l’invisible. D’autres encore, des médiums, font, grâce à « leur force psychique », apparaître des fantômes. Ainsi, relate-t-on qu’une demoiselle anglaise fit apparaitre la fille du pirate Morgan aux yeux d’un scientifique aveuglé par l’amour. 

Par ailleurs, comme ce sont les débuts de la photographie, il n’était pas difficile d’escroquer le public en inaugurant ce qui se pratique quotidiennement aujourd’hui, à savoir le trucage photographique. Ledit photographe-médium proposait à ses clients leur portrait en compagnie des spectres de Balzac ou de Napoléon III. Au choix !
Loin de ces préoccupations triviales de profits sans âme, et plus proches de nous, les artistes symbolistes ont visé l’envers des choses matérielles pour en relever la force spirituelle, pour en révéler les aspects insaisissables, inquiétants. Puis vinrent les tendances abstraites marquant l’autre moitié du 20ème siècle où, par exemple, des artistes tels Mondrian ou Kandinsky, attirés par les doctrines théosophiques et ésotériques, isolèrent leurs œuvres du monde matériel.

Ainsi, placé sous la bannière de L’Europe des Esprits, le public s’offre un parcours occulte à travers des visions d’artistes spécialement inspirés.

L’Europe des Esprits, jusqu’au 15 juillet 2012, Zentrum Paul Klee Momument im Fruchtland, 3, 3006 Berne.Tél: + 41 (0)31 359 01 01 Fax: + 41 (0)31 359 01 02
Autres informations : www.zpk.org



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Traces

Lucie Van de Walle

C’est par quelques lithographies concernant l’élaboration et la construction des Galeries Royales que s’ouvre l’exposition Bruxelles, Capitale des Arts, de Victor Hugo à Magritte. Avec ses nombreuses boutiques de luxe, ces Galeries se sont, dès 1847, imposées comme lieu de promenade privilégié pour la bourgeoisie locale. Rapidement, elles abriteront le Théâtre des Galeries Saint-Hubert. Du reste, plus tard, René Magritte rentrera un projet pour le plafond de ce théâtre, projet qui sera refusé. Ces Galeries comptaient déjà quelques cafés, qui furent fréquentés par une série d’écrivains, par exemple Apollinaire, Rimbaud, Verlaine, Dumas, ou Victor Hugo. En effet, pour maintes raisons, pas mal d’auteurs, de politiciens, de musiciens ou de peintres se sont installés dans notre capitale. Parfois, pour en médire, tels Chateaubriand ou Baudelaire.

En ce qui concerne le versant plastique, les peintres belges se sont, à l’exemple des impressionnistes français, fédérés en un “Groupe des XX” dans le but de se démarquer de l’académisme. On y rencontre, entre autres,  Khnopff, Ensor ou Van Rysselberghe. Ce Groupe des XX accueille aussi des artistes d’ailleurs.

C’est ainsi que cette exposition qui se tient dans le Musée des Lettres et Manuscrits de Bruxelles (mlmb), présente, outre une série d’oeuvres picturales, des lettres autographes notamment de Renoir, de Seurat, de Toulouse-Lautrec, témoignant de leur satisfaction d’être exposés à Bruxelles, aux côtés des piliers du Groupe des XX.
Autre thème à succès : “Les Artistes surréalistes”, qui ne se résument pas à Magritte et dont, à juste titre, on rappelle l’existence par des courriers de Henri Michaux, de Marcel Mariën ou de Paul Delvaux. Place encore au Groupe CoBrA, en rébellion contre les règles admises, y compris par les surréalistes.

Le parcours Bruxelles Capitale des Arts se termine par un crochet côté chanson avec quelques manuscrits de Brel, ou par la Bande Dessinée, via Tintin, comme il se doit.
Il ne faut pas non plus perdre de vue la collection permanente, située à l’étage du Musée et agréablement et lisiblement présentée. Concernant aussi bien les archives, les manuscrits, partitions et livres anciens, cette collection nous donne rendez-vous avec de nombreux personnages célèbres dont on découvre non seulement les propos de coulisses, mais aussi les révélatrices écritures en cursives.

Enfin, rappelons que le mlmb - inauguré en septembre 2011 et piloté par
Christophe Hubert -  propose aussi une série de conférences, d’ateliers et des publications très soignées.

Infos : De Victor Hugo à Renée Magritte / Bruxelles, Capitale des Arts : Musée des Lettres et Manuscrits de Bruxelles. Galerie du Roi, 1, 1000 Bruxelles.
Jusqu’au 24 juin 2012. Tél.: +32 (0)2 514 71 87




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L’ADN d’Amsterdam

Lucie Van de Walle

Toujours flânant, cette fois à Amsterdam, le hasard des ruelles nous mène dans une cour qui ne manque ni de prestige ni de charme. Où sommes-nous ? Nous nous informons. Ainsi que d’autres terminent souvent leur trajectoire dans un bistrot, nous pouvons vérifier que, une fois de plus, nous avons été aimantés par un lieu culturel. Il s’agit de l’Amsterdam Museum dont les collections évoquent l’histoire de cette ville.

La curiosité nous pousse à franchir la porte d’entrée. Malheureusement, d’ici la fermeture du musée, le temps manque pour une visite détaillée et donc, nous rebroussons chemin. C’est alors que nous sommes rattrapés par une hôtesse qui nous propose un tour express en 45 minutes chrono. On nous confie illico un livret muni d’un code. Pourquoi pas ! La proposition est inhabituelle mais inoffensive. Alors, surprise ! Ce parcours d’une rare efficacité est aussi, pour une large part, intéressant.

Des bornes jalonnent cet itinéraire en sept stations qui vont de la création de la ville à aujourd’hui. Grâce à un code personnel et à un casque audio, le public peut, dans sa langue, entendre les commentaires qui détaillent les quelques objets présentés et qui, via d’étonnants films numériques, sont remis dans leur contexte historique.

Évidemment, pas sûr que tout le monde vibrera d’émotion devant un soulier du 13ème siècle arraché aux tourbières ou encore devant un globe terrestre du 17ème siècle si ce n’est devant une toile montrant l’élégant vaisseau Gouden Leeuw de l’Amiral Cornelis Tromp.
Certainement que, les historiens d’art et d’histoire qui ont concocté cette visite éclair mériteraient le titre de “Rois du pitch”, à savoir l’art de résumer un récit en une seule phrase.
Bref.

Comme le temps est mesuré, nous sommes expédiés dehors sans avoir le temps de nous ennuyer. Une sympathique mise en bouche qui nous fera un jour, et sans courir, visiter le reste de cet Amsterdam Museum.


Info: Amsterdam Museum - Sint Luciënsteeg 27 - Kalverstraat 92
Tel: +31 (0)20 5231 822 (F) +31 (0)20 6207 789 (E)


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Brouillard à la Cour

Lucie Van de Walle

Il arrive parfois que, même avec la meilleure volonté, les choses nous échappent. Déjà, en quelque sorte sans crier gare, le spectacle Les Reines démarre avec un long et obscur monologue. Cette périlleuse et inquiétante entrée en matière met immédiatement les montres à l’heure. Signée Normand Chaurette, cette pièce au titre évocateur est aux antipodes de la vogue du biopic. À la limite, le spectateur doit tisser son propre scénario à partir des éléments qui lui sont donnés par cet auteur québécois, paraît-il fort apprécié dans son pays.

Sur papier, le sujet et la forme semblaient alléchants. À partir de Richard III de Shakespeare, Normand Chaurette a conçu une nouvelle pièce au féminin. Six femmes sont entortillées à la fois dans la grande Histoire et dans leurs petites histoires. Ces dames, Anne Warwick, la Reine Élisabeth, la Duchesse d’York et la Reine Marguerite, sont échappées de Shakespeare et de la généalogie des monarchies britanniques. Est-ce pour troubler les esprits que, à ce quatuor initial, l’auteur a ajouté deux personnages de son cru ?

Les Reines © Zvonoc
Les Reines © Zvonoc

Coiffées d’un bonnet noir, vêtues d’un genre de tutu, elles ne se distinguent quasiment l’une de l’autre que par les couleurs. Alors, on s’accroche à des répliques, à des indices : Qui est qui ? Qui fait quoi ? Quels sont les liens entre ces femmes ? De qui parle-t-on ? Qui a-t-on assassiné ? Ah ! le mort est donc toujours vivant ! Que faire de ces bébés perdus puis retrouvés et que, de scène en scène, on trimballe dans un petit landau ?
Aurait-on dû se présenter au spectacle en ayant relu et Shakespeare et l’histoire d’Angleterre ? Suppose-t-on que le public vient pour jouer aux devinettes ?
Versant comédiennes, toutes tentent au mieux d’imposer leur personnage aux contours imprécis. Toutefois, au bout d’un certain temps, l’entrée en scène de Janine

Godinas en Duchesse d’York apporte des repères dans la pièce ainsi que de l’aplomb dans toute la distribution.
La mise en scène de ce drame néo-shakespearien est signée par Philippe Sireuil qui, malgré quelques bonnes trouvailles, ne rend pas cette pièce de Normand Chaurette compréhensible à première écoute. On saisit néanmoins que c’est l’hiver et que les corps et les cœurs sont glacés. Que ces femmes luttent pour le pouvoir ou pour leur survie. Qu’elles se jalousent, se menacent. Que l’amour est absent. Qu’elles ne sont que des marionnettes qui s’agitent en vain sur le théâtre du destin.
Le reste est abandonné à l’imagination du spectateur et, à cet égard, certains sont probablement plus doués que d’autres.

Bruxelles, Théâtre des Martyrs, jusqu’au 31 mars. Réservations : 02 223 32 08

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Coulisses d’Afrique

Lucie Van de Walle

Le temps s’y prête : un vague crachin, précédé ou suivi de quelques averses. Voilà de quoi être, au mieux, d’humeur à visiter un musée. Le Musée Royal d’Afrique Centrale de Tervueren (Belgique) est un lieu qui, assez curieusement, aimante plutôt les familles.
Il est stupéfiant d’observer que le temps s’y est arrêté depuis une lointaine et précédente visite. Un peu partout, des galopins font toujours des courses poursuites dans des salles au charme suranné, où s’exposent diverses panoplies coloniales, des masques, des tambours ou des objets rituels. Viennent aussi, par exemple, des antilopes ou des buffles empaillés, sortes de momies réfugiées derrière des vitrines ternies par la poussière.

La cave au trophée. photo Jo Van de Vijer © MRAC Musée d'Afrique Centrale
La cave au trophée. photo Jo Van de Vijer © MRAC

Du changement en vue ? Ce musée est promis à une rénovation majeure et fermera ses portes mi-juillet pour des travaux qui devraient, en principe, durer trois ans. Construit en 1910, le bâtiment actuel sera donc restauré, tandis que les collections bénéficieront d’une approche muséographique et historique digne de ses inestimables trésors.
Donc, d’ici l’été, les parents accompagnés par leurs enfants pourront encore trouver la vie belle en parcourant, par exemple, les galeries aux bestioles – des espèces rares - qui sont conservées dans le formol.
Une exposition temporaire fait également la joie des curieux et celle des gamins en mal d’escaliers à dévaler. Uncensored ouvre l’accès aux sous-sols du Musée et permet un parcours intriguant dans ses réserves. Toutefois, le visiteur n’y trouvera pas de pièces rares, à conserver à l’abri de dégâts, toujours possibles. C’est plutôt l’aspect insolite qui est ici mis en valeur.
Pour se mettre dans l’ambiance, les murs de l’escalier menant aux caves sont tapissés de photos de serpents dans des bocaux (toujours le formol !). Dans le corridor aux trophées plastronnent quelques reliques confisquées à leurs propriétaires pour motif d’espèces protégées par la Convention de Washington. Ailleurs, une paire de têtes de girafes mitées ou la peu glorieuse peau d’un hylochère géant. Une salle rassemble 150 crânes d’éléphants ce qui permet de s’adonner à quelques jeux de chiffres. Si l’on sait que, pendant sa vie, un éléphant dispose de 6x4 molaires à renouveler sur une période de 60 ans, quel est l’âge du capitaine ?
Hormis cet amusant périple dans les coulisses, soulignons que ce genre de musée à l’ancienne est, forcément, en voie de disparition. Il serait dommage de ne pas l’expérimenter avant qu’il ne soit balayé par un l’inévitable vent de la modernité. En espérant que ce soit pour le meilleur !

« Uncensored »,  jusqu’au 8 juillet 2012. Musée Royal d’Afrique Centrale, Tervueren (Belgique).


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