semaine 21

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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Portrait de Thierry Robberecht
Allo, allo, quelle nouvelle par Thierry Robberecht

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21 septembre 2016

La magie de la vente

Les yeux fixés sur le mur de sa cuisine, Frank touille son café. Le sucre s’est dissous depuis longtemps, mais la petite cuillère continue à tourner en rond dans le café noir. Frank ne sait qu’une chose : nous sommes le 30 juillet, dernier jour avant les vacances. Frank déteste les vacances. C’est pire : elles l’angoissent. Il tente de se convaincre qu’il s’agit d’une journée ordinaire. Allez Frank, reprends-toi ! Il boit son café d’une traite, il est froid, et part à son premier rendez-vous. Frank est agent commercial dans une société qui fabrique et commercialise des fontaines d’eau. Il préfère dire qu’il est vendeur, le meilleur de la firme, chiffres à l’appui. Vendre tient de la magie. Personne ne sait pourquoi une vente se fait. Les mécanismes d’une bonne vente sont inconnus. Il n’a qu’une seule certitude : la magie de la vente disparaît quand on arrête de vendre. Il le sait. Il l’a vécu. Il s’inquiète. Au printemps dernier, ses résultats étaient si bons qu’il avait pris deux jours de congé. Deux jours de détente dans un hôtel au bord de la mer. Une erreur. A son retour, la magie de la vente l’avait quitté. On ne devrait jamais se détendre. A son retour, Frank ne parvint plus à ensorceler ses victimes. Son argumentation tombait à plat. Et quand il parvenait enfin à hypnotiser le client, il gaffait. Un mot de trop dans la fragile formule magique et son interlocuteur reprenait ses esprits en disant : « Votre produit est intéressant, mais je vais réfléchir ! » Réfléchir c’est l’horreur ! La réflexion est l’ennemi du vendeur comme du magicien. Les bons de commande de Frank restaient vierges. Trois semaines sans rien vendre, il commença à paniquer. Avril fut désastreux. Au bureau, il évitait son patron. Devant ses collègues, il simulait des conversations avec des clients au téléphone et puis, il éloignait le combiné de sa bouche pour murmurer : « Il mord à l’hameçon, je le tiens ! ». L’angoisse de ne rien vendre lui donnait de douloureuses crampes à l’estomac. La nuit, il rêvait que son patron le congédiait et qu’il errait en ville sans un sou. Des huissiers noirs volaient au-dessus de sa tête pour s’emparer de sa mallette, de ses bons de commande, de ses costumes et de sa grosse voiture de fonction. Un soir de mai qu’il déprimait dans un bar, Frank rencontra un vague copain, un vendeur de voiture. Au premier coup d’œil, Frank et Jérôme comprirent que les affaires roulaient pour l’un et pas pour l’autre. - Ca va pas fort, hein, Frank, remarqua le vendeur de voiture. Frank lui expliqua que la magie de la vente l’avait quitté. L’autre se fendit d’un sourire méprisant: « C’est bizarre ! Ca ne m’est jamais arrivé ! ». - Tu as peut-être trouvé la formule magique, répondit Frank. - La seule formule qui fonctionne, déclara Jérôme, se résume en trois mots : BOUFFER L’AUTRE. Frank déposa son verre. Mais oui, c’est évident ! Il avait oublié le principe premier de la vente : la cruauté. Jérôme continuait sa démonstration: "Bouffer l’autre dans le cadre du boulot mais aussi en dehors. La vente est une philosophie de vie. Il faut se comporter en permanence en prédateur. En requin ! Ne jamais desserrer l’étreinte ! Jamais!" Frank opinait sans rien dire. Jérôme vida son verre et appela la serveuse. - Mon ami Frank va payer nos verres et mon ardoise. Devant l’air étonné de Frank, Jérôme ajouta : « Tu me dois bien ça ! Pour la leçon ! » - Heu … Evidemment ! La note était salée. Frank paya sans sourciller une somme exorbitante, le crédit de plusieurs semaines mais estima que la leçon en valait la peine. Frank suivit les conseils de Jérôme et la fréquence de ses crises d’angoisse diminua. Les ventes remontèrent lentement. Il ressentit à nouveau ce bonheur intense, la sensation de pouvoir absolu au moment précis où son interlocuteur signait le bon de commande. Mai fut meilleur, juin excellent. Frank vit arriver les vacances avec anxiété : Et s’il perdait à nouveau la magie de la vente ? Au bureau régnait la joyeuse animation qui précède les départs en vacances. Quand Frank croisa son patron, il lui parla de ses bons de commande. : « Excellent Frank, vous êtes notre meilleur élément, répondit le patron, la tête déjà à la Côte d’azur. Et, plus tard, devant le personnel de la boîte, il ajouta : « Cette année, vous êtes celui qui mérite le plus de prendre des vacances ! ». Cette remarque ne procura aucun plaisir à Frank. Toute la matinée, il encoda ses commandes et donna des coups de téléphone afin d’organiser les rendez-vous de la rentrée. Au bureau, tout le monde avait filé. Finalement, le concierge, qui partait aussi en vacances, supplia Frank de quitter la firme. Il devait fermer l’immeuble pour la quinzaine. Sa femme et ses gosses l’attendaient. Frank rentra chez lui. La nuit avant les vacances, il ne réussit pas à fermer l’œil. Le matin, l’angoisse était à son comble. Il envisagea même, un instant, d’aller visiter des clients, mais il y renonça. La plupart des responsables étaient absents et les entreprises fermées. Finalement, il prit une décision : il partirait lui aussi en vacances. - Pourquoi les autres et pas moi ? C’est une bonne manière d’évacuer mon stress ! Il fit sa valise, monta dans sa voiture et prit la direction du Sud. Après trois heures de route, il s’arrêta pour faire le plein. Un auto-stoppeur l’aborda. Ils allaient dans la même direction et Frank accepta la compagnie du jeune homme. L’auto-stoppeur parlait sans arrêt. De tout, de rien, de ses projets. Frank avait l’impression de n’avoir rien à dire. C’est vrai qu’il n’avait rien à dire. En dehors de son métier, rien ne l’intéresse. Il fallait réagir et vite. L’angoisse le prenait déjà à la gorge. Il se mit en tête de persuader l’auto-stoppeur de payer son voyage. Pourquoi ne participerait-il pas aux frais d’essence ? L’autostoppeur refusa tout net : « Ce n’est pas la coutume ! ». Frank se redressa alors sur son siège et mit sa brillante machine de vendeur en marche. Plus Frank développait son argumentation, plus le jeune homme perdait pied. Au moment où Frank arrêta la voiture pour débarquer le jeune homme, celui-ci, de mauvaise humeur, paya exactement la somme proposée par Frank. Il était aux anges. Cet argent avait été royalement gagné. De plus, Frank avait roulé l’auto-stoppeur de dix pour cent environ sur la consommation réelle d’une voiture de fonction dont il ne payait même pas l’essence. Quelle satisfaction ! Ses sensations étaient identiques à celles qu’il ressentait devant un bon de commande dûment rempli et signé. Frank s’installa dans une petite station balnéaire. Il négocia longuement le prix de la chambre avec l’hôtelière qui finit par lui accorder une ristourne. Les premiers jours, Frank se sentit apaisé. Il se comporta en simple touriste et fit la connaissance de Betty, une jeune femme seule, qui logeait dans le même hôtel. Betty le dragua ouvertement. Elle était blonde, blanche, grasse et appétissante. Elle plongeait ses grands yeux bleus dans ceux de Frank et riait délicieusement. Frank se laissa prendre au jeu. Après tout, il était célibataire ! Pourquoi ne connaîtrait-il pas lui aussi la joie des amours de vacances ? Ils se promenèrent sur la plage. Betty riait à toutes les phrases de Frank. Il se dit qu’un type normal emmènerait Betty dans sa chambre. Ils restèrent silencieux quelques minutes après avoir fait l’amour. Frank aurait voulu briser le silence et son malaise grandissant par une phrase banale, mais il ne trouvait rien à dire et Betty ne riait plus. La jeune femme prononça quelques mots sur la difficulté de l’existence en général et celle des jolies blondes grasses en particulier. Sa bonne humeur s’en était allée avec le désir. Frank se sentait à mal à l’aise. Il commençait à souffrir de crampes. Il ressentait très précisément qu’il n’existait pas quand il ne vendait pas Pris de panique, il se leva d’un bond et arpenta la chambre. Ses yeux tombèrent sur les prix affichés par l’hôtel. Il se rendit compte qu’il avait obtenu une réduction très importante en négociant avec l’hôtelière. Son corps se redressa un peu et une terrible envie de vendre l’envahit. Il lutta quelques secondes contre la pitié que lui inspirait la jeune femme et puis, il lança son attaque : « Betty, tu bois de l’eau minérale ? ». - Oui, évidemment. Il lui vanta la qualité de son eau, rappela le prix élevé des bouteilles plastiques et leur poids. Il se sentait fort et sûr de lui. Il se dit qu’il n’avait jamais été aussi bon. Chaque mot était judicieusement choisi, les silences calculés et surtout, il donnait l’impression à la jeune femme que cette vente ne l’intéressait absolument pas. Seuls, le confort et la soif de Betty avaient de la valeur à ses yeux. Par un heureux hasard, dans sa valise, il avait, pensait-il (il en avait la certitude), un ou deux bons de commande pour des fontaines d’eau de cinquante litres. Elle se défendit encore : « Cinquante litres ? Ce n’est pas trop pour une femme seule ? ». - Le pouvoir amaigrissant de l’eau de source est prouvé scientifiquement. Il avait frappé juste. La jeune femme était tourmentée par son poids.

Elle était prête pour le coup de grâce.

- Les gobelets en plastique sont offerts à l’achat de cent litres d’eau ! Il lui tendit son stylo. Betty, assise, nue, devant la petite table de l’hôtel, signa là, là, et encore ici. Elle se dit que le plaisir de Frank était plus grand au moment de la signature que celui qu’il avait éprouvé un peu plus tôt dans ses bras et puis, elle chassa cette idée ridicule. Frank vendit encore six fontaines pendant ses vacances. Il ensorcela deux couples de retraités, une famille, une autre femme seule, et l’hôtelière. Il gérait bien son stress. Dès les premières atteintes du mal, il trouvait une victime susceptible de satisfaire son besoin de vendre. Sur la route du retour, Frank planait au-dessus des hommes. Ses vacances avaient été un succès. Il avait jugulé ses angoisses et se sentait capable de vendre n’importe quoi à n’importe qui. La radio déversait des nouvelles économiques et Frank sentait combien il était un rouage du monde. Aujourd’hui, Frank reprend le travail. A 8h 30, il se rend chez son premier client quand une mauvaise pensée lui traverse l’esprit : « Et si, malgré tous mes efforts, j’avais perdu la magie de la vente pendant les vacances ? ». Le feu vire au rouge. La voiture s’arrête. Il fait déjà chaud. La vitre de la voiture est baissée. Chacun est à l’abri dans son véhicule. Personne à qui vendre quoi que ce soit. Un garçon de huit ans s’est planté devant la voiture. Colombien ? Syrien ? Gitan ? Sans prononcer un mot, le gosse lui montre une éponge. Il désire visiblement nettoyer le pare-brise en échange d’un peu d’argent. Frank qui lutte contre un début d’angoisse n’a pas la force de dire non. D’un mouvement de la tête, il marque son accord et le gamin se met au travail. Il passe rapidement une éponge sur la vitre et racle l’eau. - C’est mal fait, se dit Frank. L’enfant se présente à lui la main tendue. Pendant une seconde, Frank se demande s’il ne pourrait pas le rouler. Démarrer, argumenter, jouer celui qui n’a pas de fric en poche. Son angoisse s’évanouirait et tout serait réglé. Mais c’est un gosse. Frank veut lui donner une pièce. Zut ! Pas de monnaie. Le feu vient de passer au vert. Il sort maladroitement son portefeuille de sa veste et prend un billet. -Non, c’est trop ! se dit-il. Il veut le replacer dans son portefeuille, mais le gamin décide que ce billet lui convient. Il le prend dans la main de Frank et s’éclipse. Frank est effaré. - Quel culot ! Le feu est rouge. Frank retire précipitamment sa ceinture et sort de son véhicule. Il veut poursuivre le gosse mais il est déjà loin.

- Le salaud ! Le feu est vert. Autour de lui, les voitures klaxonnent. Des types lui montrent le poing et l’insultent. Des hommes en cravate avec des mallettes bourrées de bons de commande. Frank, en sueur, sent qu’il est passé de l’autre côté de la barrière. Trop fragile pour ce monde, il est exclu.

26 juillet 2016

D'occasion

Quoi de plus énergisant pour un auteur que d’acquérir un nouvel ordinateur ? Bon, je l’avoue, il est loin d’être neuf. C’est un ordinateur portable d’occasion mais il s’agit d’une machine superpuissante que je n’ai pas pu m’acheter quand elle est sortie faute de liquidité mais que je peux m’offrir, aujourd’hui, pour quelques centaines d’euros parce que sa technologie et son design sont largement dépassés et parce qu’il a déjà été utilisé par un précédent propriétaire. Qu’importe ! Il est très enthousiasmant d’acheter un nouvel ordinateur même d’occasion. D’abord parce que j’ai vraiment eu l’impression, en sortant de la boutique, de porter mon œuvre future et tellement talentueuse sous le bras. Et puis, un nouvel outil crée l’émulation et l’envie comme, quand gamin, je recevais un nouveau stylo à la rentrée des classes. Cet ordinateur a déclenché une nouvelle et puissante envie d’écrire. Des phrases se bousculent dans ma tête comme des clients dans un magasin le premier jour des soldes. En pensée, je possède déjà le premier chapitre que, modestement, je trouve très réussi. J’ai l’impression que cet ordinateur va enfin me sortir de l’impasse dans laquelle je perds mon temps depuis plusieurs années déjà. A la maison, j’ai voulu me mettre immédiatement au travail. Le vendeur m’avait bien précisé que l’ordinateur était équipé d’un excellent logiciel de traitement de texte et sur ce point-là, il ne m’avait pas menti. J’ai pu facilement créer un nouveau dossier et à l’écran, s’est affichée une magnifique page blanche et lumineuse. Je pouvais me mettre au travail, j’étais prêt. Je le croyais. C’est alors que je me suis rendu compte que certaines lettres sur les touches du clavier étaient presque complètement effacées. L’ancien utilisateur avait dû les utiliser beaucoup plus que les autres. L’impact régulier des doigts avait presque eu raison de ces signes. Pourquoi ces lettres-là en particulier ? Pendant quelques minutes, je suis resté devant l’écran sans rien entreprendre. Toutes les pages que je comptais écrire s’étaient envolées mystérieusement. Bizarrement, mon enthousiasme m’avait quitté. Ces touches effacées me perturbaient. Qu’avait écrit l’ancien propriétaire de l’ordinateur ? Je pensais à son texte et plus du tout au mien. Quelque chose d’important avait été écrit sur ce clavier mais quoi ? Les phrases magnifiques que je me répétais comme on suce un bonbon, s’étaient effacées de mon cerveau. Je ne voyais plus du tout comment débuter mon œuvre. J’ai bien tenté de rassembler mes idées, mais la page restait blanche à l’écran. Qu’avait-il écrit si régulièrement que ses doigts avaient effacés les lettres ? Ma concentration s’était évanouie comme les lettres sur ces touches dégradées. L’obsession avec laquelle l’ancien propriétaire de cet ordinateur avait utilisé certaines lettres me perturbait. Qu’avait-il écrit de si fondamental ? Le N, le A, le I et le E avaient complètement disparu. Rien d’anormal. Ces lettres sont beaucoup utilisées en français. J’ai remarqué le même phénomène pour les signes T, S, E, O et U. En y regardant de plus près, je me suis rendu compte que le N et le V étaient aussi en passe de disparaître. L’ancien propriétaire avait probablement tapé les mêmes mots et seulement ces mots-là pendant des années d’autant que les autres signes paraissaient flambants neufs pour un clavier d’occasion. Qu’avait-il écrit et répété cet obsédé ? J’ai tenté de reconstituer ce qui avait été écrit avec tant de régularité en rassemblant les lettres effacées. Un véritable anagramme. NTSIEUOVA Du slovaque ? Du moldave ? une langue extra-terrestre ? VATNSIEUO Le langage crypté de la C.I.A ? NTIESAVUO Aucun résultat. J’ai eu l’idée de doubler certaines lettres. Le T par exemple qui était presque invisible. ANUOTTVIES Incompréhensible. NIOTTAVSEU Rien. C’est ma fille, fan de scrabble, qui a, finalement, découvert ce que je ne voulais pas voir. TOUT EST VAIN

25 juillet 2016

Contre Djokovic

- Le vin est bon, tu ne trouves pas ?

- Pas du tout, il est dégueulasse et plein de sulfites.

Elle lui a mis l’étiquette de la bouteille sous les yeux et du doigt, elle a souligné deux fois « …contient des sulfites… » Il reconnait volontiers que sa balle était molle. Entamer un échange sur le vin dans un restaurant, rien que de très commun mais bon, elle aurait pu enchaîner sur les les écrits de Jean -Claude Pirotte, Rabelais et pourquoi pas Omar Khayyam et de là sur les interdictions religieuses. Mais non, elle a préféré lui renvoyer une balle impossible à remettre, une balle impossible à jouer. Depuis quelques temps, il trouvait que les conversations avec elle ressemblait de plus en plus à un match de tennis contre Djokovic. Il était incapable de renvoyer ses balles parce qu’elles étaient trop puissantes et trop rapides. En un mot, elles étaient terminales. Coup droit ou revers le laissaient à plusieurs mètres de la balle. Ils ne jouaient plus vraiment ensemble car il était un joueur de tennis médiocre alors qu’elle faisait partie du top. Ses balles flirtaient plus souvent avec les lignes qu’avec lui. - Tu vois, on va passer là, là et là. C’est direct, dit-elle, la carte étalée sur la table. De son côté, il trouvait que l’itinéraire proposé était un détour et le lui dit. - Tu te trompes encore. D’ailleurs, tu n’as jamais été capable de lire une carte ! A nouveau, il ne renvoya rien. Parfois, ses balles étaient limites. Dehors ou dedans ? Impossible de l’affirmer. Ils avaient bien consulté un psychothérapeute de couple, une espèce d’arbitre de chaise qui condescendait parfois à descendre sur le terrain mais qui ne trouvait jamais aucune trace de balles sur la terre battue et qui donnait systématiquement le point à Djokovic. N’est-il pas numéro un mondial ? Malgré le score largement en sa défaveur, il continuait à jouer parce qu’il aimait le jeu. Courir, espérer, sentir battre son cœur et même rater : C’est la vie ! Les coups ratés sont parfois les plus beaux. De temps en temps, il réussissait un coup correct qui le remplissait de fierté même si, au final, le point était encore perdu. Rien à faire quand on joue contre Djokovic. Pendant un match où le score était particulièrement sévère et les échanges impossibles, il abandonna la partie. Il suivit sa carrière de loin. On ne joue pas au tennis pendant vingt ans sans tisser des liens très intimes avec l’adversaire. Elle gagna encore des matches ? Certainement. Par abandon ? Le plus souvent. Et des tournois ? Evidemment. Les tournois du grand Chelem et les autres. Longtemps, elle est restée numéro 1 mondial.

24 juin 2016

Laïcité et politique migratoire

Qui sont les barbares ?

Nos ancêtres ont utilisé la religion comme instrument « d’exportation de la civilisation ».

Ce fut le cas pour la conquête de Jérusalem en 1099 par Godefroid de Bouillon et Pierre L’ermite. Ce fut le cas du projet colonial dès la conquête de l’Amérique latine par Christophe Colomb - au nom de l’universalisme catholique - et en Afrique, au nom de la civilisation chrétienne. 

Les peuples colonisés ont puisé dans leurs racines culturelles et cultuelles les ressources nécessaires pour s’opposer à l’envahisseur/prédateur/esclavagiste. Ce dernier, pour justifier ses conquêtes, revendiquait la mission divine, civilisatrice universaliste.

Parmi ces rebelles, citons, entre autres :

Les Indiens Mapuche au Chili

Les Kibanguistes au Congo

Les moines bouddhistes s’immolant par le feu au Vietnam pour dénoncer l’impérialisme guerrier durant les années 60-70.

Le peuple tunisien face à la prédation d’une dictature soutenue par le système économique néolibéral. 

Avez-vous lu Franz Fanon ? 

Peut-on supposer que, parmi ceux qui se ressentent comme les « damnés de la terre » et qui ont commis ces crimes odieux au Bataclan à Paris et en d’autres lieux du monde, certains considèrent, quelque part dans leur subconscient, qu’il s’agit d’un juste retour des choses ?

Quand nous sommes allés chez eux, c’est pour les dominer, les exploiter, les convertir. C’était cela le colonialisme.

Quand ils viennent chez nous, c’est pour travailler là où nous ne voulons plus travailler. C’était vrai pour les Marocains dans les charbonnages du Limbourg et les Marocaines dans nos bureaux à Bruxelles. 

En outre, à propos de l’Islam, ne nous trompons pas. Cela fait plus d’un millénaire que l’Occident chrétien lui en veut d’exister et d’avoir choisi Jérusalem pour deuxième lieu saint. 

J’entends dire ici et là en France et en Belgique que la communauté issue de l’immigration maghrébine serait aujourd’hui honteuse… Je demande à entendre et à comprendre, car je rencontre nombre de jeunes issus de l’immigration qui participent à un effort permanent pour s’émanciper de l’aliénation culturelle et cultuelle produite et reproduite (réactualisée) par le colonialisme. 

L’écrasante majorité d’entre eux le font en adoptant les éléments nécessaires à l’élaboration d’une société modernes. Ces éléments sont d’ordre pacifique et national. Ils intègrent les aspects universels, notamment les valeurs de droits humains issues de 1789. Dans le même temps, ils entendent combattre l’exploitation dont ils se sentent victimes et puisent dans leur bagage culturel et cultuel les raisons de leur propre dignité, tant individuelle que collective.

Quand j’entends, lis ou vois le nombre de laïques athées ou agnostiques s’émouvoir et dire leur admiration envers le bon pape François, je me rends compte qu’en Occident aussi les ramifications culturelles et cultuelles sont parfois enchevêtrées et, aujourd’hui encore, largement utilisées. La belle image de François opposable à la barbarie sanglante de Daesh…

A propos de barbarie…

Les guerres de l’OTAN : Bosnie, Kosovo, Afghanistan, Irak, Libye, Syrie ont toutes pour motivation annoncée la défense du « monde libre ». Dans les faits, dès la chute du Mur et le démantèlement du Pacte de Varsovie en 1990, l’Otan va se découvrir une nouvelle mission en prétendant défendre les intérêts de la « Communauté internationale ». Une fois encore, l’OTAN, qui représente environ 10 % de la population mondiale, s’arroge le droit de la défense mondiale de la liberté, de la démocratie et de l’économie de marché.

En 25 ans, les guerres de l’OTAN ont causé des millions de victimes parmi les populations civiles et ce, quasi exclusivement dans les régions du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, c’est-à-dire dans le monde musulman.

Durant ces guerres très actuelles, ce sont les mêmes services de l’OTAN qui ont discipliné les services d’information et les mass médias en vue de nous fournir leur version des événements. 

Si nous voulons contribuer à rétablir ce qui grandit l’humanité dans sa recherche de progrès vers plus de liberté, d’égalité, de fraternité entre les individus et les collectivités, nous devrons sortir de la vision unilatérale qui nous est imposée, celle du concept de « civilisation occidentale », de sa défense et de la lutte contre les terroristes ; à savoir tous ceux qui contestent notre hégémonie basée sur la force.

Toutes les guerres menées aujourd’hui par - ou avec - l’OTAN bafouent, violent l’ensemble des valeurs que nous prétendons défendre. Celles de la démocratie et de l’Etat de droit.

Image: 
25 mai 2017

La France en meilleur état

Lundi 8 mai

 L’équipe d’Emmanuel Macron doit s’atteler à préparer la suite afin que son élection ne se transforme point en impasse. Ce midi, il est à l’Arc de Triomphe avec François Hollande pour commémorer la fin de la Seconde guerre mondiale. Le président sortant multiplie les gestes d’attention : petites tapes dans le dos, partage d’actes solennels… L’attitude se veut bienveillante mais elle est perçue comme étant un peu paternaliste. Il y a, chez François Hollande, beaucoup moins de gestes innocents et irréfléchis qu’on ne le croit…

                                                           *

 Message à tous ceux qui, dans les partis français à la dérive, tentent de conserver leur place au sein du jeu politique, quitte à devoir assumer un revirement honteux : « Depuis toujours, quelqu’un en moi, de toutes ses forces, a essayé de n’être personne. » (Albert Camus. Carnets, 1954)

Mardi 9 mai

 Donald Trump limoge « avec effet immédiat » James Comey, le patron du FBI. Ça, ce pourrait être la gaffe de trop pour le président des Etats-Unis. Le dernier qui posa un tel geste fut Richard Nixon. On connait la suite…

                                                           *

 Parmi les ralliements étonnants mais surtout lâches, celui de Manuel Valls qui semble connaître des difficultés pour obtenir l’investiture du mouvement La République en marche afin de concourir sous cette étiquette aux élections législatives. Il a déclaré que « le PS est mort », aggravant son cas et son erreur d’appréciation. Le PS va déjà lui montrer qu’il n’est pas mort en lançant une procédure d’exclusion qui ne devrait donc pas le chagriner. Il aurait mieux fait d’emmagasiner des provisions pour se préparer à une traversée du désert. Á 55 ans, il pouvait se le permettre et prendre un pari sur l’avenir

                                                           *

 Aurore, de Blandine Lenoir. Un film de femmes pour une histoire de femmes. Amusant. Agnès Jaoui magnifique.  

Mercredi 10 mai

 Comme tous les grands partis, le Front national se repositionne idéologiquement. Á entendre Marine Le Pen et Florian Philippot dès le soir du second tour, on perçoit déjà que l’accent va être porté sur le patriotisme plutôt que sur le nationalisme. C’est peut-être du reste ce qui a poussé Marion Maréchal-Le Pen à se mettre en retrait de la vie politique. Cette pirouette sémantique ne sera jamais qu’une supercherie de plus. On rappellera, le cas échéant, l’excellente définition de Romain Gary, simple et compréhensible par tous : « Le patriotisme, c’est l’amour de son pays ; le nationalisme, c’est la haine des autres ».

                                                           *

 Chaque jour apporte son lot de surprises et de bouleversements inattendus dans la vie politique française. Il est probable que le premier Conseil des nouveaux ministres qui se tiendra dans une semaine déploiera lui aussi plusieurs audaces et autant de curiosités. Ensuite, de pareils épatements naîtront des élections législatives. L’heure est donc davantage à l’observation. Celles et ceux qui sont contraints – payés pour cela… - de commenter prennent beaucoup de risques s’ils s’égarent dans des prévisions trop construites. Des surprises, des éclats, c’est du reste ce que l’on attend d’Emmanuel Macron, élu d’abord pour donner un grand coup de pied dans la fourmilière. On n’oserait plus se contenter d’une simple aspiration au mot « changement ». Et l’on se souvient du formidable roman Le Guépard rendu célèbre par l’adaptation à l’écran de Visconti, où l’auteur, Giuseppe Tomasi di Lampedusa, développait le principe « Il faut que tout change pour que rien ne change ». Jean-François Kahn avait d’ailleurs appliqué ce raisonnement dans un maître-livre au titre éponyme en 1994, réfléchissant à « une théorie de l’évolution sociale » (éd. Fayard).  Cette fois, il importerait vraiment que tout changeât pour que tout change… Attendre et voir. Mais observer. Attentivement.

Jeudi 11 mai

 Deux évidences au milieu de tant d’incertitudes :

  1. L’Union européenne pourra compter sur une France décidée à la faire progresser, à la renforcer.
  2. Le défi de remporter les législatives est, pour Macron, beaucoup plus lourd à relever que celui qui consistait à gagner la présidentielle, surtout dès l’instant où son adversaire du second tour était Le Pen.

 

Vendredi 12 mai

 Donald Trump tente d’intimider le chef du FBI qu’il vient de limoger et le menace s’il décidait de parler à la presse. On savait que Trump ne connaissait pas l’histoire du monde. On sait désormais qu’il ignore aussi l’histoire du pays qu’il dirige.

                                                           *

 (Bookmakers est un mot qui, comme beaucoup d’autres, n’a aucune raison d’être utilisé dans la langue française. Alors, ou bien on emploie le terme propre : parieur, pronostiqueur… Ou bien, à la limite, on en francise l’orthographe : bouqueméqueur). Demain soir sera diffusé le Grand prix eurovision de la Chanson. C’est un spectacle qui ne présente aucun intérêt mais qu’il faut bien considérer puisque plus de 200 millions de téléspectateurs vont le regarder. La presse française conseille aujourd’hui d’être attentif à Blanche, la candidate belge, que les parieurs (la presse française écrit « les bookmakers »…) donnent gagnante. La chanson que Blanche (pseudonyme d’Ellie Delvaux) interprétera s’intitule City lights. Le pays que Blanche représentera compte 11 millions d’habitants et possède trois langues nationales : le néerlandais, le français et l’allemand. C’est toutefois en anglais qu’elle concourra. Soit. Mais pourquoi, dès lors, n’a-t-elle pas choisi White plutôt que Blanche comme pseudonyme ? White, comme Barry, qui, lui, est black…

Samedi 13 mai

 La Libre Belgique, journal réputé sérieux, publie un dossier intitulé Retour sur 10 temps forts du quinquennat Hollande. Pas un seul sujet ne concerne la politique internationale. Rien sur l’initiative d’intervention immédiate en Syrie dès août 2013, qu’abandonnèrent Obama et Cameron après avoir donné leur accord, rien sur l’intervention au Mali pour stopper l’avancée des islamistes, pas un mot sur la COP 21, etc. Il valait mieux parler du scooter qui l’emmenait vivre une nuit d’amour chez Julie Gayet. De l’air, de l’air… Mesdames et messieurs les commentateurs, un tout petit peu de hauteur, est-ce possible ? Juste pour sortir du caniveau… Merci.

Dimanche 14 mai

 La belle République laïque et sociale démontre sa capacité à organiser les fastes sans couac. Il n’y a que la météo qu’elle ne peut pas maîtriser. Emmanuel Macron prononce son discours d’investiture (« Il faut être à la hauteur du moment… ») après une remarquable introduction de Laurent Fabius en tant que président du Conseil constitutionnel. François Hollande sort de la cour de l’Élysée sous les clameurs de la rue du Faubourg Saint-Honoré (oui, les clameurs !) Comme François Mitterrand, il repasse par la rue de Solferino, au siège du PS, là encore dans la ferveur. En l’absence de quelques militants dont Aubry, Montebourg, Valls et quelques frondeurs professionnels qui se sont portés pâles, il déclare : « J’ai rendu la France dans un bien meilleur état que je l’ai trouvée. » Eh bien oui. Mais il fallait le dire, cher François, sans retenue, sans fausse pudeur, dès juin 2012, dire dans quel état tu avais trouvé la France… Ton parcours de cinq ans aurait suivi une toute autre trajectoire… Nom de Dieu !

                                                           *

 La social-démocratie allemande subit un sérieux échec par rapport aux chrétiens-démocrates dans le Land le plus important (Rhénanie du Nord-Westphalie, 18 millions d’habitants) qui fut leur bastion. Martin Schultz minimise les chiffres, se souvenant qu’il reste quatre mois d’ici aux élections législatives. Certes. Mais l’avertissement est sérieux, il le sait. Son état de grâce est déjà en péril.

Lundi 15 mai

 Hillary Clinton crée son mouvement politique. Son nom, en mille : En marche ensemble ! Grâce à cette formule macronienne, démentirait-elle Régis Debray qui, dans son dernier livre  (Civilisation, éd. Gallimard), explique Comment nous sommes devenus américains ? Hum, ce n’est pas demain que le jambon-beurre remplacera le hamburger chez Mc Donald Trump.

                                                           *

 Le président Macron accomplit le voyage de Berlin comme il est d’usage pour se présenter officiellement à la chancelière Merkel qui se prépare donc à travailler avec un quatrième président de la République française. On sera curieux de découvrir ses portraits et comparaisons dans ses mémoires. En tout cas, saisissant l’ardeur du jeune impétrant, elle n’hésite pas à se dire d’emblée disponible pour une refondation historique de l’Europe. Le coup de barre spectaculaire est nécessaire : on renouvellera le Parlement européen dans deux ans et des poussières.

Mardi 16 mai

 Les campagnes pour les élections primaires, la campagne pour l’élection présidentielle et les cérémonies liées à ses conséquences sont enfin derrière nous. Finis les flopées verbales, les promesses brinquebalantes, les chiquenaudes camouflées, les insinuations malsaines, les engagements solennels, toutes ces superfluités de langage qui mettent à mal notre belle et juste langue. On va pouvoir recouvrer la rigueur du vocabulaire et l’emploi du terme propre. Du moins espérons-le ! Le Premier ministre Édouard Philippe, qui est sûrement quelqu’un de bien, place le subjonctif après « après que… » Quand on dirige un gouvernement, il est nécessaire de se rendre compte qu’un fait accompli n’est pas quelque chose qui pourrait advenir mais qui, au contraire, s’est réalisé.

 Soit.

 La formule la plus répandue durant les mois de palabres qui viennent de s’achever est à coup sûr « en même temps… » Serait-ce trop demander que de ne plus l’entendre ?  Tous les ministres qui l’utiliseront devraient désormais être soumis à la sanction. Mais pour cela, il faudrait que le président montre lui-même l’exemple… Quant à « voilà… », façon commode d’arriver au point final lorsque l’imagination n’alimente plus le débit, on ne peut que prendre acte de son déclin dans l’usage courant et gager que l’épidémie est passée.

 Trois petites notes conservées au chaud. 1. D’après Jean-Christophe Cambadélis, François Mitterrand considérait Jean-Marie Le Pen comme un faluchard, ce mot découlant de manière péjorative du substantif faluche, béret de velours noir porté par les étudiants au 19e siècle. Le faluchard serait donc à la faluche ce que le salonard est au salon. On ne sait cependant toujours pas ce que Mitterrand a voulu dire par là.  2. Le mot faquin est revenu parfois dans les échanges, pas souvent à vrai dire, mais assez pour coincer l’un ou l’autre animateur de débat, notamment dans les propos de Jean-Luc Mélenchon. Jean-Luc Godard avait déjà naguère provoqué un petit désarroi médiatique. Faquin (« Homme méprisable et impertinent, coquin, maraud » - Larousse -) n’est pourtant pas si exotique. On le trouve régulièrement dans Stendhal (« Ce faquin de ministre le traite avec une distinction étonnante. » Lucien Leeuwen).  3. Le terme « polémologie » est de création très récente. On le doit à Gaston Bouthoul (1896 – 1980), sociologue français spécialisé dans la science de la guerre, qui publia en 1945 un Traité de polémologie. Longtemps ce néologisme n’eut pas d’antonyme. Si l’on reconnaissait qu’il existât une science de la guerre, personne n’avait pensé qu’il pût exister aussi une science de la paix. Certains philologues voudraient imposer le substantif irénologie, inventé par le journaliste belge et professeur à l’Université catholique de Louvain Paul Michel Gabriel Lévy (1910 – 2002) dans les années cinquante. Mais qui, aujourd’hui, connaît ce mot ? En tout cas, pas Alain Rey, qui l’ignore dans son dense Dictionnaire historique de la langue française (éd. Le Robert).

Mercredi 17 mai

 « François Hollande, s’interroge Le Monde, a-t-il vraiment laissé le pays dans un meilleur état qu’il ne l’était il y a cinq ans ? » Et de répertorier des appréciations en les commentant : La croissance : situation meilleure.  Le chômage : situation pas meilleure mais encourageante. Le déficit public : situation meilleure mais insuffisante. Pouvoir d’achat et consommation : la situation s’améliore. Le logement : la situation s’améliore. Les entreprises : la situation est meilleure. Conviendrait-il de conclure que le président sortant aurait pu asseoir et conforter ses résultats dans un deuxième (et indispensable) quinquennat ?

 Au journal de 9 heures sur RTL, la préposée annonce que « grâce à François Hollande et selon l’INSEE », le chômage est au plus bas, revenu à son chiffre du premier trimestre 2012, en-dessous de la barre des 10 %.

 Attention mesdames et messieurs les journalistes ! Comme c’est dit chez Audiard : « On pourrait jaser… »

Jeudi 18 mai

 Le temps de la sagesse s’impose. Observer, analyser, mais se garder de commenter la politique française constitue la principale application. Sans bien percevoir encore comment le pays sera gouverné, on peut déjà noter qu’il n’aura jamais été aussi impliqué dans la construction européenne, du moins par la composition de son gouvernement. Le second tour de l’élection avait fait apparaître un choix clair entre deux options radicalement opposées : le repli dégageant un protectionnisme quasiment maladif d’une part, l’option européenne dans une mondialisation acceptée de l’autre. Cette dernière est en tout cas très illustrée dans l’énoncé des compétences ministérielles.

Vendredi 19 mai

  La République en marche, le nouveau parti macronien, ne présentera pas de candidats dans 51 des 577 circonscriptions. Cela rendra d’autant plus difficile la recherche d’une majorité absolue. Reste à souhaiter que cette demi-centaine de sièges se répartiront entre les deux grandes familles traditionnelles, LR et PS, indispensables à l’équilibre démocratique. Car l’enjeu, gage de réussite de ce quinquennat, ce sera aussi de réduire les extrêmes. Jean-Luc Mélenchon est, hélas !, au bord du délire. Son retour au réel risque d’être douloureux. Côté FN, c’est plus simple : il faut espérer que leurs bisbilles se transforment en chamailleries et que leurs querelles accouchent de scissions. Ils en sont capables. Un jour, parce qu’il est impossible de gouverner en satisfaisant tout le monde, parce que la cohésion entre les meilleurs d’un côté avec les meilleurs de l’autre pourrait se craqueler ; un jour un grand débat de repositionnement sera peut-être nécessaire. Si c’était le cas, il vaudrait mieux que cette explication s’organise autour des grandes forces démocratiques alimentées par l’Histoire. Pour se tenir stable et bien avancer, un corps a besoin d’une jambe droite et d’une jambe gauche. Un pays aussi.

Samedi 20 mai

 Donald Trump quitte les Etats-Unis pour la première fois depuis son élection. Un voyage de huit jours qui débute par l’Arabie Saoudite. Ses conseillers implorent le Tout-Puissant matin et soir pour éviter que le président imprévisible ne commette quelques gaffes. Ils ont pris toutes les précautions imaginables. Ayant constaté que leur patron ne comprenait pas les longs développements, ils se seraient même arrangés pour qu’au sommet de l’OTAN, chaque intervention soit limitée à 4 minutes maximum. Le jour où il rencontrera Poutine, il faudra prévoir des interruptions de séance.

                                                           *

 Hassan Rohani est réélu dès le premier tour à la présidence de l’Iran avec 57 % des voix. C’est une lourde défaite pour les conservateurs. C’est donc surtout la preuve que le pays aspire à la modernité. Le religieux le plus modéré est d’abord un religieux. Et le Guide suprême veille. Ce n’est pas encore l’heure de la laïcité mais elle viendra.

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Paris,14 mai 2017: François Hollande s'en va, laissant «la France dans un état bien meilleur que celui que j'ai trouvé», en 2012. Photo © Stephane de Sakutin / AFP

22 mai 2017

Terminus, dit-elle

&

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Terminus dit-elle
Au beau milieu
Des particules gerbées
Ce n’est pas la taille qui compte
Mais comment on taille
Une poésie qui compte ses pieds
Secousses
…éternité, éternité, éternité…
Poètes
Marchez sur vos particules gerbées
Enfermées dans l’atome

Imagine le tableau, Nadeja
D’un de ces là-haut, l’ange Majorette
Illuminé par trois hautes fenêtres
Soulève de son bâton
Un couvercle qui boîte
Une dame s’incline
Sur une autorité idiote
Qui odore la mémoire
D’une vraie rumeur
Si seulement ce n’était pas la taille qui comptait, Ossip,
Mais comment on taille
… éternité, éternité, éternité…
Poète
Compte tes pieds
Jusqu’au terminus
Où ils te descendent

Ré, 03/05/2010

Écrit après la lecture de "Contre tout espoir" de Nadejda Mandelstam

21 mai 2017

Pouic

Il se demande parfois si ce n’est pas lui qui et à l’origine du phénomène. Tout avait commencé un dimanche matin quand elle s’était mise à pleurer sans raison. Non, finalement pas sans raison. Elle pleurait à cause du temps qui passe, du temps passé, du mauvais temps. Elle pleurait, recroquevillée sur elle-même. Ses larmes lui coulaient dessus. Pour la consoler, il aurait pu la prendre dans ses bras, lui caresser les cheveux et lui parler tendrement à l’oreille mais pour la prendre dans ses bras, il aurait dû se lever et contourner la table. Pas envie. Trop loin, trop long, son café aurait refroidi. Il choisit la solution de facilité et lui dit : « Rien n’est grave puisque je t’aime ».C’était simple, veule, facile et passe-partout. Pas besoin de se lever. Il suffit de jeter les mots à l’autre bout de la table comme de miettes de pain aux oiseaux et l’affaire est faite. Elle répondit mécaniquement à travers ses larmes : « Moi aussi, je t’aime. ». Ils venaient, sans le savoir, de gaspiller des mots que plus jamais, ils ne pourraient prononcer. L’usage de la parole s'était transformé en fusil à un coup, un fusil impossible à recharger même quand on croit posséder plein de balles dans son chargeur. Dans l’après-midi, après avoir fait l’amour, lui prit l’envie de lui dire « Je t’aime » en lui caressant le dos alors qu’elle somnolait sur lui mais « Pouic », rien ne sortit de sa bouche. Comme si quelque chose venait de se bloquer dans le grand ordinateur qui contrôle l’univers. Le bug. Désormais, il était devenu impossible de répéter les mots déjà prononcés.

Le soir même, ils étaient invités chez des amis. La maîtresse de maison a voulu leur parler de Wax, la série géniale qu’il faut absolument avoir vu, surtout la saison 3. Le problème, c’est qu’elle en avait déjà parlé à midi avec d’autres amis.

- Quoi ! Vous n’avez jamais vu Wax ? Ce n’est pas possible ! Il faut absolument que vous regardiez la saison 3. Vous allez adoorer ! Nous, on ne rate aucun épisode !

Alors, le soir, quand elle a voulu reparler de Wax à ses hôtes du soir, Pouic, elle ne prononça aucun mot. Son silence ne l’inquiéta pas. Elle mit son mutisme sur le compte d’une fatigue passagère causée par les courses pour le dîner, la cuisine, le plan de table et cette soirée ennuyeuse et ratée qui se traînait. Ah, si elle avait pu parler de Wax !

Dès le lendemain, le phénomène prit des proportions gigantesques. Les présentateurs des journaux télévisés de 9h, de 13h et même du 20 heures habitués à répéter quotidiennement les mêmes mots restèrent muets. Pouic. On n’entendit plus non plus les hommes et les femmes politiques qui répètent inlassablement que, dans notre pays, on ne peut pas accueillir toute la misère du monde mais qu’on peut la créer très facilement ici avec quelques mesures fermes et injustes. Les politiques, pouic. Le mal se propagea aussi rapidement que la peste. Il finit par contaminer des gens qui croyaient pouvoir y échapper comme les petits auteurs de nouvelles qui Pouic.

15 mai 2017

Collégiale Canicule

&

Image: 

Collégiale Canicule

J’entre dans la Collégiale
Pour prendre le frais
Froideur de l’orgue muet
Sourire d’un ange de calcaire
Délicat

Murs alourdis de peintures
Sombres
Noires de sang, de douleurs
Coagulées
Des peintures d’Ivoiriens comme dit Albert
Mon ami

Monte en moi une révolte de zèbre
Violent désir de lumière
Et de sabre
Je pense à Godot
Au grand Godot
Qui certaines nuits sautait sur sa jument
Et fendait Carnières au galop
Déguisé en Zorro
Sabreur d’étoiles
Grand Godot
Zorro et zèbre
Beauté du sabre
Comète

J’écarte les craquelures, les fissures des toiles
Comme une brise
Je plonge les yeux dans les plaies
Je coupe, colore, redresse, recouds
Beauté du zèbre

Voyez...
Les teintes timides des arrières
Les clartés veloutées des caves
Des vies qui aurorent
Champagne
Canicule
J’ai transpiré dans la fraîche Collégiale

Fromont, 2006

11 mai 2017

« À mort la démocrature ! », fresque d’Itvan Kedanian et Lask, Paris, mai 2017.

 

Les hasards de mes randonnées urbaines m’ont amené à rencontrer à différentes dates 4 grandes fresques du même crew, le TWE . Ce groupe de graffeurs est constitué de nombreux membres principalement issus de la Seine Saint-Denis. Les plus de 1000 productions du crew sont fort diverses mais les fresques que j’ai découvertes quai de Valmy (10ème arrondissement), rue Noguères (19ème) et celle de la rue Ordener (18ème arrondissement) ont des points communs. Les 4 sont situées dans des quartiers populaires et ont été réalisées sur des murs d’ « expression libre », tolérés par la municipalité sinon autorisés. Le deuxième point commun est le thème : ce sont des œuvres politiques contestataires qui sont ouvertement des invitations voire des incitations à la révolte, à l’émeute, à l’affrontement avec les forces de l’ordre.

Les responsables municipaux ont d’ailleurs réagi en recouvrant très rapidement 3 des 4 fresques. La quatrième fresque encore visible à la date où j’écris ce billet est située sur le mur d’un ancien dépôt de la SNCF, rue Ordener, au nord du quartier de la Goutte d’Or. Elle est comme ses fresques-sœurs de grandes dimensions (environ 40mx4m). Comme les autres fresques, elle  a la même composition : une figure centrale portant le message et, de part et d’autre, deux scènes d’illustration.

Au centre donc, le portrait réaliste d’un homme à tête de chien, une carotte dans la bouche, sur lequel est peint un message « Je suis un mouton ». A gauche, une scène de guerre : 3 soldats munis de masque à gaz, fixent le spectateur. A l’arrière-plan sont peints des fusées, des chars d’assaut, un hélicoptère de combat. Personnages et armes de guerre sont peints en noir sur fond blanc. L’homme à tête de chien a été exécuté par une autre main : la schématisation de la scène de guerre s’oppose au réalisme et à la précision du portrait. Des graphismes rouges entourent le personnage central d’une aura de mort (tête de mort, paquet de cigarettes, revolver, corde de pendu, symbole de la monnaie européenne etc.). A droite, des « manifestants », portant sweat-shirt, capuche et sac à dos prennent d’assaut l’Assemblée nationale. Devant le Palais-Bourbon, un député sans visage fait un discours. Sur le fronton est écrit « Démocrature ». Les assaillants s’affrontent aux brigades anti-émeutes, reconnaissables à leurs casques, à leurs boucliers et à leurs matraques.  À l’extrémité, 3 enfants regardent, curieusement, ailleurs.

Les street artists ont sensiblement reproduit le même pattern de fresques « politiques » (même organisation spatiale en triptyque, même opposition entre le noir et blanc et la couleur, même opposition de style entre celui d’Itvan Kedanian et celui de Lask, quasi reproduction à l’identique des CRS et du décor etc.) Mon intérêt a porté bien davantage sur la signification sociologique et politique de l’œuvre que sur sa forme qui souffre d’un manque évident d’originalité.

Moins d’une semaine après l’élection du Président de la République, une fresque dénonce la dictature du régime parlementaire, fondement de notre démocratie ( la démocrature), associe à notre modèle politique la violence de la guerre, interpelle le chaland l’invitant à renverser, non par le vote mais par la force, le symbole de nos libertés démocratiques, l’Assemblée nationale.

De jeunes garçons, graffeurs de leur état, témoignent à leur manière d’une crise de la représentation en France. Nombreux sont ceux qui ne croit plus ni à la politique, ni aux « représentants du peuple ». Ils s’inscrivent, certainement sans le savoir, dans le prolongement historique de l’anarchisme du 19ème siècle. Beaucoup peinent à se reconnaître dans les partis traditionnels, y compris celui des Insoumis et les partis trotskistes pourtant révolutionnaires. Ces partis ont présenté des candidats à l’élection présidentielle et en présenteront aux législatives. Même si leurs leaders interrogent la notion de délégation de pouvoir, tous s’inscrivent dans le fonctionnement ordinaire du système politique. A gauche de l’extrême gauche, une frange de notre jeunesse n’a plus aucune confiance dans la parole politique. C’est peut-être le sens caché de ce député sans visage  à la tribune qui déclame son discours avec force gestes. Il parle mais ce qu’il dit n’est pas « entendu » par une fraction non négligeable des jeunes Français. Façon de dire que le discours politique n’est plus audible. Métaphore graphique du fossé entre les « élites » et les jeunes issus des milieux populaires.

 Ils construisent alors comme une forme de résistance une nouvelle geste héroïque dont ils seraient les héros, terrassant le capitalisme honni, incarné par les hommes politiques coupables de tous leurs maux et tenus en premier lieu comme les responsables de leur exclusion sociale.

Le spectacle de « La prise du Palais-Bourbon » n’est pas sans évoquer les émeutes du 6 février 1934. Ce jour-là, des milliers de manifestants d’extrême-droite, des anciens combattants et des membres des Ligues,  tentèrent de renverser le régime parlementaire après le renvoi du préfet Chiappe. Curieuse correspondance. Les images dans nos mémoires s’entrechoquent, se télescopent. En 34, les factieux étaient des fascistes. Aujourd’hui, ce sont nos enfants qui veulent détruire les acquis de nos révolutions, celle de 1789, celle de 1830, celle de 1848.

Les fresques « politiques » d’Itvan Kedanian et de Lask parlent de la désespérance d’une partie de notre jeunesse et de ses « romantiques » solutions. Certes, je n’ignore pas le mal de vivre de toute jeunesse, la réalité des laissés pour compte de la mondialisation, le côté provocateur et bravache de nombre de nos « petits gars » de banlieue, les ratés de l’intégration, le scandale de l’échec scolaire et de la « reproduction sociale ». Il n’en demeure pas moins que les images que nous donnent à voir les crews de banlieue n’annoncent rien de bon.

Le street art, dans ce contexte,  apparait comme un exutoire mais le rejet radical du politique, de ceux qui font la Loi, de la police, l’institution qui les fait respecter, laisse planer de bien sombres nuages sur l’avenir des exclus. 

Image: 

Une scène de guerre, genre Apocalypse now. Une vision héritée des films hollywoodiens.

Graphismes de "transition" entre la scène de guerre et le personnage central. Une imbrication de signes hétéroclites de mort.

Le "je" cache le miroir du spectateur qui regarde la fresque. Le message est d'une grande violence (toi qui regardes tu es un mouton, tu obéis comme un chien, une carotte te suffit)

Une allégorie du "suivisme".

Les anarchistes brandissent le drapeau noir.

"La prise de l'Assemblée nationale", symbole du renversement du régime parlementaire.

"La lutte finale".

Trois enfants peints de dos, tranquilles, semblent se désintéresser de la lutte de leurs aînés.

09 mai 2017

« Enfin, les difficultés commencent pour nous ! »

Lundi 1er mai

 Fête du Travail ou Fête des Travailleurs ? La confusion règne jusque chez celles et ceux qui, sur antennes, se voient chargés d’expliquer l’origine de cette journée. De toute façon, cette nuance ne concerne déjà plus qu’une infime partie d’initiés. Pour la plupart des citoyens, le jour est férié, c’est l’essentiel, peu importent les raisons pour lesquelles il en est ainsi. Et si la bonne fortune veut qu’il augmente le ouiquenne, on criera aussi bien « Vive le Travail ! » que « Vive les Travailleurs ! » pour saluer l’aubaine.

                                                           *

 « La tendresse inspirée par la mort fait aimer les vivants qui l’éprouvent. » (André Malraux. La Tête d’obsidienne, 1974). Qu’est-ce à dire ? Un jour, un historien de la Littérature relèvera le lyrisme ampoulé d’André Malraux comme étant du plus haut comique.

Mardi 2 mai

 Les Chinois sont devenus l’actionnaire principal de la Deutsche Bank, fleuron de la plus puissante économie européenne. Il conviendrait peut-être parfois de prendre l’Allemagne en exemple.

                                                           *

 Lady Macbeth (The young lady), film de William Oldroyd. Une jeune fille donnée contre un lopin de terre. Un mariage arrangé d’autant plus dénué d’amour que le mâle, plus âgé, est impuissant. C’est un sujet rabâché. Mais ici, la jeune fille se révolte en une violence qui croît de jour en jour au point de n’être plus que seule avec elle-même. Revancharde, amoureuse, meurtrière, monstrueuse, cette jeune révoltée se métamorphose continûment ;  et chaque fois, la gradation de ceci semble expliquer le geste en cela si bien que l’on est tenté de comprendre son épouvantable évolution. Et comprendre, c’est déjà un peu pardonner…  Le film a brillé dans de nombreux festivals de second plan (Toronto, San Sebastian, Annonay…) Il faudra retenir le nom de cette formidable interprète : Florence Pugh.

Mercredi 3 mai

 Le traditionnel face à face entre les deux finalistes de l’élection présidentielle a tourné au pugilat. Marine Le Pen a rendu le débat lamentable, minable. Cette femme n’était pas digne de gouverner la France. Elle n’était même pas digne de figurer au second tour. Trop de millions d’électeurs lui ont ouvert la route. Ils ont sali la République. Pendant trois ans, elle s’était efforcée de dédiaboliser son parti. Comme les sondages la donnaient perdante, elle devait jouer son va-tout. Elle redevint donc diabolique, bêtement diabolique. Son seul objectif était de déstabiliser Emmanuel Macron à n’importe quel prix. Celui-ci ne désempara point. Les jeux sont faits, du moins pour le verdict de cette élection-ci. Quant au futur fonctionnement de l’État, tout commence.

Jeudi 4 mai

 Depuis tant de semaines que la campagne présidentielle bat son plein, tous les organes de presse publient des tribunes libres avec plus ou moins d’intérêt. Celle que fait paraître Sigmar Gabriel dans Le Monde est à conserver pour mémoire. Le ministre social-démocrate allemand chargé des Affaires étrangères donne un éclairage inhabituel qui pourrait bien conduire le couple franco-allemand a une nouvelle conception de partenariat.

 « Macron est un patriote éclairé dont les idées sont à même de faire progresser le pays vers une force nouvelle. Il représente la reconstitution de la France en tant que phare capable de nous guider en ces temps tourmentés et parfois confus. […] Emmanuel Macron a raison : l’Allemagne doit en finir avec l’orthodoxie financière qui, en ces temps de taux d’intérêt négatifs, contribue plutôt à favoriser le retard des investissements qu’à moderniser notre pays. Une telle politique est néfaste non seulement pour l’Europe, mais aussi pour les Allemands qui devront payer cher lorsque les taux d’intérêt augmenteront à nouveau et que le retard des investissements se sera davantage creusé. »

 Et le mea culpa se poursuit par une sorte de confession étrange :

 « Nous autres, Allemands, devons enfin cesser de raconter des histoires mensongères sur l’Europe. En Allemagne, le monde politique, les médias et, en partie, le monde de l’entreprise ne cessent de clamer que notre pays est ‘la bête de somme’ de l’Union européenne. En vérité, l’Allemagne n’est pas un ‘contributeur net’, mais bien un ‘bénéficiaire net’. Car 60% de nos exportations vont dans l’Union européenne. Ce n’est donc que si toute l’Europe se porte bien que les Allemands vont bien également. Si les autres Européens vont mal, l’Allemagne elle aussi souffrira, à terme, de chômage. »

 Voilà un témoignage qu’Emmanuel Macron devra prendre en compte. Il sera un président élu, en grande partie, par défaut. Á lui de devenir apprécié pour, plus tard, être aimé. Sigmar Gabriel vient de lui tendre un fameux marchepied.

                                                           *

 Des élections ont aussi eu lieu en Algérie. Un chiffre les illustre : celui de l’abstention. Lors des législatives de 2012, il était déjà spectaculairement bas (43%). Il est désormais de 38,5%, malgré l’insistance des autorités ainsi que de la nomenklatura. Quant aux résultats, ils n’inspirent aucun commentaire, la situation demeurant bien amidonnée. Juste un point à souligner : les islamistes ne progressent pas. Du moins par les urnes…

Vendredi 5 mai

 Tour d’horizon rapide des six pays fondateurs de l’Union européenne.

 En Belgique, le Premier ministre libéral Charles Michel est âgé de 41 ans. Aux Pays-Bas, le Premier ministre libéral Mark Rutte est âgé de 50 ans. Au Grand-Duché, le Premier ministre libéral Xavier Bettens est âgé de 44 ans. La France se prépare à élire Emmanuel Macron, un social-libéral de 39 ans et l’Italie devrait en rappeler un également, Matteo Renzi, âgé de 42 ans. Quant à l’Allemagne, elle est dirigée par Angela Merkel, une démocrate-chrétienne de 63 ans. Pas encore leur mémé mais déjà leur maman.

                                                           *

 Le prince Philip Mountbatten, duc d’Edimbourg, mari de la reine Elisabeth, annonce qu’il prend sa retraite. Il est âgé de 95 ans. Le statut de l’ouvrier est quand même plus enviable que celui d’époux de monarque !

                                                           *

 Raffarin : « Voter Macron et ensuite faire contrepied. » Tout est là, en effet. Dans les deux grands partis balayés en cette présidentielle, aussi bien au PS que chez Les Républicains, il y aura des scissions, c’est sûr ; mais leur ampleur sera déterminante dans la nécessaire recomposition politique résultant des élections législatives.

Samedi 6 mai

 Cessez-le-feu, un film trop décousu construit autour de Romain Duris, assez bon dans le rôle, afin de démontrer que pour ceux qui l’ont faite et qui lui ont survécu, la guerre de ‘14 ne s’est évidemment pas achevée le 11 novembre 1918.

Dimanche 7 mai

 Lors du formidable congrès du PS très  prometteur qui se tenait en juin 1977 à Nantes, Michel Rocard – qui connaissait bien l’histoire de sa famille politique – entama son discours par une citation que bien peu de congressistes auraient pu évoquer. Il s’agissait d’une réflexion du député socialiste Alexandre Bracke-Desrousseaux prononcée le 10 mai 1936, après la victoire du Front populaire, devant le Conseil national de son parti : « Enfin, les difficultés commencent pour nous ! » Depuis lors, cette phrase revient régulièrement dans les discours. Elle n’aura jamais été autant pertinente que ce soir. Pour Emmanuel Macron, qui remporte l’élection présidentielle avec 65,8 % des voix, pour la droite, déjà en ordre de marche avec Baroin et Woerth, bien décidés à remporter les élections législatives des 11 et 18 juin et à forcer la cohabitation, et pour la gauche (le PS en particulier), dont un nombre certain de représentants se préparent à rallier En Marche, le mouvement du nouveau président.

 (Lillois, fils de l’auteur de la chanson P’tit Quinquin, Desrousseaux laissa son nom à quelques établissements et artères du Nord, comme par exemple l’école primaire de Hénin-Beaumont, fief de Marine Le Pen…)

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Emmanuel Macron avec le vice-chancelier allemand, Sigmar Gabriel. Photo © AFP/Tobias SCHWARZ

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