semaine 38

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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Portrait de Thierry Robberecht
Allo, allo, quelle nouvelle par Thierry Robberecht

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21 septembre 2016

La magie de la vente

Les yeux fixés sur le mur de sa cuisine, Frank touille son café. Le sucre s’est dissous depuis longtemps, mais la petite cuillère continue à tourner en rond dans le café noir. Frank ne sait qu’une chose : nous sommes le 30 juillet, dernier jour avant les vacances. Frank déteste les vacances. C’est pire : elles l’angoissent. Il tente de se convaincre qu’il s’agit d’une journée ordinaire. Allez Frank, reprends-toi ! Il boit son café d’une traite, il est froid, et part à son premier rendez-vous. Frank est agent commercial dans une société qui fabrique et commercialise des fontaines d’eau. Il préfère dire qu’il est vendeur, le meilleur de la firme, chiffres à l’appui. Vendre tient de la magie. Personne ne sait pourquoi une vente se fait. Les mécanismes d’une bonne vente sont inconnus. Il n’a qu’une seule certitude : la magie de la vente disparaît quand on arrête de vendre. Il le sait. Il l’a vécu. Il s’inquiète. Au printemps dernier, ses résultats étaient si bons qu’il avait pris deux jours de congé. Deux jours de détente dans un hôtel au bord de la mer. Une erreur. A son retour, la magie de la vente l’avait quitté. On ne devrait jamais se détendre. A son retour, Frank ne parvint plus à ensorceler ses victimes. Son argumentation tombait à plat. Et quand il parvenait enfin à hypnotiser le client, il gaffait. Un mot de trop dans la fragile formule magique et son interlocuteur reprenait ses esprits en disant : « Votre produit est intéressant, mais je vais réfléchir ! » Réfléchir c’est l’horreur ! La réflexion est l’ennemi du vendeur comme du magicien. Les bons de commande de Frank restaient vierges. Trois semaines sans rien vendre, il commença à paniquer. Avril fut désastreux. Au bureau, il évitait son patron. Devant ses collègues, il simulait des conversations avec des clients au téléphone et puis, il éloignait le combiné de sa bouche pour murmurer : « Il mord à l’hameçon, je le tiens ! ». L’angoisse de ne rien vendre lui donnait de douloureuses crampes à l’estomac. La nuit, il rêvait que son patron le congédiait et qu’il errait en ville sans un sou. Des huissiers noirs volaient au-dessus de sa tête pour s’emparer de sa mallette, de ses bons de commande, de ses costumes et de sa grosse voiture de fonction. Un soir de mai qu’il déprimait dans un bar, Frank rencontra un vague copain, un vendeur de voiture. Au premier coup d’œil, Frank et Jérôme comprirent que les affaires roulaient pour l’un et pas pour l’autre. - Ca va pas fort, hein, Frank, remarqua le vendeur de voiture. Frank lui expliqua que la magie de la vente l’avait quitté. L’autre se fendit d’un sourire méprisant: « C’est bizarre ! Ca ne m’est jamais arrivé ! ». - Tu as peut-être trouvé la formule magique, répondit Frank. - La seule formule qui fonctionne, déclara Jérôme, se résume en trois mots : BOUFFER L’AUTRE. Frank déposa son verre. Mais oui, c’est évident ! Il avait oublié le principe premier de la vente : la cruauté. Jérôme continuait sa démonstration: "Bouffer l’autre dans le cadre du boulot mais aussi en dehors. La vente est une philosophie de vie. Il faut se comporter en permanence en prédateur. En requin ! Ne jamais desserrer l’étreinte ! Jamais!" Frank opinait sans rien dire. Jérôme vida son verre et appela la serveuse. - Mon ami Frank va payer nos verres et mon ardoise. Devant l’air étonné de Frank, Jérôme ajouta : « Tu me dois bien ça ! Pour la leçon ! » - Heu … Evidemment ! La note était salée. Frank paya sans sourciller une somme exorbitante, le crédit de plusieurs semaines mais estima que la leçon en valait la peine. Frank suivit les conseils de Jérôme et la fréquence de ses crises d’angoisse diminua. Les ventes remontèrent lentement. Il ressentit à nouveau ce bonheur intense, la sensation de pouvoir absolu au moment précis où son interlocuteur signait le bon de commande. Mai fut meilleur, juin excellent. Frank vit arriver les vacances avec anxiété : Et s’il perdait à nouveau la magie de la vente ? Au bureau régnait la joyeuse animation qui précède les départs en vacances. Quand Frank croisa son patron, il lui parla de ses bons de commande. : « Excellent Frank, vous êtes notre meilleur élément, répondit le patron, la tête déjà à la Côte d’azur. Et, plus tard, devant le personnel de la boîte, il ajouta : « Cette année, vous êtes celui qui mérite le plus de prendre des vacances ! ». Cette remarque ne procura aucun plaisir à Frank. Toute la matinée, il encoda ses commandes et donna des coups de téléphone afin d’organiser les rendez-vous de la rentrée. Au bureau, tout le monde avait filé. Finalement, le concierge, qui partait aussi en vacances, supplia Frank de quitter la firme. Il devait fermer l’immeuble pour la quinzaine. Sa femme et ses gosses l’attendaient. Frank rentra chez lui. La nuit avant les vacances, il ne réussit pas à fermer l’œil. Le matin, l’angoisse était à son comble. Il envisagea même, un instant, d’aller visiter des clients, mais il y renonça. La plupart des responsables étaient absents et les entreprises fermées. Finalement, il prit une décision : il partirait lui aussi en vacances. - Pourquoi les autres et pas moi ? C’est une bonne manière d’évacuer mon stress ! Il fit sa valise, monta dans sa voiture et prit la direction du Sud. Après trois heures de route, il s’arrêta pour faire le plein. Un auto-stoppeur l’aborda. Ils allaient dans la même direction et Frank accepta la compagnie du jeune homme. L’auto-stoppeur parlait sans arrêt. De tout, de rien, de ses projets. Frank avait l’impression de n’avoir rien à dire. C’est vrai qu’il n’avait rien à dire. En dehors de son métier, rien ne l’intéresse. Il fallait réagir et vite. L’angoisse le prenait déjà à la gorge. Il se mit en tête de persuader l’auto-stoppeur de payer son voyage. Pourquoi ne participerait-il pas aux frais d’essence ? L’autostoppeur refusa tout net : « Ce n’est pas la coutume ! ». Frank se redressa alors sur son siège et mit sa brillante machine de vendeur en marche. Plus Frank développait son argumentation, plus le jeune homme perdait pied. Au moment où Frank arrêta la voiture pour débarquer le jeune homme, celui-ci, de mauvaise humeur, paya exactement la somme proposée par Frank. Il était aux anges. Cet argent avait été royalement gagné. De plus, Frank avait roulé l’auto-stoppeur de dix pour cent environ sur la consommation réelle d’une voiture de fonction dont il ne payait même pas l’essence. Quelle satisfaction ! Ses sensations étaient identiques à celles qu’il ressentait devant un bon de commande dûment rempli et signé. Frank s’installa dans une petite station balnéaire. Il négocia longuement le prix de la chambre avec l’hôtelière qui finit par lui accorder une ristourne. Les premiers jours, Frank se sentit apaisé. Il se comporta en simple touriste et fit la connaissance de Betty, une jeune femme seule, qui logeait dans le même hôtel. Betty le dragua ouvertement. Elle était blonde, blanche, grasse et appétissante. Elle plongeait ses grands yeux bleus dans ceux de Frank et riait délicieusement. Frank se laissa prendre au jeu. Après tout, il était célibataire ! Pourquoi ne connaîtrait-il pas lui aussi la joie des amours de vacances ? Ils se promenèrent sur la plage. Betty riait à toutes les phrases de Frank. Il se dit qu’un type normal emmènerait Betty dans sa chambre. Ils restèrent silencieux quelques minutes après avoir fait l’amour. Frank aurait voulu briser le silence et son malaise grandissant par une phrase banale, mais il ne trouvait rien à dire et Betty ne riait plus. La jeune femme prononça quelques mots sur la difficulté de l’existence en général et celle des jolies blondes grasses en particulier. Sa bonne humeur s’en était allée avec le désir. Frank se sentait à mal à l’aise. Il commençait à souffrir de crampes. Il ressentait très précisément qu’il n’existait pas quand il ne vendait pas Pris de panique, il se leva d’un bond et arpenta la chambre. Ses yeux tombèrent sur les prix affichés par l’hôtel. Il se rendit compte qu’il avait obtenu une réduction très importante en négociant avec l’hôtelière. Son corps se redressa un peu et une terrible envie de vendre l’envahit. Il lutta quelques secondes contre la pitié que lui inspirait la jeune femme et puis, il lança son attaque : « Betty, tu bois de l’eau minérale ? ». - Oui, évidemment. Il lui vanta la qualité de son eau, rappela le prix élevé des bouteilles plastiques et leur poids. Il se sentait fort et sûr de lui. Il se dit qu’il n’avait jamais été aussi bon. Chaque mot était judicieusement choisi, les silences calculés et surtout, il donnait l’impression à la jeune femme que cette vente ne l’intéressait absolument pas. Seuls, le confort et la soif de Betty avaient de la valeur à ses yeux. Par un heureux hasard, dans sa valise, il avait, pensait-il (il en avait la certitude), un ou deux bons de commande pour des fontaines d’eau de cinquante litres. Elle se défendit encore : « Cinquante litres ? Ce n’est pas trop pour une femme seule ? ». - Le pouvoir amaigrissant de l’eau de source est prouvé scientifiquement. Il avait frappé juste. La jeune femme était tourmentée par son poids.

Elle était prête pour le coup de grâce.

- Les gobelets en plastique sont offerts à l’achat de cent litres d’eau ! Il lui tendit son stylo. Betty, assise, nue, devant la petite table de l’hôtel, signa là, là, et encore ici. Elle se dit que le plaisir de Frank était plus grand au moment de la signature que celui qu’il avait éprouvé un peu plus tôt dans ses bras et puis, elle chassa cette idée ridicule. Frank vendit encore six fontaines pendant ses vacances. Il ensorcela deux couples de retraités, une famille, une autre femme seule, et l’hôtelière. Il gérait bien son stress. Dès les premières atteintes du mal, il trouvait une victime susceptible de satisfaire son besoin de vendre. Sur la route du retour, Frank planait au-dessus des hommes. Ses vacances avaient été un succès. Il avait jugulé ses angoisses et se sentait capable de vendre n’importe quoi à n’importe qui. La radio déversait des nouvelles économiques et Frank sentait combien il était un rouage du monde. Aujourd’hui, Frank reprend le travail. A 8h 30, il se rend chez son premier client quand une mauvaise pensée lui traverse l’esprit : « Et si, malgré tous mes efforts, j’avais perdu la magie de la vente pendant les vacances ? ». Le feu vire au rouge. La voiture s’arrête. Il fait déjà chaud. La vitre de la voiture est baissée. Chacun est à l’abri dans son véhicule. Personne à qui vendre quoi que ce soit. Un garçon de huit ans s’est planté devant la voiture. Colombien ? Syrien ? Gitan ? Sans prononcer un mot, le gosse lui montre une éponge. Il désire visiblement nettoyer le pare-brise en échange d’un peu d’argent. Frank qui lutte contre un début d’angoisse n’a pas la force de dire non. D’un mouvement de la tête, il marque son accord et le gamin se met au travail. Il passe rapidement une éponge sur la vitre et racle l’eau. - C’est mal fait, se dit Frank. L’enfant se présente à lui la main tendue. Pendant une seconde, Frank se demande s’il ne pourrait pas le rouler. Démarrer, argumenter, jouer celui qui n’a pas de fric en poche. Son angoisse s’évanouirait et tout serait réglé. Mais c’est un gosse. Frank veut lui donner une pièce. Zut ! Pas de monnaie. Le feu vient de passer au vert. Il sort maladroitement son portefeuille de sa veste et prend un billet. -Non, c’est trop ! se dit-il. Il veut le replacer dans son portefeuille, mais le gamin décide que ce billet lui convient. Il le prend dans la main de Frank et s’éclipse. Frank est effaré. - Quel culot ! Le feu est rouge. Frank retire précipitamment sa ceinture et sort de son véhicule. Il veut poursuivre le gosse mais il est déjà loin.

- Le salaud ! Le feu est vert. Autour de lui, les voitures klaxonnent. Des types lui montrent le poing et l’insultent. Des hommes en cravate avec des mallettes bourrées de bons de commande. Frank, en sueur, sent qu’il est passé de l’autre côté de la barrière. Trop fragile pour ce monde, il est exclu.

26 juillet 2016

D'occasion

Quoi de plus énergisant pour un auteur que d’acquérir un nouvel ordinateur ? Bon, je l’avoue, il est loin d’être neuf. C’est un ordinateur portable d’occasion mais il s’agit d’une machine superpuissante que je n’ai pas pu m’acheter quand elle est sortie faute de liquidité mais que je peux m’offrir, aujourd’hui, pour quelques centaines d’euros parce que sa technologie et son design sont largement dépassés et parce qu’il a déjà été utilisé par un précédent propriétaire. Qu’importe ! Il est très enthousiasmant d’acheter un nouvel ordinateur même d’occasion. D’abord parce que j’ai vraiment eu l’impression, en sortant de la boutique, de porter mon œuvre future et tellement talentueuse sous le bras. Et puis, un nouvel outil crée l’émulation et l’envie comme, quand gamin, je recevais un nouveau stylo à la rentrée des classes. Cet ordinateur a déclenché une nouvelle et puissante envie d’écrire. Des phrases se bousculent dans ma tête comme des clients dans un magasin le premier jour des soldes. En pensée, je possède déjà le premier chapitre que, modestement, je trouve très réussi. J’ai l’impression que cet ordinateur va enfin me sortir de l’impasse dans laquelle je perds mon temps depuis plusieurs années déjà. A la maison, j’ai voulu me mettre immédiatement au travail. Le vendeur m’avait bien précisé que l’ordinateur était équipé d’un excellent logiciel de traitement de texte et sur ce point-là, il ne m’avait pas menti. J’ai pu facilement créer un nouveau dossier et à l’écran, s’est affichée une magnifique page blanche et lumineuse. Je pouvais me mettre au travail, j’étais prêt. Je le croyais. C’est alors que je me suis rendu compte que certaines lettres sur les touches du clavier étaient presque complètement effacées. L’ancien utilisateur avait dû les utiliser beaucoup plus que les autres. L’impact régulier des doigts avait presque eu raison de ces signes. Pourquoi ces lettres-là en particulier ? Pendant quelques minutes, je suis resté devant l’écran sans rien entreprendre. Toutes les pages que je comptais écrire s’étaient envolées mystérieusement. Bizarrement, mon enthousiasme m’avait quitté. Ces touches effacées me perturbaient. Qu’avait écrit l’ancien propriétaire de l’ordinateur ? Je pensais à son texte et plus du tout au mien. Quelque chose d’important avait été écrit sur ce clavier mais quoi ? Les phrases magnifiques que je me répétais comme on suce un bonbon, s’étaient effacées de mon cerveau. Je ne voyais plus du tout comment débuter mon œuvre. J’ai bien tenté de rassembler mes idées, mais la page restait blanche à l’écran. Qu’avait-il écrit si régulièrement que ses doigts avaient effacés les lettres ? Ma concentration s’était évanouie comme les lettres sur ces touches dégradées. L’obsession avec laquelle l’ancien propriétaire de cet ordinateur avait utilisé certaines lettres me perturbait. Qu’avait-il écrit de si fondamental ? Le N, le A, le I et le E avaient complètement disparu. Rien d’anormal. Ces lettres sont beaucoup utilisées en français. J’ai remarqué le même phénomène pour les signes T, S, E, O et U. En y regardant de plus près, je me suis rendu compte que le N et le V étaient aussi en passe de disparaître. L’ancien propriétaire avait probablement tapé les mêmes mots et seulement ces mots-là pendant des années d’autant que les autres signes paraissaient flambants neufs pour un clavier d’occasion. Qu’avait-il écrit et répété cet obsédé ? J’ai tenté de reconstituer ce qui avait été écrit avec tant de régularité en rassemblant les lettres effacées. Un véritable anagramme. NTSIEUOVA Du slovaque ? Du moldave ? une langue extra-terrestre ? VATNSIEUO Le langage crypté de la C.I.A ? NTIESAVUO Aucun résultat. J’ai eu l’idée de doubler certaines lettres. Le T par exemple qui était presque invisible. ANUOTTVIES Incompréhensible. NIOTTAVSEU Rien. C’est ma fille, fan de scrabble, qui a, finalement, découvert ce que je ne voulais pas voir. TOUT EST VAIN

25 juillet 2016

Contre Djokovic

- Le vin est bon, tu ne trouves pas ?

- Pas du tout, il est dégueulasse et plein de sulfites.

Elle lui a mis l’étiquette de la bouteille sous les yeux et du doigt, elle a souligné deux fois « …contient des sulfites… » Il reconnait volontiers que sa balle était molle. Entamer un échange sur le vin dans un restaurant, rien que de très commun mais bon, elle aurait pu enchaîner sur les les écrits de Jean -Claude Pirotte, Rabelais et pourquoi pas Omar Khayyam et de là sur les interdictions religieuses. Mais non, elle a préféré lui renvoyer une balle impossible à remettre, une balle impossible à jouer. Depuis quelques temps, il trouvait que les conversations avec elle ressemblait de plus en plus à un match de tennis contre Djokovic. Il était incapable de renvoyer ses balles parce qu’elles étaient trop puissantes et trop rapides. En un mot, elles étaient terminales. Coup droit ou revers le laissaient à plusieurs mètres de la balle. Ils ne jouaient plus vraiment ensemble car il était un joueur de tennis médiocre alors qu’elle faisait partie du top. Ses balles flirtaient plus souvent avec les lignes qu’avec lui. - Tu vois, on va passer là, là et là. C’est direct, dit-elle, la carte étalée sur la table. De son côté, il trouvait que l’itinéraire proposé était un détour et le lui dit. - Tu te trompes encore. D’ailleurs, tu n’as jamais été capable de lire une carte ! A nouveau, il ne renvoya rien. Parfois, ses balles étaient limites. Dehors ou dedans ? Impossible de l’affirmer. Ils avaient bien consulté un psychothérapeute de couple, une espèce d’arbitre de chaise qui condescendait parfois à descendre sur le terrain mais qui ne trouvait jamais aucune trace de balles sur la terre battue et qui donnait systématiquement le point à Djokovic. N’est-il pas numéro un mondial ? Malgré le score largement en sa défaveur, il continuait à jouer parce qu’il aimait le jeu. Courir, espérer, sentir battre son cœur et même rater : C’est la vie ! Les coups ratés sont parfois les plus beaux. De temps en temps, il réussissait un coup correct qui le remplissait de fierté même si, au final, le point était encore perdu. Rien à faire quand on joue contre Djokovic. Pendant un match où le score était particulièrement sévère et les échanges impossibles, il abandonna la partie. Il suivit sa carrière de loin. On ne joue pas au tennis pendant vingt ans sans tisser des liens très intimes avec l’adversaire. Elle gagna encore des matches ? Certainement. Par abandon ? Le plus souvent. Et des tournois ? Evidemment. Les tournois du grand Chelem et les autres. Longtemps, elle est restée numéro 1 mondial.

24 juin 2016

Laïcité et politique migratoire

Qui sont les barbares ?

Nos ancêtres ont utilisé la religion comme instrument « d’exportation de la civilisation ».

Ce fut le cas pour la conquête de Jérusalem en 1099 par Godefroid de Bouillon et Pierre L’ermite. Ce fut le cas du projet colonial dès la conquête de l’Amérique latine par Christophe Colomb - au nom de l’universalisme catholique - et en Afrique, au nom de la civilisation chrétienne. 

Les peuples colonisés ont puisé dans leurs racines culturelles et cultuelles les ressources nécessaires pour s’opposer à l’envahisseur/prédateur/esclavagiste. Ce dernier, pour justifier ses conquêtes, revendiquait la mission divine, civilisatrice universaliste.

Parmi ces rebelles, citons, entre autres :

Les Indiens Mapuche au Chili

Les Kibanguistes au Congo

Les moines bouddhistes s’immolant par le feu au Vietnam pour dénoncer l’impérialisme guerrier durant les années 60-70.

Le peuple tunisien face à la prédation d’une dictature soutenue par le système économique néolibéral. 

Avez-vous lu Franz Fanon ? 

Peut-on supposer que, parmi ceux qui se ressentent comme les « damnés de la terre » et qui ont commis ces crimes odieux au Bataclan à Paris et en d’autres lieux du monde, certains considèrent, quelque part dans leur subconscient, qu’il s’agit d’un juste retour des choses ?

Quand nous sommes allés chez eux, c’est pour les dominer, les exploiter, les convertir. C’était cela le colonialisme.

Quand ils viennent chez nous, c’est pour travailler là où nous ne voulons plus travailler. C’était vrai pour les Marocains dans les charbonnages du Limbourg et les Marocaines dans nos bureaux à Bruxelles. 

En outre, à propos de l’Islam, ne nous trompons pas. Cela fait plus d’un millénaire que l’Occident chrétien lui en veut d’exister et d’avoir choisi Jérusalem pour deuxième lieu saint. 

J’entends dire ici et là en France et en Belgique que la communauté issue de l’immigration maghrébine serait aujourd’hui honteuse… Je demande à entendre et à comprendre, car je rencontre nombre de jeunes issus de l’immigration qui participent à un effort permanent pour s’émanciper de l’aliénation culturelle et cultuelle produite et reproduite (réactualisée) par le colonialisme. 

L’écrasante majorité d’entre eux le font en adoptant les éléments nécessaires à l’élaboration d’une société modernes. Ces éléments sont d’ordre pacifique et national. Ils intègrent les aspects universels, notamment les valeurs de droits humains issues de 1789. Dans le même temps, ils entendent combattre l’exploitation dont ils se sentent victimes et puisent dans leur bagage culturel et cultuel les raisons de leur propre dignité, tant individuelle que collective.

Quand j’entends, lis ou vois le nombre de laïques athées ou agnostiques s’émouvoir et dire leur admiration envers le bon pape François, je me rends compte qu’en Occident aussi les ramifications culturelles et cultuelles sont parfois enchevêtrées et, aujourd’hui encore, largement utilisées. La belle image de François opposable à la barbarie sanglante de Daesh…

A propos de barbarie…

Les guerres de l’OTAN : Bosnie, Kosovo, Afghanistan, Irak, Libye, Syrie ont toutes pour motivation annoncée la défense du « monde libre ». Dans les faits, dès la chute du Mur et le démantèlement du Pacte de Varsovie en 1990, l’Otan va se découvrir une nouvelle mission en prétendant défendre les intérêts de la « Communauté internationale ». Une fois encore, l’OTAN, qui représente environ 10 % de la population mondiale, s’arroge le droit de la défense mondiale de la liberté, de la démocratie et de l’économie de marché.

En 25 ans, les guerres de l’OTAN ont causé des millions de victimes parmi les populations civiles et ce, quasi exclusivement dans les régions du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, c’est-à-dire dans le monde musulman.

Durant ces guerres très actuelles, ce sont les mêmes services de l’OTAN qui ont discipliné les services d’information et les mass médias en vue de nous fournir leur version des événements. 

Si nous voulons contribuer à rétablir ce qui grandit l’humanité dans sa recherche de progrès vers plus de liberté, d’égalité, de fraternité entre les individus et les collectivités, nous devrons sortir de la vision unilatérale qui nous est imposée, celle du concept de « civilisation occidentale », de sa défense et de la lutte contre les terroristes ; à savoir tous ceux qui contestent notre hégémonie basée sur la force.

Toutes les guerres menées aujourd’hui par - ou avec - l’OTAN bafouent, violent l’ensemble des valeurs que nous prétendons défendre. Celles de la démocratie et de l’Etat de droit.

Image: 
20 septembre 2017

L'oracle

On ne parle plus que de lui en ville, dans le rues, les dîners et à la télévision, l’ophtalmologue qui prédit l’avenir. - Quoi ! Tu n’es pas encore allé le voir ! Tu es dingue ! Cet homme va révolutionner ta vie comme il a révolutionné la mienne. En trois séances, tu sauras tout sur ton avenir. Même les vieux vont le voir ! Et la presse en parle. Il faut absolument que tu y ailles ! affirment ses amis. Connaître son avenir, c’est nouveau, c’est inédit : c’est excitant ! Tu pourras mieux organiser ta vie, tu pourras anticiper ! Les plus pervers ajoutent : « Tu as peut-être peur d’y aller, peur de découvrir ce que l’avenir te réserve. A présent, moi, je sais. » C’est vrai qu’il a l'impression de tourner en rond. Connaître son avenir l’aiderait peut-être à prendre les bonnes décisions. Pour se sentir mieux, il ne reste plus qu’une chose à faire : y aller chez l’ophtalmologue. D’autant que, comme tout le monde, il est curieux de savoir de quoi sera fait son futur, ce qui l’attend demain. Il téléphone, donc, pour prendre rendez-vous. - Je ne peux pas vous donner de rendez-vous avant six mois, répond la secrétaire. Tout le monde veut rencontrer l’ophtalmologue. Six mois, c’est long mais d’accord. Le plus important est d’obtenir un rendez-vous. Il rencontrera l’ophtalmologue au mois de mai de l’année prochaine. Le12. Ouf ! Depuis qu’il a pris rendez-vous, ses amis relâchent la pression à propos de l’ophtalmologue. Une femme lui dit même : 6 mois, quelle chance ! J’ai réussi à obtenir un rendez-vous dans cinq ans. Cinq ans, c’est long quand on ignore ce va arriver ! - C’est bien vrai, dit-il. Heureusement, les six mois s’écoulent rapidement. Quelques jours avant le rendez-vous, il sent monter la pression. Il ne trouve plus le sommeil. De quoi sera fait mon avenir ? Qu’est-ce qui m’attend ? Le grand jour arrive enfin. La salle d’attente est pleine comme un œuf de myopes de la vie. La secrétaire lui rappelle qu’il faut payer avant la séance. C’était très cher mais le jeu en vaut la chandelle. L’ophtalmologue est un petit homme enthousiaste, maigre et chauve en blouse blanche. En quelques mots, il explique à son visiteur son procédé révolutionnaire. Le cerveau du patient est relié à un ordinateur qui prédit l’avenir du sujet sur la base de ses carences visuelles. - Ma théorie est basée sur l’idée que le myope ne veut surtout pas voir ce qui l’attend dans le futur. Une mauvaise vue ne serait qu’une défense, rien de plus. Le patient s’installe dans l’unique fauteuil du cabinet. L’ophtalmologue lui place un appareil muni de verres optiques devant les yeux. Le tout est relié à l’ordinateur. - Ma méthode fonctionne en trois étapes. Pendant les deux premières séances, l’ordinateur va étudier votre cas et vous donner des sujets de réflexion. Vous découvrirez votre avenir lors de la troisième séance. Attention, je mets le programme en route. Des lettres vont apparaître. A présent, si vous en êtes capable lisez ce que vous voyez à l’écran : Attention, c’est parti ! Des lettres vont s’afficher. Voilà ! : Vous êtes seul à disposer de votre avenir. L’ophtalmologue laisse quelques secondes de réflexion au patient puis retourne à son bureau pour prendre des notes. - C’est tout ? demande le patient, déçu. - En ce qui concerne l’examen ophtalmologique, oui, répond le médecin mais méditez longuement sur ce que l’ordinateur vient de vous révéler et revenez la semaine prochaine pour la deuxième séance. C’est à la troisième que vous connaîtrez votre avenir.

Aujourd’hui, c’est déjà la deuxième séance. Il a passé la semaine à méditer sur ce que lui a révélé l’ordinateur et pense avoir compris le message qui lui a été délivré. Il part à son rendez-vous, le cœur léger. L’ophtalmologue est un génie, son programme, révolutionnaire. Pourquoi ne pas l’avoir contacté plus tôt ? Que de temps perdu ! Le rituel est le même : payer avant la séance, attendre son tour, chausser les vers optiques et lire le message révélé. Voilà !:Tout ce que vous ferez pourra être retenu contre vous

Réfléchissez à ce que vous venez de lire et revenez me voir la semaine prochaine pour la dernière séance qui sera capitale, dit le médecin en lui serrant la main. La nuit qui précède la troisième séance, il ne dort pas. Que lui réserve l’avenir ? Que va dire l’oracle ? Il tourne et retourne toutes les possibilités que lui offre le futur. Une rencontre ? Une bonne surprise ou une mauvaise ? Quand, au matin, le réveil sonne, il n’a pas fermé l’œil de la nuit. Il sort de chez lui, tout excité : Il va enfin savoir ! Chez l’ophtalmologue, la salle d’attente est bondée et le temps, long. Encore ces trois hommes, ensuite ces deux femmes, une vieille, une jeune, et puis, c’est à lui. Son tour arrive enfin. Il se lève, son cœur bat comme un fou dans sa poitrine. - Voilà le grand jour, lui dit l’ophtalmologue en lui serrant sa main. Le patient ne répond rien car sa bouche est trop sèche et les mots lui manquent. Ce n’est qu’assis dans le fauteuil du cabinet, l’appareil optique devant les yeux qu’il retrouve un peu de sérénité. - Vous êtes prêt ? demande le médecin. - Oui. - Attention, découvrir son avenir peut être un choc - Je m’en doute, répond le patient en s’accrochant aux bras du fauteuil. C’est parti ! dit le médecin en mettant l’ordinateur en route.Votre avenir va apparaître à l’écran ! Voilà ! : 

Quand il prend congé de l’ophtalmologue, il n’est même pas déçu. C’est vrai qu’il n’a pas été capable de déchiffrer son avenir mais en écarquiillant les yeux, en se concentrant il a cru discerner des fragments de mots, des traces, des signes, des lettres comme des gens, les contours probables d’une phrase dans le brouillard. Il y a quelque chose là-bas, au loin, droit devant et c’est déjà çà.

19 septembre 2017

Reportage : « L’Aérosol » Paris, a place to be ?

 

Reportage : « L’Aérosol » Paris, a place to be ?

Si Paris vaut bien une messe, l’Aérosol vaut bien une visite, voire deux ! Une première pour faire connaissance, savoir où on met les pieds, une seconde pour voir et complimenter quelques graffeurs.[1]

L’Aérosol, dans le chapeau de son site Internet, présente ses objectifs. Je vous le livre brut de décoffrage :

« Implanté dans le 18ème, berceau des cultures urbaines en France, le 54 rue de l’Evangile, s’apprête à devenir pendant 6 mois, la place forte de l’art urbain. Une exposition phare, un lieu de vie en perpétuel mouvement, des animations initiatrices de rencontres, de créations et d’émotions, un espace catalyseur d'énergies, de partages, de fêtes hautes en couleurs.

Notre objectif est de faire de cette occupation temporaire[2] sur ce site industriel[3]un espace permettant à la fois de s’interroger collectivement sur la manière de réinventer le quartier, de construire un trait d’union entre la Chapelle[4] et Rosa Parks[5] afin d’amorcer la transformation en véritable quartier de ville. Cette expérience permettra de poser les premières pierres d’un partenariat solide entre Maquis-Art et Polybrid dont l’ambition à terme est de faire naitre une agence à même de se positionner sur d’autres lieux - temporaires ou pérennes - dédiés aux cultures urbaines et d’inventer de nouveaux formats. »

Hall of Fame / Musée / Dj sets & Lives / Espace chill / Markets / Skate / Roller dance / Food / Buvette / Street Art / Bdthèque / Murs d'expression libre »

Je vois que vous haussez les sourcils, que vous vous grattez le menton. Je comprends ! Vous ne parlez pas la langue des communicants et le parler-jeune de ce début de XXIème siècle ! Votre culture est vintage ! Qu’à cela ne tienne, je vous propose une traduction, disons assez libre :

Un marchand de matériel pour les street artists, Maquis-Art, s’est associé à une agence d’ « événementiels », Polybrid, pour « exploiter » ( le mot n’est pas trop fort), d’août 2017 à janvier 2018, une « friche industrielle », constituée d’un vaste hangar bordé sur un côté d’une dalle de 2000 m 2. Sur la dalle, le « hall of fame » (bon, c’est pas vraiment un hall et les artistes ne sont pas vraiment célèbres). Il faut entendre par là que le mur extérieur nord du hangar est peint de fresques de grandes dimensions, fresques réalisées par des artistes « connus » (du moins, connus de leur famille et du milieu fermé du street art parisien). Les jeunes urbains, un peu « arty », peuvent consommer : de la nourriture à la mode, des boissons, des bombes aérosol, des casquettes, des besaces (une boutique de Maquis-Art est aménagée à l’intérieur du musée), des tatouages, de la musique techno. Ils peuvent glander autour d’un verre de bière, faire de la planche à roulettes sur la dalle, du patin à roulettes, peindre sur un petit muret faisant face au mal-nommé hall of fame, feuilleter des bandes-dessinées, faire la fête- la teuf, quoi ! ). Le musée est la caution culturelle de l’entreprise.

Laissons tomber le prétexte urbanistique, relier le quartier de La Chapelle à la gare RER, réinventer le quartier et tout le toutim…Le lieu fermera en janvier prochain et les plans d’un éventuel et hypothétique nouveau quartier bâti sur les friches SNCF n’existent pas et quand bien même, l’Aérosol aura disparu corps et biens avant le premier coup de pioche des démolisseurs (on dit maintenant des « déconstructeurs »)

Malgré mon goût modéré pour les entreprises commerciales cachant (mal) leurs objectifs derrière le vocabulaire de la communication et du parler-jeune, il faut bien convenir que « L’Aérosol », a, à mon sens, un certain intérêt.

Excluons les murs d’expression libre dont le seul intérêt est de voir des artistes débutants peindre quelques mètres carrés d’un méchant mur. Notre « hall of fame » est une succession sur une centaine de mètres de fresques de grandes dimensions. Leurs auteurs sont des artistes qui ont été choisis par l’organisation. Bien qu’inégales les œuvres sont intéressantes à plus d’un titre : elles permettent de découvrir le talent d’artistes émergents et proposent un éventail assez représentatif du street art aujourd’hui en France (le style old school y côtoie le lettrage et l’abstraction etc.). Cela est vrai également des fresques peintes sur les murs intérieurs du hangar. Ajoutons, que la vie des œuvres est brève. Elles sont recouvertes par d’autres régulièrement ce qui a pour conséquence d’inciter les visiteurs à fréquenter régulièrement le lieu (et à consommer les produits susmentionnés !).

Le musée présente des œuvres patrimoniales de 1940 à 1990. Son intérêt est certain (j’y reviendrai plus longuement dans le prochain billet). C’est un vrai musée présentant des œuvres de bonne qualité.

En conclusion, partielle, non définitive et subjective. Certains esprits chagrins, comme le mien, pourraient penser que « L’Aérosol » surfe sur la vague de la culture hip hop, qui n’est plus underground depuis longtemps. L’utilisation des bâtiments « en déshérence », non comme un lieu d’exposition des œuvres de street art, mais une passionnante appropriation par des street artists d’espaces [6]serait-elle vouée à une forme nouvelle de « commerce » ? L’art urbain qui porte des valeurs émancipatrices voire libertaires est-il « récupéré » par la consommation de masse ? Les street artists ont-ils d’autres choix que de passer sous les fourches caudines du libéralisme pour faire connaître leur talent et vivre de leur art ?

Bonnes questions (ce sont les miennes !), mais questions qui ont dans l’histoire trouvées des éléments de réponse. La compréhension des objectifs véritables des « marchands », des industriels et des financiers permet de mettre à distance les propositions commerciales et de récupérer la situation à son profit. Ainsi, lors de ma visite, j’ai vu des dizaines d’œuvres qui sont, pour les artistes, d’authentiques manifestes de leur talent et aux cimaises du musée des dizaines d’œuvres remarquables à tout point de vue.

Faut-il encore s’étonner des « liaisons dangereuses » entre l’Art et l’argent ! A la conscience des enjeux marchands par le visiteur correspond l’intelligence (au sens proche) des artistes des circuits de la marchandisation de leur production. Tous les connaissent sur le bout de leurs doigts tachés de peinture acrylique (rôle des galeristes, des festivals, de la presse-papier et web etc.). C’est en toute connaissance de cause qu’ils acceptent les propositions qui leur sont faites. Je ne connais pas de « victimes » dans ce milieu dans lequel les acteurs sont des partenaires qui partagent des objectifs voisins.

L’ouverture du musée de « L’Aérosol » a été présentée comme un événement. Il est vrai que ce musée provisoire pour l’heure est postérieur à la création d’Art 42, présenté par la presse comme le premier musée dédié au street art. Dans les faits, le patron de Free a accepté d’accrocher dans les locaux de l’école de son entreprise, 96 boulevard Bessières, les toiles d’une collection privée. Nul n’est besoin d’être grand clerc pour penser que les retombées en termes d’image pour Free sont positives et que la collection de M. Nicolas Laugero Lasserre est valorisée.

Les deux « musées » du street art comblent une lacune. Paris qui est un haut- lieu mondial du street art n’a pas de musée dédié. Cela peut s’expliquer de différentes manières : les œuvres « remarquables » rejoignent les circuits marchands de l’art contemporain et intègrent les collections ; les institutions redoutent un effet de mode qui ferait retomber le street art à court terme dans les poubelles de l’Histoire ; last but not least, les crédits sont à l’étiage voire à sec. Les collectivités locales et l’Etat doivent prioritairement entretenir les musées et enrichir leurs collections pour résister à la concurrence qui fait rage entre les Grands musées. La concurrence est internationale et les prix des œuvres explosent (c’est vrai également des œuvres de street art). La nature ayant horreur du vide, des « marchands » s’engouffrent dans la brèche grande ouverte.

 

La visite de « L’Aérosol » est l’occasion de passer un moment agréable (to Chill), de s’initier aux divers courants du street art français, de commencer à se construire une culture savante de ce mouvement qui impacte si fort la création contemporaine.

Not too bad, comme disent les djeunes.


[1] Le mot « graffeur » désignant les street artists semble s’imposer par l’usage. Il désigne les artistes qui interviennent dans le champ urbain, sans connoter les moyens d’expression (peinture, collage, pochoir etc.)

[2] Fermeture du site le 31 janvier 2018.

[3] Le site, la halle Hébert, est un ancien dépôt de la SNCF.

[4] Le quartier de La Chapelle, dans le 18ème arrondissement de Paris.

[5] Gare RER récemment construite dans le 19ème arrondissement, en limite du 18ème.

[6] CF : Loft du 34, Lab 14, la tour 13 etc.

Image: 

L'intérieur du hangar. Une fonction polyvalente. Les murs sont décorés de fresques.

Un espace détente que les visiteurs s'approprient comme bon leur semble.

Un "petit coin" aménagé pour boire un verre entre amis.

La dalle (buvette, food trucks, hall of fame, skate etc.)

La buvette (fresque de Madame)

Superbe fresque haute de plus de 15m peinte par Swed Crew

Détail d'un Corto Maltese (Jow.L)

Le musée.

18 septembre 2017

"L'image était avant"

&

Image: 

Image ? Impossible...
On ne sait jamais pourtant
Si en tendant
Vers mes propres yeux
Le temps qu'il faut
Émerge un cheval d'oreille

Images ? Etats d'âmes...
Sur l'astre Voisinage
Vous avez tort
À travers
Le trou du lapin
D'être promesses périmées

Image ? Fertile erreur...
Elle opine
Entend un secret
Au plus profond
Après
Toute évasion
D'ombres sans mémoire

Images ? Sors, avenir...
Aucune trace d'usure
"L'image était avant"
Disait Asger Jorn
Le Cobra
On ne sait jamais où
Flottent les regards
Sur les couleurs
De l'astre Voisinage

fromont, 2017

15 septembre 2017

Macron : on commence à douter

Vendredi 1er septembre

 Candidat à la présidence du parti LR, Laurent Wauquiez se présente comme le disciple de Nicolas Sarkozy. S’il est sans doute fidèle dans les options, il innove dans les méthodes. Son maître voulait pendre Dominique de Villepin à un croc de boucher. Lui, il veut couler Nathalie Kosciusko-Morizet dans le béton.

                                                                       *

 Réforme du code du travail version Macron : le patronat est content, les syndicats sont déçus, Mélenchon est furieux. Rien que des évidences.

Samedi 2 septembre

 La sixième édition du festival Les Inattendues de Tournai est à la hauteur des cinq précédentes. La communion fructueuse entre la musique et la philosophie fonctionne à merveille et la foule est au rendez-vous. Aristote et Haydn, Kant et Bach, des couples qui s’harmonisent comme par enchantement. On rencontre aussi de l’improvisation, lorsque Francesco Cafiso, pianiste, flûtiste et saxophoniste prodigieux, s’intercale dans des dialogues de Boris Cyrulnik et Cynthia Fleury agencés par Martin Legros. Il y a même des moments de grâce, comme lorsque l’époustouflant comédien Thomas Coumans récite le Ainsi parlait Zarathoustra de Nietzsche, des paroles puissantes entrecoupées d’interprétations de Strauss en deux pianos tellement bien assortis, Éliane Reyes d’un côté, Jean-Claude Vanden Eynden de l’autre. Des heures d’apprentissage, de réjouissance et d’émotions. Transformation du plaisir en art de vivre. Métamorphose du frisson en cadences de savoirs et en leçons de choses. Vive la vie !

Dimanche 3 septembre

 Les dingues de la Corée du Nord continuent à narguer le Japon, les Etats-Unis, et bien entendu les voisins du sud. Un 6e essai nucléaire vient d’être accompli. L’ONU prendra des sanctions sans qu’aucun de ses membres ayant le pouvoir de veto ne l’utilise. Mais on attend davantage de la Chine. Car le docteur Folamour de Washington pourrait bien entrer en scène.

                                                                       *

 Un député macroniste d’origine marocaine – qui avait sollicité l’investiture du PS avant de passer sous l’étiquette LERM – frappe Boris Faure, député socialiste, à coups de casque de moto, le laissant dans un état comateux, toujours maintenu à l’hôpital. La presse relate les faits et croit savoir que la victime aurait lancé une injure. On est presque sur le point de pardonner le geste violent. Si l’inverse s’était produit le député Faure aurait été traîné devant les tribunaux et la Cour des droits de l’Homme, étiqueté raciste jusqu’à la fin de sa carrière.

Lundi 4 septembre

 Emmanuel Macron avait prévenu : sous son règne, la droite et la gauche n’existeraient plus. On travaillerait la main dans la main au bien-être des Français et au développement de l’Europe, quelle que soit la tendance des ministres. Á Bercy, sous la bénédiction de Bruno Le Maire, des ministres de droite se retrouvent régulièrement pour échanger, mine de rien. Ayant eu connaissance de cette pratique, au Quai d’Orsay, Jean-Yves Le Drian a décidé d’accueillir régulièrement un groupe de ministres de gauche, pour parler… Chez Les Républicains, Laurent Wauquiez a beaucoup de chances de remporter la compétition présidentielle. En présentant sa candidature, il a souligné qu’il voulait diriger un parti de droite, « une droite qui soit vraiment la droite »… Et il ajouta : « une droite qui ne s’excuse pas ». Alors  qu’il voulait rassembler au-dessus du clivage des partis Macron semble plutôt radicaliser le paysage politique de son pays. Quand Jupiter veut chasser le naturel, les vieux démons sortent de sa cuisse ventre à terre.

                                                                       *

 Au début de l’année 1897, Jules Renard rencontre un jeune homme et le décrit dans son journal  « prodigieux causeur qui montre de surprenantes richesse de cerveau, une fortune. » C’était Paul Valéry (qui avait déjà 26 ans, seulement 7  de moins que Renard …)

Mardi 5 septembre

 Il est toujours très imprudent d’établir des pronostics – même à courte échéance – eu égard à une crise en cours. Á la suite du récent essai nucléaire déclenché par Kim-Jong-un, les États-Unis ont demandé « les sanctions les plus sévères possibles ». Compte tenu de la nature provocatrice du geste coréen et des positions récentes du Conseil de Sécurité, on pouvait imaginer que la position américaine serait suivie. Or voilà que Vladimir Poutine déclare qu’il est opposé à toute nouvelle sanction contre la Corée du Nord. Son représentant usera donc sûrement du droit de veto. La Chine semble lui emboîter le pas. Ce geste humaniste de Poutine n’a rien de philanthropique. La condition du peuple coréen lui sert juste d’argument pour démontrer qu’il n’est pas le béni oui-oui de Trump, lequel doit fulminer, ce qui n’arrange rien.

                                                                       *

 François Hollande prend officiellement la présidence de la Fondation La France s’engage. 30 millions de budget annuel pour encourager l’innovation sociale. Les observateurs se demandent s’il sera candidat en 2022. Et je te dis qu’il n’a aucune chance, et je te dis qu’il peut se révéler fort d’expériences, et va pour les spéculations, et va pour les références historiques… Dieu que ces gens que l’on croit spécialistes sont … Non, on ne peut pas le dire, sous peine d’être accusés de porter atteinte à la liberté d’expression.  Qui peut raisonnablement pronostiquer la compétition présidentielle qui aura lieu dans cinq ans ? Et d’ailleurs, quel est l’intérêt d’aborder cette question-là aujourd’hui ? Quelle est l’intelligence d’en discuter ?

                                                                       *

 Si les statuts du parti macroniste La République en Marche (LREM) renferment bien les termes traditionnels pour qualifier les organes de direction (Convention nationale, Conseil général, Bureau exécutif…) les journalistes mentionnent souvent l’expression « Conseil d’administration ». On se demande bien pourquoi ! Serait-ce un lapsus révélateur ?

Mercredi 6 septembre

  Harvey a fait des ravages sur le Texas et à Houston en particulier, Irma cause des morts dans les Antilles, Jose et Katia sont en route. D’où vient ce tic retors et vicieux qui consiste à décerner de jolis prénoms à des typhons et des ouragans ?

                                                                       *

 Il fallait s’y attendre : après quelques mesures impopulaires touchant les couches fragiles de la société, Emmanuel Macron apparaît désormais comme le président des riches. Il lui faudra ramer pour se défaire de cette étiquette.

                                                                       *

 D’André Malraux, une phrase qui a plus de soixante ans d’âge : « Un pays sans sculpture ni peinture est pour moi un pays muet, d’où la faiblesse de nos relations avec l’islam. »

                                                                       *

 Ôtez-moi d’un doute, film de Carine Tardieu, est une charmante histoire oscillant d’un quiproquo à une situation vraisemblable et inversement, un ensemble parfois un peu tiré par les cheveux ou cousu de fil blanc. Mais le couple formé par François Damiens et Cécile de France fonctionne très bien et le sourire de Guy Marchand est toujours agréable à retrouver.

Jeudi 7 septembre

 Jusqu’aux années soixante, la pollution d’une rivière se traduisait par un articulet dans la page des faits divers. Aujourd’hui, c’est un événement présenté à la une. Au cours des années septante, les agressions, colis suspects, menaces étaient traités dans les pages de faits divers. Aujourd’hui, ce sont des actes qui supplantent le reste de l’actualité. Au début du siècle, l’attaque à l’arme blanche d’un individu contre un agent de sécurité ou de police était un fait rare. Désormais, le fait est événement car il devient fréquent.  Il serait sage de compulser les pages de faits divers afin de déceler ce qui dominera la société demain.

                                                                       *

 Jeanne Balibar et son ex-compagnon Mathieu Amalric se sont laissé envahir par la personnalité de Barbara, son charme, son talent, ses tics, ses gestes, ses paroles, ses caprices, sa poésie. Il fallait donc être Barbara, vivre Barbara, chanter Barbara, parler Barbara, composer Barbara, authentifier Barbara. Jeanne Balibar a réussi une performance admirable. Ce film, Barbara, n’est pas émouvant. Il est envoûtant.

                                                                       *

 Pas rancunière, Bruxelles célèbre le cent-cinquantième anniversaire de la mort de Baudelaire. L’occasion de se souvenir qu’un certain Barbara, Charles de son prénom, directeur d’un journal orléanais, lui fit découvrir Edgar Poe, l’auteur américain que Baudelaire traduisit sans maîtriser la langue anglaise. Il n’y a évidemment aucun rapport entre Louis Charles Barbara (1822 – 1866), ami de Champfleury, et la chanteuse honorée par Amalric et Balibar.

Vendredi 8 septembre

 Image somptueuse hier soir depuis Athènes : Macron à la tribune, dans un cercle de lumière avec dans le fond l’Acropole, lui aussi éclairé. Un ton d’homélie. Des paroles pour annoncer la relance de l’Europe par une initiative qu’il proposera aux vingt-six partenaires après les élections allemandes. Côté spectacle, c’est grandiose. On espère que les actes suivront les paroles. Car sur ce plan-là, on commence à douter.

                                                                       *

 Le grand changement dans cette rentrée des classes n’est pas  souligné. Pourtant, il marque un tournant capital dans la manière d’enseigner donc, dans les répercussions que les méthodes d’apprentissage auront sur les mécanismes sociétaux à venir. La plupart des professeurs commencent leurs cours en disant : « Je vous rappelle vous êtes priés d’éteindre votre téléphone pendant la durée du cours ». D’autres – encore une petite minorité – déclarent : « Veuillez allumer votre téléphone ; le cours va commencer ». L’ère du numérique rogne quelque peu l’usage du livre. Elle ne le supprimera pas de sitôt mais il conviendra de trouver un juste équilibre entre les deux outils.

Samedi 9 septembre

 La presse européenne qui, durant toute la campagne, avait souligné les convictions de Macron en y décelant un apport très positif en faveur de la défense et du renforcement de l’Union, se met à douter de l’efficacité du président français. Pour le moment, elle n’y découvre que des mots solennels et des mises en scène remarquablement étudiées. Ainsi, d’Athènes, le discours qui se voulait de portée historique a été moins commenté que la tenue et les déambulations de Brigitte, l’épouse. Soit. Attendons, comme il le précise, le scrutin allemand. C’est déjà dans quinze jours. On verra ce qu’il déposera sur les tables du Conseil. Et l’on évaluera surtout comment ses propositions seront accueillies…

                                                                       *

 Irma n’est pas douce. Elle ravage tout sur son passage. 6,3 millions d’habitants de Floride sont priés de fuir vers le nord. Miami est transformée en ville fantôme. On dit déjà que le Ciel démontre à Trump qu’il doit revoir sa position sur le climat. Si, déjà, il ne croit pas que l’ouragan a été déclenché par Kim-Jong-un, un pas aura été accompli dans le bon sens.

Image: 

Une mise en scène féérique. Photo © Youtube

11 septembre 2017

Tout est prévu

&

Image: 

Tout est prévu
Aux limites du raisonnable
Ange s'égare
Dans un modeste rêve
Et regarde
Bouche bée
Un monde rétréci
De la taille d'un nuage
Ange frôle la surface d'une île
Aux senteurs vagues
Tout est imprévu
Aux limites du raisonnable
Le monde s'élargit
Dans un cauchemar soudain
Un océan et ses marées
Une forêt et ses branches
Un désert et ses dunes
Une ville et ses aventures
Une plongée sans regret
Un moment sans
Retour

10 septembre 2017

L'assassin

Ce genre de nouvelle tombe toujours au plus mauvais moment. Le matin même où Vincent doit rencontrer un gros client pour finaliser une énorme vente, un médecin lui annonce que sa mère a fait un grave malaise dans la nuit. Elle est aux soins intensifs. - Elle a demandé à vous voir, dit le médecin. Chambre 241. Vincent roule déjà vers son rendez-vous quand il apprend la nouvelle. - Merde, merde ! Pourquoi aujourd’hui ? Pourquoi ce matin ? Ce contrat, il ne peut pas le rater ! Il hésite. Sa mère ou le client ? Finalement, il choisit se de comporter en bon fils et d’aller voir sa mère. Dix minutes, pas plus. Dans le couloir des soins intensifs, il pose des questions aux infirmières sur l’état de sa mère. Il est important d’être vu, important que tout le monde sache qu’il est passé la voir. Les nouvelles sont mauvaises mais les infirmières sourient. Elles sont entrainées pour. Vincent insiste pour rencontrer le médecin qui l’a appelé ce matin. Il veut absolument le voir. Pas pour écouter son diagnostic mais pour lui montrer qu’il est  venu voir sa mère, pour le convaincre qu’il est un bon fils. Quand il pénètre dans sa chambre, c’est le choc. Il n’imaginait pas qu’un jour elle serait si vieille, si pâle, si décharnée. Des câbles la relient à une machine qui donne des informations incompréhensibles Sa bouche édentée est grande ouverte comme s’il ne restait plus rien à respirer. En face du lit, une horloge poursuit sa route. Il s’approche du lit. Elle l’observe. C’est une bonne chose. Elle pourra dire à tout le monde qu’il est venu la voir. Il pose les questions d’un bon fils à sa mère malade. Il avait toujours voulu être un bon fils mais n’avait jamais vraiment réussi à décrocher ce rôle. - Tu as mal ? - Les infirmières sont gentilles avec toi ? Elle répond que les infirmières sont gentilles et qu’elle ne souffre pas. Il observe discrètement l’horloge mais elle surprend son regard : « Tu ne vas pas t’en aller, hein ? » - Non, non. Il avait prévu de rester dix minutes mais sept minutes se sont déjà écoulées Elle le regarde avec une intensité qu’il ne lui connait pas. Il a l’impression d’être devenu son dernier lien avec la vie, la dernière amarre. Peut-être qu’elle l’aime, finalement, son unique enfant. - Tu ne vas pas t’en aller, hein ? demande- t-elle encore. Sa voix est faible, à peine audible, plus qu’un léger souffle. Il comprend que c’est la fin. - Non, non. Huit minutes, à présent. Il attend le bon moment pour s’en aller. L’entrée d’une infirmière ou d’un médecin. Un évènement qui lui permettrait de se lever et de quitter la chambre. Il ne dit plus rien à présent. Il a épuisé toutes les questions du bon fils en pareilles circonstances et ne trouve plus rien à ajouter. Neuf minutes. Elle semble s’être assoupie mais soudain, elle rouvre des yeux pleins de terreur et le regarde, paniquée : « Vincent, tu ne vas pas t’en aller, hein ? » - Non, non, répond-il. Elle est rassurée et referme les yeux. Dix minutes. Cette fois, elle dort, c’est sûr. Il se lève sans bruit et quitte la chambre à pas de loup sans se retourner. Il traverse à toute vitesse les couloirs de l’hôpital jusqu’au parking. Avant de démarrer, il ouvre son coffre pour vérifier que son cartable et ses bons de commande sont bien là. Il démarre. Il ne sera pas trop en retard, finalement. Son client ne lui fait aucun reproche mais Vincent tient à lui expliquer qu’il a trois minutes de retard parce que sa mère a fait un malaise cette nuit et qu’il est passé la voir à l’hôpital. - C’est tout naturel, répond le client. Vincent en profite pour sortir le bon de commande de son cartable. Habituellement, ce client lui achète 25 tonnes métriques de « Rudor », un insecticide très puissant qui sera bientôt interdit sur le marché européen parce que les enquêtes ont révélé une hausse des cancers dans les régions où le »Rudor » est utilisé. Vincent est au courant pour les cancers mais il faut bien vivre. Le client sait que l’insecticide qu’il achète à Vincent et qu’il revend aux agriculteurs sera bientôt interdit par la Commission européenne. C’est le moment pour Vincent d’abattre sa dernière carte : « Vu les circonstances, je vous propose d’en prendre 100 tonnes métriques cette fois. Ainsi, vous serez certain de ne pas en manquer. Il est sur le point d’ajouter que le surplus, le client pourra toujours le revendre au noir mais ce n’est pas nécessaire, il a compris. - Bonne idée, répond le client en signant le bon de commande. 100 tonnes métriques ! Vincent ne peut s’empêcher de sourire. Son patron va être aux anges ! Au moment où Vincent remet son cartable dans le coffre de la voiture, il a l’impression qu’il est beaucoup plus volumineux. Cent tonnes métriques, ce n’est pas rien. De sa voiture, il téléphone à son patron pour lui annoncer la nouvelle et entendre ses félicitations. Finalement, cette journée est excellente. Boosté par son insolente réussite, Vincent se sent plus fort que jamais. Il se sent même capable de se rendre à nouveau à l’hôpital et de se comporter en bon fils. Il dira à sa mère qu’il est déjà passé la voir ce matin et qu’entretemps, il a réussi la vente du siècle. En plus d’être un bon fils, il est le meilleur vendeur au monde ! Aux soins intensifs, les sourires des infirmières ont disparu. - Votre Maman est décédée peu après votre départ, je suis désolée. Vincent est sur le point de demander à l’infirmière si sa mère est morte parce qu’il l’a abandonnée mais c’est inutile, il connait la réponse.

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